OL : « Vous devez savoir qui est le vrai Memphis Depay », confie le coauteur de la biographie de l’attaquant lyonnais

INTERVIEW Le journaliste néerlandais Simon Zwartkruis, qui a coécrit « Heart of a lion », la biographie de Memphis Depay publiée en décembre, se confie à « 20 Minutes »

Propos recueillis par Jérémy Laugier

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Simon Zwartkruis pose ici avec Memphis Depay, l'an passé, à l'occasion de la sortie de «Heart of a lion».
Simon Zwartkruis pose ici avec Memphis Depay, l'an passé, à l'occasion de la sortie de «Heart of a lion». — AW Bruna
  • Gravement blessé au genou il y a plus d’un mois, Memphis Depay manquera évidemment le 8e de finale de Coupe de France de l’OL, ce jeudi (20h55) à Nice.
  • Le coauteur de sa biographie, le journaliste néerlandais Simon Zwartkruis, s’est longuement confié à 20 Minutes au sujet du caractère du buteur de 25 ans.
  • Dans Heart of a lion, il explique comment Memphis Depay éclaire les lecteurs « sur les traumatismes de son enfance ».

Depuis le 15 décembre, de nombreux supporters de l'OL scrutent chaque vidéo de rééducation de Memphis Depay en fantasmant son retour supersonique sur les terrains. Mais l’ombre du capitaine de 25 ans risque de planer jusqu’à la fin de la saison sur l’attaque lyonnaise, comme ce jeudi (20h55) en 8es de finale de Coupe de France à Nice. Victime d’une rupture du ligament antérieur du genou gauche contre Rennes (0-1), l’international néerlandais a même de grandes chances de devoir déclarer forfait pour l'Euro 2020. Le journaliste Simon Zwartkruis, qui a coécrit sa biographie Heart of a lion, publié dans sa version internationale à Noël, raconte pour 20 Minutes « le vrai Memphis Depay ».

Comment gagne-t-on la confiance de Memphis Depay, surtout en tant que journaliste ?

Je l’ai rencontré pour la première fois en 2013 vu que je suivais la sélection néerlandaise. C’était alors quelqu’un de très fermé, méfiant, il ne faisait que des réponses courtes et c’était un sacré challenge d’obtenir une interview avec lui. Puis à la fin de mon premier entretien avec lui, après  la Coupe du monde 2014, il m’a quand même avoué qu’il avait passé un bon moment (sourire). Ça lui prend du temps avant de s’ouvrir aux autres, hormis quand il est sur un terrain. Tant qu’il y a un ballon, que ce soit avec des amis ou avec ses coéquipiers, c’est une personne différente, heureuse. Et en fin d’année 2017, son équipe de management m’a proposé de venir à Lyon pour discuter avec lui d’un projet de livre.

N’avez-vous alors pas craint que votre différence d’âge rende complexe la coécriture de sa biographie ?

Vu mon âge [51 ans], je pourrais effectivement être son père et j’avoue avoir pensé que ça serait difficile au début. Mais on a vite constaté que ça n’était vraiment pas un problème. OK, nous n’avons pas du tout le même style vestimentaire ou musical. Mais nous avons beaucoup appris l’un de l’autre en échangeant sur nos vies. Et nous partageons surtout une grande ouverture d’esprit, c’est ce qui nous relie le plus.

Voir un joueur se lancer dans une biographie à seulement 23 ans ne vous a-t-il pas gêné au départ ?

En février 2018, je suis venu à Lyon et ma première question a été de savoir pourquoi il voulait faire un livre. Il m’a assuré qu’il avait énormément de choses à raconter sur son enfance. L’échange a duré cinq heures et j’ai compris qu’on avait déjà commencé Heart of a lion, alors qu’on avait juste prévu de valider ou non le lancement du projet. Au total, on s’est vus cinq fois à Lyon, nous vivions presque ensemble pendant plusieurs jours. J’ai aussi pu l’accompagner lors de son émouvant premier voyage en tant qu’adulte au Ghana, le pays de son père. Beaucoup de joueurs sont ennuyeux, même à la fin de leur carrière, et il n’y a aucun intérêt à raconter leur histoire. Là, on a affaire à un vrai personnage. C’était le cas aussi avec Clarence Seedorf, que Memphis voit comme un modèle, et qui avait 26 ans lorsque j’ai écrit sa biographie.

De nombreux supporters de l’OL ont souvent eu du mal, depuis trois ans, à accepter le style clinquant de Memphis, ses créations de rap et sa forte présence sur les réseaux sociaux, le comprenez-vous ?

Oui, car c’est l’histoire de sa vie. Memphis n’avait que 16 ans lorsque l’entraîneur de l’équipe première du PSV Eindhoven Fred Rutten lui expliquait qu’il devait choisir entre foot et rap, qu’il ne pourrait jamais allier les deux. Memphis ne comprenait pas cela, et je pense sincèrement que voir un footballeur réaliser un clip de rap durant ses vacances n’est pas un problème.

Qui était Memphis quand il est arrivé à Lyon lors du mercato hivernal 2017 ?

Il s’est relevé avec l’OL après avoir vécu une période sombre de sa vie à Manchester United. C’est à la fin de son expérience en Angleterre qu’il a retrouvé sa foi dans la religion. Ça lui a apporté une véritable paix intérieure qui l’a aidé à bien s’adapter à Lyon.

Que peuvent découvrir les supporters de l’OL en lisant Heart of a lion ?

Le livre va les éclairer sur les traumatismes de l’enfance, le long développement personnel et le caractère jusque-là mystérieux de Memphis. Vous devez savoir qui est le vrai Memphis en prenant en compte son environnement familial très violent à l’époque. Il tenait à ce que le livre soit davantage orienté sur sa vie que sur le foot, et il voulait à tout prix se montrer sincère et brut.

A la fin du match décisif OL-Leipzig (2-2), qu’avez-vous ressenti en voyant Memphis dans son nouveau rôle de capitaine défendre Marcelo, qui était visé par une banderole du virage nord ?

Memphis a toujours été celui qui se levait pour protéger les plus faibles à l’école, ceux qui étaient insultés ou ceux qui subissaient des discriminations. Il était très émotif, il ne parlait pas mais il se battait. D’ailleurs, il y a quelques années, Memphis serait allé frapper le supporter. Mais il s’est canalisé, à l’image de sa réaction en novembre avec la sélection pour lutter contre le racisme dans le football.

Cette soirée européenne chaotique contre Leipzig a semblé marquer un tournant pour Memphis à Lyon avec le but de la qualif' mais aussi une puissante sortie médiatique…

C’est le Memphis que je connais. Les supporters ont senti qu’il avait parlé avec son cœur, tout en sincérité. Il n’a jamais peur et il l’a encore montré ce soir-là. Il a construit une relation forte avec ce club.

Comment sa grave blessure au genou est-elle perçue aux Pays-Bas ? Croyez-vous vraiment en ses chances de disputer l’Euro en juin ?

Memphis est convaincu qu’il reviendra plus fort, mais personne ne peut savoir quand, et je ne suis pas médecin (sourire). Aux Pays-Bas, la comparaison est souvent faite avec Marco van Basten, dont la saison 1987-88 avait été gâchée par une blessure à la cheville, avant qu’il ne remporte l’Euro 88 avec un superbe but en finale. Ce que je sais, c’est que Memphis a un physique d’athlète et, plus important encore, un mental d’acier.

Memphis Depay, ici lors d'un match avec la sélection néerlandaise en novembre face à l'Estonie.
Memphis Depay, ici lors d'un match avec la sélection néerlandaise en novembre face à l'Estonie. - Pixathlon/SIPA

Comment imaginez-vous son après-carrière ?

C’est un gars très créatif, qui se développe dans beaucoup de domaines. 24 heures dans une journée, ça n’est jamais assez pour lui. Il tient notamment à s’impliquer au maximum dans sa fondation au Ghana, auprès d’enfants sourds et aveugles. Et puis il m’a confié que l’un de ses objectifs est de se produire en concert un jour avec un groupe dans le stade du PSV, là où tout a commencé pour lui.

« Heart of a lion », disponible en édition internationale (en anglais) depuis le 17 décembre 2019, chez VIP.