Rachat du Losc : Aussi compétent que clivant, Létang est-il la bonne pioche pour Lille ?

FOOTBALL Le futur président de Lille a laissé un souvenir mitigé au sein de ses anciens clubs, même si tous reconnaissent ses qualités

J.L et F.L

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Foot: Qui est Olivier Létang, le nouveau patron du Losc? — 20 Minutes
  • Olivier Létang va remplacer Gérard Lopez en tant que président délégué du Losc.
  • Respecté pour son énorme force de travail et sa capacité à professionnaliser tous les clubs où il est passé, l'ancien joueur de Reims peut aussi être clivant.
  • Son (court) passage dans une société d'agents a pu parfois brouiller les pistes sur les réels intérêts défendus par l'ancien président rennais. 

Il est des destins qui se jouent à peu de chose. Celui d’Olivier Létang s’est noué, ou plutôt dénoué, au cours d’un séminaire du comité exécutif de la Ligue au début des années 2010. Petits ateliers pratiques au Stade de France, et Leonardo, la star de l’assemblée qui tombe dans le groupe animé par le DG du stade de Reims. Le moment d’une vie pour l’ancien numéro 10, qui a fini par s’occuper de tout en Champagne après ses cours du soir à l’Essec. Bluffé par la présentation du garçon, le directeur sportif parisien le fait rentrer dans la bergerie parisienne à l’été 2012. Olivier Létang est un homme qui ne laisse pas filer les occasions.

« C’est le meilleur de L1 »

Son nom a circulé un peu partout depuis son départ de Bretagne en début d’année, mais l’ancien président du Stade Rennais attendait le bon projet pour la mettre au fond. Un retour déroutant du côté de Lille, dans les bagages du fonds d’investissement luxembourgeois Merlyn Partners.

Commentaire de Gervais Martel, la figure tutélaire du rival lensois : « Il connaît tous les rouages, que ce soit sur la formation, les pros ou la direction d’un club. Si demain, j’étais actionnaire d’un club, je prendrais certainement Olivier Létang. C’est le meilleur ». C’est le meilleur : un qualificatif qui a souvent accompagné la carrière de Létang depuis qu’on le voit faire carrière de loin.

Rennes a passé un cap avec lui

A Rennes, puisque c’est le plus récent, on lui reconnaît sans moufter d’avoir transcendé un club habitué à la douce vie de patachon. « Il restera à jamais le président qui a enfin apporté la culture de la gagne au Stade Rennais, à sortir le club du ventre mou, avance Gaël Corguillet, l’ancien porte-parole des Socios de Rennes. Par rapport à ça, je lui en serai éternellement reconnaissant. » Une somme d’adjectifs pour définir le rapport presque addictif du Manceau à la performance ? Professionnalisme, exigence, travail. Beaucoup de travail. « Le plus gros bosseur des dirigeants de L1 », souffle une connaissance.

Une anecdote comme une autre racontée par Ouest France déjeuner officiel avec la délégation d’Arsenal au restaurant, et Raoul Sanllehi, le directeur sportif londonien qui se voit offrir sa bouteille de vin préférée comme si Létang le connaissait depuis le lycée. On ne connaît que Jean-Michel Aulas pour bosser autant ses dossiers en amont.

Pareil souci du détail se marie assez mal avec la médiocrité. A la Piverdière, un certain nombre de salariés supportent mal les méthodes managériales de ce père de famille, paraît-il charmant en privé, mais qui ne nie pas « un manque de chaleur au premier abord », dans le JDD. Personne ne discute les nombreuses réussites, mais les WhatsApp matinaux, les mails cassants, et l’activité frénétique, pèsent à la longue. Comme l’ambiance clanique. Létang aime ceux qui sont sur la même longueur d’ondes que lui. Les autres n’ont qu’à s’en aller. « Il a ce côté "vous êtes avec moi ou contre moi", déplore un confrère qui le connaît bien. Il a fait un boulot remarquable, mais un doute s’est rapidement installé sur la date de péremption de ses méthodes de management. »

Un manager trop exigeant sur le long terme ?

Le José Mourinho des présidents ? Pinault père et fils se sont parfois sentis bousculés par les ambitions de Létang. « Par exemple, quand il met publiquement la pression sur la mairie pour l’extension du centre d’entraînement, ça a du mal à passer », décrypte un acteur de la vie locale. Ce ne sont pourtant pas ses empressements de cheval fou qui finissent par lui coûter sa place, plutôt sa guerre de tranchées avec Julien Stéphan. La rumeur officielle évoque une ingérence systématique jusque dans certains choix du staff. La rumeur officieuse privilégie un mélange des genres discutable dans la gestion des transferts, un peu comme Labrune en son temps à l’OM.

« Létang adore ça depuis le PSG, quand il s’est mis à boucler les deals de gros noms, comme celui de Di Maria, précise une source rémoise. C’est là qu’il a commencé à construire son réseau et se rapprocher des agents de niveau mondial comme Mino Raiola ». Touché. Létang, très proche de certains joueurs à son époque parisienne, aime répéter qu’il a l’oreille de Zlatan Ibrahimovic ou que Pep Guardiola lui envoie des textos.

« Il est capable de faire franchir une étape de plus au Losc, reconnaît Martel. Il a une connaissance des réseaux et du foot international assez impressionnante. » Quel est le blème, direz-vous ? Létang est aussi l’un des très rares dirigeants de haut niveau à être passé de l’autre côté. Six mois à Sport Invest, l’écurie d’agents fondée par inénarrable Kia Joorabchian, entre le PSG et Rennes.

Olivier Létang avec Carlo Ancelotti au Parc des Princes.
Olivier Létang avec Carlo Ancelotti au Parc des Princes. - FRANCK FIFE / AFP

Une double casquette parfois troublante

Cette collaboration, certes éphémère, laisse planer une ombre au-dessus de Létang. Est-il le président soucieux de l’intérêt du club ou le cheval de Troie de divers agents plus ou moins bien intentionnés ? Son nom a ainsi été récemment associé au choix d’Eduardo Camavinga de se séparer de son agent historique Moussa Sissoko, pour rejoindre les Anglais de Stellar Groupe. Une fuite peut-être orchestrée par l’intéressé lui-même. Létang aime les journalistes, qui le lui rendent assez bien, en général. Ils devraient toutefois être un certain nombre à s’interroger sur le rôle exact d’Olivier Létang dans les prochains mois, alors que l’ancien « propriétaire » de la dette lilloise, le fonds d’investissement Elliott, va vite réclamer son dû. Entre 100 et 150 millions d’euros, selon les différentes estimations.

En clair, est-il venu pour sabrer l’effectif en profitant de ses accointances avec certaines sociétés d’agents, jusqu’à pousser discrètement les joueurs à changer de crémerie et à empiéter sur le territoire de Christophe Galtier ? Ce dernier, déjà désabusé par le départ de Campos, assurequ’il n’a pas été question de mercato lors du premier contact téléphonique entre les deux hommes, avant la victoire à Dijon. Remarque perfide de notre supporter rennais : « Je suis curieux de voir sa relation avec Galtier. Je ne vois même pas l’entraîneur tenir jusqu’à juin vu le caractère des deux hommes. » On prend les paris.