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Dans les Yvelines, les régates sur la Seine réunissent les générations
Bateau sur l’eau, la rivière, la rivière

Île-de-France : Sur la Seine, jeunes passionnés et retraités partagent l'amour de la voile

En Île-de-France on compte près de 90 clubs de voile, sur la Seine, la Marne et l’Oise. On compte aussi des clubs de wakeboard, de ski nautique, d’aviron
Maelys Courpotin

Maelys Courpotin

L'essentiel

  • Depuis plus de cent ans, des Franciliens font de la voile sur la Seine et dans toute l’Île-de-France. Plus de 90 clubs accueillent professionnels comme amateurs partout dans la région.
  • Le Cercle de la Voile des Boucles de Seine (CVBS) fait partie des plus vieux clubs de la région. Créé en 1933, situé à Montesson dans les Yvelines, il a même accueilli des athlètes olympiques en 1940.
  • Le CVBS organise 30 régates par an. 20 Minutes est allé assister à l’une d’entre elles, aux côtés d’un équipage composé de Sibel Akyol, débutante, et Christophe Xerri, navigateur expérimenté.

“Prêt à virer ? ! Trois, deux, un… On vire !” Sur la Seine, Sibel Akyol, 37 ans, et Christophe Xerri, 65 ans, manœuvrent avec énergie pour faire pivoter leur bateau à 180 degrés. Ils sont en pleine régate, une course de voiliers.

Tous les deux sont membres du Cercle de Voile des Boucles de Seine. Créé en 1933, il est l’un des plus vieux clubs de voile d’Île-de-France, parmi les 90 présents sur la Seine, l’Oise, et la Marne. Pourtant peu sont les Franciliens à savoir qu’il est possible d’exercer cette activité sur la Seine.

Sortir de la salle de sport

Pour faire virer les “Vent d’Ouest”, ces petits bateaux de 5 à 6 mètres de long typiques de la navigation à voile sur la Seine, il faut maîtriser une certaine chorégraphie. Les deux membres de l’équipage doivent constamment changer de place, pour veiller à maintenir l’équilibre de leur embarcation, et gagner en vitesse. Pas si simple avec une seule année d’entraînement, comme c’est le cas pour Sibel.

La jeune femme a intégré le Cercle de Voile des Boucles de Seine il y a seulement un an. Elle qui habite à Sartrouville, dans les Yvelines, a découvert le club situé sur la berge de Montesson tardivement. “J’avais envie de quelque chose de nouveau, différent de la salle de sport. Et ce club m’a toujours intriguée.”

AU CVBS, les équipages sont souvent composés d'un navigateur ou d'une navigatrice expérimentée et d'un amateur ou d'une amatrice. Si les femmes sont peu nombreuses, elles étaient tout de même quatre à s'être engagées sur la régate du club.
AU CVBS, les équipages sont souvent composés d'un navigateur ou d'une navigatrice expérimentée et d'un amateur ou d'une amatrice. Si les femmes sont peu nombreuses, elles étaient tout de même quatre à s'être engagées sur la régate du club.  - Maelys COURPOTIN

Car le CVBS, posté en bord de Seine, semble en effet un peu hors cadre, au milieu des pavillons montessonnais. Le bâtiment fait face au quai de Seine depuis 1933. Ses fondateurs ont même participé aux Jeux olympiques de 1940 sur la Seine. Sa vigie, depuis laquelle sont données les consignes de courses surplombe une cour, où sont stockés une dizaine de “Vent d’Ouest”.

Profiter de l’expérience du vieux loup de mer

Christophe Xerri, 65 ans, a intégré le club il y a trois ans. Le retraité est instructeur de voile sur des plus gros navires. Tout au long de la régate, il distribue son savoir. Avec gentillesse et fermeté il indique quoi faire à Sibel : “Barre à bâbord… Un peu plus. Reste comme ça ! Dirige-toi vers le quai. Prends le vent dans ta voile ! ” Pour celui qui a été président d’un club de voile en Autriche, à Vienne, c’est “très agréable” de pouvoir partager sa passion : “Avec Sibel nous formons un bon duo. Elle apprend vite.”

Dans les régates sur la Seine, il faut faire des allers-retours entre des bouées, qui marquent les limites de la course. A chaque passage il faut contourner la bouée par la gauche, sans la toucher, sous peine de pénalité. Une épreuve de vitesse et d'adresse.
Dans les régates sur la Seine, il faut faire des allers-retours entre des bouées, qui marquent les limites de la course. A chaque passage il faut contourner la bouée par la gauche, sans la toucher, sous peine de pénalité. Une épreuve de vitesse et d'adresse.  - Maelys COURPOTIN

Pour Christophe, « Le plus compliqué, c’est de devoir gérer avec la circulation ». Car sur le fleuve, il est loin d’être seul : entre les bateaux de plaisance, les habitations mais aussi et surtout les péniches de transport de marchandises, ce n’est pas simple. Alors en pleine course, il peut parfois arriver de devoir éviter plusieurs péniches en même temps. « Nous sommes obligés de mettre en place de bateaux de sécurité, qui accompagnent les péniches. Et pour les voiliers il faut apprendre à naviguer dans un espace réduit, sans perdre votre place dans la course » explique le navigateur.

Plus de 100 ans de tradition

Et cela peut même entraîner des erreurs chez les pilotes. En plein milieu de la dernière manche, alors que Christophe et Sibel rattrapent leur retard sur leurs adversaires, un bruit sourd retentit. Ils viennent juste de percuter un autre voilier. Heureusement, pas de casse. “Ce sont les aléas des régates sur la Seine, c’est comme ça,” sourit Christophe.

Sur la Seine les règles de dépassement sont très strictes. Interdit par exemple de passer devant un avenir qui vient de votre droite, car c'est lui qui va le plus vite. Il faut donc savoir manoeuvrer stratégiquement pour conserver sa vitesse grâce au vent, sans pour autant être pénalisé.
Sur la Seine les règles de dépassement sont très strictes. Interdit par exemple de passer devant un avenir qui vient de votre droite, car c'est lui qui va le plus vite. Il faut donc savoir manoeuvrer stratégiquement pour conserver sa vitesse grâce au vent, sans pour autant être pénalisé.  - Maelys COURPOTIN

Ces régates comme l’ont vécu Christophe et Sibel, la Seine en a vu des millions depuis le début de la navigation de plaisance sur ses eaux. Dans les Yvelines, ce sont surtout les peintres impressionnistes qui en ont été les précurseurs. Sur l’Île de Chatou, ils ont développé la navigation à voile et en canots. Des activités que l’on retrouve souvent dans leurs œuvres. Au Cercle de la Voile des Boucles de Seine on retrouve même des bateaux d’époque. Le plus vieux, encore en service, date de 1910.

Et si ceux-là ne régatent plus, le Vent D’Ouest de Sibel et Christophe, lui fait la course en tête dans cette dernière manche. Profitant d’une bourrasque, le duo de choc passe la ligne d’arrivée en première place de la dernière manche. Résultat inespéré pour Sibel : « Je suis trop contente, c’est la première fois que je barre toute une régate, précise-t-elle en repliant les voiles du bateau, c’était incroyable ». Et après l’effort, vient le réconfort, avec un apéritif bien mérité entre les membres du club, le tout sous le soleil couchant de ce mois de juillet.