Losc : Lille va t-il revenir à un modèle économique classique d'un club français?

FOOTBALL Le changement de propriétaire qui s’est produit fin décembre pourrait changer les choses économiquement et sportivement

Francois Launay

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Olivier Létang, le nouveau président du Losc
Olivier Létang, le nouveau président du Losc — F.Lo Presti/AFP
  • Très endetté, le Losc a changé de propriétaire le 18 décembre dernier.
  • Pour désendetter le club, les nouveaux patrons devraient moins faire de folies et revenir sans doute à une politique plus axée sur la formation.
  • Un modèle économique qui risque de faire baisser les ambitions sportives du club nordiste.

Il est parti sans un bruit et sans vraiment s’expliquer dans une saison qui voit le Losc briller comme rarement avant de recevoir Dijon ce dimanche (17 h). Après quasiment quatre ans passés à la tête de Lille, Gérard Lopez a donc quitté le club nordiste juste avant les fêtes de fin d’année. Incapable de rembourser l’immense dette accumulée par le club pendant sa présidence, l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois a été mis sur la touche le 18 décembre par Elliott, le fonds d’investissement prêteur des millions d’euros. Dans la foulée, Melvyn Partners, un autre fonds d’investissement proche d’Elliott, annonçait qu'il reprenait le club et investissait 40 millions d’euros pour finir la saison.

Pour gérer le club au quotidien, Olivier Létang, déjà passé par Reims, Paris et Rennes, a été nommé président. Et ses premiers mots ont été sans équivoque. « On veut passer d’un modèle de trading très fort à un modèle plus mesuré de club de football plus classique. On veut rester être performant sportivement mais avec un modèle différent », a assuré le nouveau boss du Losc lors de son intronisation avant les fêtes.

Que vient faire le nouvel investisseur au Losc ?

Est-ce à dire que le Losc va revenir à un modèle plus classique de trading à la française en vendant et achetant sans trop craquer le portefeuille ? Pas forcément. Car difficile de savoir ce que vient vraiment faire Melvyn Parners à Lille, comme l’estime Mickaël Terrien, maître de conférences en économie du sport à l’université de Lille.

« L’une des grandes questions qui se pose est : ont-ils vraiment mis leur argent pour acheter le club. ? Ou ont-ils eux aussi utilisé l’endettement ? De cette question découlent beaucoup de choses. Si c’est leur argent qui a été mis au pot, on peut supposer qu’ils ont intérêt à bien gérer le club. Ils peuvent aussi spéculer en essayant d’assainir le club et en faisant une plus-value à la revente. Mais malheureusement, il y a encore une grande opacité sur le montage financier qui a été fait pour reprendre le club. On peut juste espérer que ça aille mieux. En même temps, ça ne pouvait pas aller plus mal », estime l’universitaire.

La gestion de Gérard Lopez pose question

Comme l’a affirmé Olivier Létang, le Losc se dirigeait vers « la cessation de paiement » si Elliott n’avait pas décidé d’arrêter les frais avec Lopez. Pourtant, sous son ère, le club a été très actif sur le marché des transferts avec 73 ventes et 79 arrivées pour un solde positif estimé à environ 125 millions d’euros. Sauf que la totalité de cet argent n’est pas allée directement dans les caisses du club.

« Les gens ont pensé qu’à force de faire des plus-values sur les transferts, elles allaient bénéficier au club. Mais ça partait bien plus dans les commissions d’agent et dans les autres charges comme des commissions déguisées sous des frais de scouting. Rembourser une telle dette de cette façon était impossible », poursuit Mickaël Terrien qui pointe le rôle de Scoutly, cette société de recrutement dirigée par Luis Campos.

« On a un club qui a basé son modèle économique sur du trading en externalisant cette compétence à une société tierce qui a donc gagné beaucoup d argent au détriment du Losc. Sauf qu’on ne sait pas qui est actionnaire de Scoutly donc on ne sait pas qui en a bénéficié ».

Une grande braderie pourrait avoir lieu dès cet été

Ce modèle, les nouveaux actionnaires du club n’en veulent plus. Mais pour rembourser une dette dans un contexte économique désastreux entre la crise du Covid, l’absence de recettes billetterie et la baisse des droits télé liée au fiasco Mediapro, il va falloir vite se serrer la ceinture. Fini les années folles, une grande braderie de Lille pourrait bien avoir lieu dès cet été sur le marché des transferts. « On a 55 contrats pros dont 17 sont prêtés et, pour moi, c’est trop car les joueurs, il faut bien s’en occuper », avait ainsi lâché Letang lors de sa prise de fonctions.

Dans ce contexte, il ne serait pas étonnant que le nouveau président du club relance un secteur qui a fait la renommée du Losc et qui a été plutôt délaissé ces dernières années comme le reconnaît un bon connaisseur du club nordiste.

Le retour en force de la formation pour assainir les finances ?

« Létang va remettre la formation au cœur du projet du club. Sous Lopez, ça a été un total fiasco. Campos était OK pour recruter des top joueurs mais la formation pure et dure a été totalement délaissée. C’est dommage car il y a plein de gamins de qualité qui ont été recrutés avec des moyens incroyables. Mais le service après-vente est défectueux. Ce n’est pas le tout d’avoir un diamant brut, il faut savoir le polir. Il faut des talents, un concept pédagogique et une ouverture possible vers le haut niveau avec un entraîneur capable de puiser dans ce vivier pour élargir son effectif. »

Si l’effectif pro du Losc est composé de jeunes joueurs, aucun n’a vraiment été formé dans le Nord. Mais perdre ses meilleurs joueurs et les remplacer par des jeunes sans grande expérience n’est-il pas risqué ? « Ça va dépendre du nombre de talents qu’ils vont perdre et de ce que vont faire les autres clubs. Est-ce que Lyon va pouvoir garder ses joueurs par exemple ? Si le niveau global s’affaiblit, ça va rééquilibrer les valeurs. Aujourd’hui, l’écart est trop grand entre les joueurs pros et les jeunes du centre. Mais il y en a qui arrivent », poursuit ce spécialiste du club qui préfère rester anonyme.

Des ambitions sans doute revues à la baisse

Même si la mise en place du Brexit pourrait arranger les choses et permettre à la formation française d’arrêter l’exode de jeunes joueurs. La sortie de l’UE du Royaume Uni empêche désormais les clubs anglais de démarcher les jeunes joueurs avant leurs 18 ans contre 16 auparavant. « Ce sera un peu moins concurrentiel et ça va freiner aussi l’inflation salariale sur des jeunes joueurs », pense Mickaël Terrien.

Reste que les ambitions pourraient être revues à la baisse avec ce modèle. Candidat sérieux au podium et à la Ligue des champions depuis trois ans, le Losc pourrait rentrer dans le rang à partir de la saison prochaine. Rien de plus logique selon l’universitaire lillois.

« Le football, c’est assez simple. Dites-moi dans quelle ville vous habitez et je vous donnerai votre potentiel de résultats. C’est une loi d’airain qui se vérifie partout en Europe. Lille est une métropole importante en France mais elle est inférieure à Paris, Lyon, Marseille sans compter l’avantage fiscal de Monaco. Sur le long terme, le Losc est donc voué à tourner entre la quatrième et la sixième place. Mais quand les planètes s’alignent, il faut jouer sa carte à fond ». Raison de plus pour profiter à fond de cette saison où tous les rêves sont permis avant le retour sur terre qui s’annonce.