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Čeferin a-t-il vraiment les armes pour faire plier Infantino et la Fifa ?

Crise à la Fifa : « Il faut provoquer davantage de remous »… Čeferin a-t-il les armes pour faire plier Infantino ?

COMBAT DES CHEFSLe président de l’UEFA Alexander Ceferin ne se présentera face à Infantino aux élections de mars 2017 à la Fifa, ce qui ne l’empêche pas d’avancer ses pions en coulisses pour réformer en profondeur l’instance internationale
Le scandale de trop pour Gianni Infantino ?
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • L’UEFA d’Aleksander Ceferin mène une bataille contre Gianni Infantino, président de la FIFA, dont la dernière lubie concernant la commercialisation d’une partie des revenus de la Coupe du monde a provoqué une crise de gouvernance au sein de l’institution.
  • Ceferin a annoncé qu’il ne se présentera pas face à Infantino lors des élections de mars 2027, afin de désamorcer les accusations de la Fifa selon lesquelles il agirait uniquement par soif de pouvoir.
  • L’opposition à Infantino s’est renforcée avec le ralliement de la CONCACAF et de l’AFC aux côtés de l’UEFA, représentant ensemble 142 fédérations sur 211, mais l’unité reste fragile et la stratégie consiste désormais à exercer une pression suffisante pour forcer Infantino à engager des réformes ou à se retirer de lui-même.

Il y a comme une odeur de poudre qui plane au-dessus du football circus en cette rentrée des classes 2026-2027, alors que se profile ce jeudi le tirage au sort de la Ligue des champions. Engagé dans une bataille à couteaux tirés avec la Fifa de Don Gianni Infantino, l’UEFA d’Aleksander Ceferin est en pleine ébullition pour tenter de faire tomber le parrain au crâne luisant, que sa dernière lubie – la commercialisation d’une partie des revenus de la Coupe du monde – a fait vaciller jusque sur ses bases.

Après une Coupe du monde 2026 de tous les excès et toutes les absurdités, Infantino voit ses opposants sortir du bois un à un et s’organiser pour tenter de stopper la fuite en avant d’une institution en pleine crise de gouvernance avec, à la tête de la rébellion, le patron de l’UEFA.

Reste que l’on peine encore à cerner les contours exacts de la stratégie d’Aleksander Ceferin, qui a récemment annoncé qu’il ne se présenterait pas face à son ancien collègue lors des élections du 18 mars 2027 à la Fifa. « Je ne suis pas intéressé, pour deux raisons. La première, c’est que j’aime l’UEFA et que j’aime y travailler […] La deuxième, c’est que ma crédibilité est bien, bien, bien plus grande si je ne convoite pas ce poste », a-t-il justifié en début de semaine, avant de laisser fuiter par ses équipes que la menace d'un boycott des compétitions n'était plus à l'ordre du jour.

« Sa décision ne m’a pas surpris et je le crois parfaitement sincère quand il dit que ça ne l’intéresse pas. Après tout, il a connu beaucoup de succès à la tête de l’UEFA, où il a notamment su traverser la pandémie de Covid-19, la création de la Super League et un certain nombre d’initiatives controversées de la FIFA », analyse Jernej Suhadolnik, journaliste au quotidien slovène Delo et qui suit Čeferin depuis ses débuts.

Ceferin ne briguera pas la présidence de la Fifa

Fin connaisseur des arcanes du pouvoir au sein des instances en sa qualité de président Europe de la Fifpro, le syndicat international des joueurs, le Français David Terrier voit dans ce choix un moyen de couper court aux arguments d’Infantino et de son équipe, qui laissent entendre depuis le début de la crise que Ceferin ne mène ce combat que par soif du pouvoir, résumant cette fronde à un duel « Europe vs le reste du monde ».

« Cette petite musique est surtout une stratégie d’Infantino pour conserver le soutien des petites fédérations, qui constituent la base de son pouvoir. Čeferin n’avait donc pas d’autre choix que d’annoncer qu’il ne serait pas candidat, afin de ne pas tomber dans le piège tendu par la Fifa, qui utilise cet argument pour ne surtout pas engager les réformes qui sont aujourd’hui vitales. »

Un argument qui ne tient d’ailleurs plus qu’à un fil depuis que l’UEFA a été rejointe dans son combat par la CONCACAF et l’AFC, les confédérations américaines et asiatiques, qui n’avaient jusque-là jamais été un poil à gratter pour Infantino. A elles trois, ces confédérations représentent 142 fédérations (sur les 211 au total affiliées à la Fifa), soit une écrasante majorité dans l’éventualité où celles-ci s’entendent pour présenter un candidat face au boss de la Fifa aux prochaines élections.

Qui osera affronter Infantino ?

Mais le temps presse car la date limite du dépôt des candidatures est fixée au 18 novembre prochain. Ceferin s’étant lui-même mis hors-jeu, qui aura le courage et l’envie de se jeter dans la fosse aux lions sans avoir la certitude d’en sortir vivant ? Pour rallier un maximum de présidents de fédérations, l’idée serait plutôt d’envoyer au feu un candidat non-européen, comme Victor Montagliani, président de la CONCACAF, ou un dirigeant asiatique membre de l’AFC, ce qui aurait l’avantage de ruiner de fait la théorie complotiste d’Infantino au sujet de l’UEFA.

Reste que la fenêtre de tir des opposants à Infantino ressemble plus à une petite lucarne qu’à une baie vitrée. Quand bien même la fronde contre la Fifa n’a jamais semblé aussi forte et unie, cette dernière a encore de belles cartes dans son jeu. « Il n’y aura pas d’autre choix que de présenter quelqu’un face au président actuel s’il ne se retire pas de lui-même, mais ce n’est pas le scénario à souhaiter selon moi car le système actuel "une fédération = une voix", est fait de telle manière que le clientélisme est toujours d’actualité et que tout est verrouillé, détaille Terrier. En promettant toujours plus d’argent aux petites fédérations, comme il l’a toujours fait, Gianni Infantino pourra de nouveau acheter les votes des présidents en mars prochain. »

Une unité encore trop fragile du côté des anti-Infantino

Ainsi, malgré l’unité affichée par l’UEFA, la CONCACAF et l’AFC, il serait hasardeux de considérer leurs fédérations comme des blocs électoraux parfaitement homogènes. Même au sein de l’UEFA, l’unité des 55 fédérations est loin d’être totale : si elles savent faire bloc lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts communs, elles ne sont pas encore nécessairement toutes prêtes à suivre Ceferin jusqu’à une confrontation frontale avec Infantino.

« Il ne faut pas croire que toutes les fédérations d’une même confédération voteront nécessairement de la même manière contre Infantino », prévient Jean-Loup Chappelet, enseignant-chercheur à l'université de Lausanne et spécialiste des questions de gouvernance dans le sport. « L’histoire de la FIFA montre que les alliances peuvent être beaucoup plus complexes et l’opposition a beau être aujourd’hui plus forte qu’elle ne l’a probablement jamais été, cela ne signifie pas nécessairement qu’elle est en mesure de battre Infantino. »

« Il faut mettre davantage de pression sur la Fifa »

C’est précisément pour éviter d’en arriver là que Ceferin et ses alliés se démènent en coulisses pour faire grossir leurs rangs et obliger Infantino à déposer les armes de lui-même, tablant sur le fait qu’il finira par s’y résigner si la grogne s’amplifie. En publiant une tribune intitulée « Trop, c’est trop » réclamant d’urgence une réforme de la Fifa, un collectif d’anciens joueurs, dont certains font partie des « Fifa Legends », semble avoir entendu le message. « C’est pour cela qu’il faut provoquer davantage de remous, de secousses, et mettre davantage de pression sur la Fifa pour qu’Infantino finisse par accepter d’engager des réformes », valide David Terrier.

« La pression extérieure est essentielle : l’opinion publique, les médias et les responsables politiques peuvent jouer un rôle déterminant », souligne Jean-Loup Chappelet, qui compare la situation actuelle à ce qu’a vécu le CIO en 1998, lors du scandale lié à l’attribution des JO de Salt Lake City de 2002, alors que le chercheur était membre du comité de candidature de Sion pour les Jeux d’hiver suivants.

« J’ai pu l’observer lors du scandale de Salt Lake City, lorsque plusieurs membres du CIO ont été éclaboussés par des affaires de corruption. Face à l’ampleur de la pression médiatique internationale, l’instance s’est retrouvée contrainte de réformer en profondeur sa gouvernance. Sans ça, ces réformes n’auraient probablement jamais vu le jour. » Reste à savoir si cela sera suffisant, l’obstiné patron de la Fifa nous ayant déjà prouvé à maintes reprises que les polémiques et les crises glissaient sur lui comme la pluie moscovite sur son crâne au Mondial 2018.