OL-OGC Nice : « Il repart comme un prince »… Quelle trace va finalement laisser « l’artiste » Memphis Depay à Lyon ?

FOOTBALL En fin de contrat après quatre saisons et demi intenses à Lyon, l’attaquant néerlandais compte envoyer l’OL (4e) en Ligue des champions, dimanche (21 heures) pour son dernier match contre Nice

Jérémy Laugier
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Memphis Depay est arrivé en janvier 2017 à Lyon, après un échec à Manchester United.
Memphis Depay est arrivé en janvier 2017 à Lyon, après un échec à Manchester United. — Miguel Medina/AFP
  • Joueur majeur de l’OL depuis janvier 2017, Memphis Depay va disputer, dimanche (21 heures) contre l’OGC Nice, son 178e et dernier match avec le maillot lyonnais.
  • En fin de contrat à Lyon, l’attaquant néerlandais de 27 ans n’a pas encore annoncé le nom de son futur club. Il sera clairement regretté par les supporters lyonnais.
  • 20 Minutes s’interroge sur la véritable trace que va laisser Memphis Depay dans l’histoire de l’OL, où il a inscrit 76 buts, mais sans remporter le moindre trophée.

76 buts et 53 passes décisives, une célébration vite devenue iconique, une arcade en sang pour accompagner une tête lobée cruciale au Vélodrome (2-3) en mars 2018, un immense lion tatoué dans le dos… Durant quatre ans et demi, les supporteurs lyonnais ne se sont pas ennuyés un instant avec Memphis Depay. Débarqué en France pour 22 millions d’euros (bonus compris) après un échec à Manchester United, l’attaquant néerlandais va disputer, dimanche (21 heures) contre l’OGC Nice, son 178e et dernier match sous le maillot de l’OL.

L'emblématique célébration des buts de l'attaquant lyonnais a fait le tour du monde.
L'emblématique célébration des buts de l'attaquant lyonnais a fait le tour du monde. - Armando Franca/AP/SIPA

A l’image de ses stats en Ligue 1, plus remarquables que jamais cette saison (20 buts et 10 passes décisives) au sortir d’un exercice 2019-2020 marqué par sa grave blessure au genou gauche en décembre 2019, il a sans cesse été un acteur majeur du championnat de France. A quel point celui qui est désormais libre de s’engager dans le club de son choix (le Barça ?), a-t-il donc marqué le club lyonnais ?

« La trace qu’il laisse est majeure et même monstrueuse, estime Vincent (29 ans), fervent supporteur de l’OL. Même dans les périodes où il n’était pas très bon dans le jeu depuis 2017, il a toujours été un sacré joueur de stats. » Du genre à claquer un triplé (3-2) pour arracher une place en Ligue des champions lors de la dernière journée de L1 en mai 2018 contre Nice (tiens, tiens…), ou à enquiller quatre passes dé (et un but) dans un seul match à Metz (0-5) un mois plus tôt. Une propension à se montrer décisif qui s’est vite accompagnée d’une image de joueur individualiste auprès d’une partie des supporteurs.

« Memphis est ambitieux mais il n’est pas plus mercenaire qu’Aouar »

« Il a subi des sifflets injustes au stade à certaines périodes, et il a parfois plus donné au club qu’il n’a reçu », poursuit Vincent, conscient aussi que les envies de « plus grands clubs » régulièrement évoquées dans les médias par le Néerlandais ont été un frein dans son rapport avec les supporteurs lyonnais. « Il y a des plus grands clubs que l’OL, c’est un fait, rappelle Richard, un habitué du virage sud. Memphis est ambitieux mais il n’est pas plus mercenaire qu’Houssem Aouar, qui est pourtant né ici. De même, le rêve de Karim Benzema était d’aller au Real Madrid et pas de faire carrière à l’OL. Aucun joueur n’est viscéralement attaché au club. »

Il y a trois ans, Memphis Depay s'est notamment distingué en signant une frappe monumentale pour battre le PSG au buzzer (2-1).
Il y a trois ans, Memphis Depay s'est notamment distingué en signant une frappe monumentale pour battre le PSG au buzzer (2-1). - JEFF PACHOUD / AFP

Via de nombreux coups d’éclat marquants dans le money time, comme contre le PSG (2-1) et l’OM (2-3) en 2018, ou face à Toulouse (2-3) et le RB Leipzig (2-2) en 2019, et surtout avec un nouveau rôle de capitaine à l’arrivée de Rudi Garcia, Memphis Depay montre que l’OL peut compter sur lui. « Il a construit une relation forte avec ce club », nous assurait l’an passé le journaliste néerlandais Simon Zwartkruis, coauteur de la biographie du joueur, Heart of a lion.

« Un émotif, qui a toujours parlé avec son cœur »

« Ça a vraiment été judicieux de le responsabiliser en lui donnant le brassard, confirme Jean-Marc Chanelet, ancien défenseur latéral et champion de France avec l’OL en 2002 et 2003. C’est une personnalité atypique, un gars entier qui vit sa vie comme il a envie de la vivre, à fond. C’est aussi un artiste et un émotif, qui a toujours parlé avec son cœur. » Un profil d’écorché vif qu’on a surtout pu voir à l’œuvre le 8 décembre 2019, dans une soirée de Ligue des champions ultra-tendue contre le RB Leipzig (2-2). Peu après avoir inscrit le but de la qualification pour les 8es de finale, il n’a pas hésité à aller défier un supporteur du virage nord entré sur la pelouse au coup de sifflet final pour brandir une banderole s’en prenant à son coéquipier Marcelo.

Dans ce climat hostile entre les Bad Gones et l’équipe, Memphis Depay a enchaîné avec un puissant monologue de cinq minutes au micro de RMC Sport, comme on en voit rarement dans le football professionnel. « Cet épisode montre à quel point il a évolué, pointe Théo (20 ans), abonné au groupe Lyon 1950. Il a pris conscience du rôle qu’il avait à Lyon et des responsabilités du brassard. » Cinq jours plus tard, on a pu penser que sa grave blessure au genou allait compliquer la suite de son aventure lyonnaise. Mais après un Final 8 de C1 en demi-teinte en août 2020 à Lisbonne, on a finalement eu droit cette saison au meilleur Memphis de ses quatre années lyonnaises.

« On va souffrir sur le plan technique avec son départ »

Déterminant dans une phase aller conclue en champion d’automne, le Néerlandais a porté presque à lui seul les espoirs du club de retrouver la Ligue des champions dimanche à 22 h 45, là où Houssem Aouar, Tino Kadewere et Karl Toko Ekambi vivent une année 2021 galère. « Autour de lui, c’est souvent le néant offensivement, et on se dit qu’on va souffrir sur le plan technique avec son départ », soupire Richard. Vincent souligne pour sa part « son état d’esprit absolument irréprochable et une détermination hallucinante depuis six mois ». Ce supporteur lyonnais poursuit :

Il restera dans les capitaines marquants du club vu comment il a tiré toute l’équipe derrière lui. Et puis on sent que quand Memphis décide qu’on va gagner un match, on le gagne. »

Comme lorsqu’il s’arrache, le 3 mars contre Rennes (1-0), pour offrir le but de la victoire à Houssem Aouar, ou sur son slalom, le 2 mai, au milieu de quatre Monégasques pour égaliser et totalement réveiller son équipe lors du match clé de la fin de saison (2-3). Outre le fait de ne pas rapporter d’indemnité de transfert à l’OL, ses détracteurs, de plus en plus rares à Lyon, pourront toujours lui reprocher de ne jamais s’être exprimé publiquement en français en plus de quatre ans, de sortir régulièrement ses chansons et clips de rap, qui font d’ailleurs partie de la programmation musicale d’avant-match au Parc OL, et plus globalement d’entretenir « un côté bling bling ».

Memphis Depay passe rarement inaperçu, comme ici en mai 2017, au moment de recevoir le trophée UNFP du plus beau but de la saison en Ligue 1.
Memphis Depay passe rarement inaperçu, comme ici en mai 2017, au moment de recevoir le trophée UNFP du plus beau but de la saison en Ligue 1. - FRANCK FIFE / AFP

D’ailier gauche dribbleur à avant-centre très complet

Memphis Depay reste aussi un sacré phénomène médiatique, avec près de 15 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, soit quasiment deux fois plus que l’OL. Vincent a beau légèrement lui préférer le registre « plus brut et romantique » d’un Lisandro Lopez, il souligne « le joueur complet » qu’est devenu le numéro 10 lyonnais, arrivé comme ailier gauche dribbleur, avant de se muer en avant-centre mobile avec des aptitudes de véritable meneur de jeu.

« Je retiens de son passage un grand joueur, mais un peu sur courant alternatif, nuance Jean-Marc Chanelet. Il était parfois énervant lorsqu’on le sentait sortir du collectif, un peu comme Neymar au PSG. » L’ancien latéral droit est bien placé pour connaître l’importance d’un leader d’attaque dans un collectif, lui qui a vu Sonny Anderson porter l’OL vers le premier titre de champion de France de son histoire en 2001-2002.

Très apprécié de ses partenaires, Memphis Depay s'est montré très complice avec Lucas Paqueta cette saison.
Très apprécié de ses partenaires, Memphis Depay s'est montré très complice avec Lucas Paqueta cette saison. - Loïc VENANCE/AFP

« Il y a un goût d’inachevé »

« Sonny tirait vraiment toute l’équipe vers le haut avec des buts décisifs comme à Bordeaux (0-1). On s’appuyait sur lui, il avait ce tempérament de leader. Je pense que Memphis a cela aussi en lui et qu’il a marqué de son empreinte Lyon. Mais on est toujours dépendant d’un contexte global et il n’y a pas eu de trophée pour l’OL durant ces années-là. » Un constat implacable qui accompagne la sortie dimanche de cet attachant joueur de 27 ans, avec deux gros « what if » en fond.

  • Et si Memphis avait pu être qualifié pour la phase finale de la Ligue Europa 2017, lorsque l’OL de Bruno Genesio, Alexandre Lacazette et Nabil Fekir a échoué d’un rien en demi-finale contre l’Ajax (1-4 ; 3-1) ?
  • Et si, trois ans plus tard, il n’avait pas été en pleine reprise post-croisés, avec un mémorable duel manqué face à Neuer à 0-0, pour affronter le Bayern Munich (0-3), lors de la demie de Ligue des champions à Lisbonne ?

Cette absence de consécration, au-delà du plus beau but de Ligue 1 en 2017 avec un lob du milieu de terrain contre Toulouse (et du prestigieux doublé Eusebio Cup 2018-Emirates Cup 2019), peine l’intéressé. « C’est très difficile, pour moi, de me dire que je n’ai rien gagné à Lyon. Mais je n’ai aucun regret d’être venu à l’OL, je suis fier de ce que j’ai fait ici », explique-t-il dans une interview actant définitivement son départ, ce vendredi dans L’Equipe.

«J'avais déjà un lion dans le dos, donc l'OL et moi, on était faits pour s'entendre», confie Memphis Depay, dans une interview accordée à «L'Equipe» ce vendredi.
«J'avais déjà un lion dans le dos, donc l'OL et moi, on était faits pour s'entendre», confie Memphis Depay, dans une interview accordée à «L'Equipe» ce vendredi. - JEFF PACHOUD / AFP

Pour les fans lyonnais aussi, ce palmarès toujours vierge depuis 2012 malgré ces années Memphis est pesant, alors qu’ils n’auront pas l’occasion de le saluer dimanche, le Parc OL étant encore à huis clos. « Je ressens beaucoup de tristesse, surtout car j’ai l’impression d’avoir perdu une année avec lui à cause de sa blessure, avoue Théo. Il y a un goût d’inachevé car il n’a pas remporté avec nous ce trophée qu’il méritait. Mais il est arrivé comme un joueur en échec à United, avec un caractère incontrôlable et sulfureux. Il a énormément changé et au vu de sa saison exceptionnelle, il repart comme un prince. »