ASSE-OL : Avec l’arrivée de Claude Puel, « tout le monde en fait plus inconsciemment » à Saint-Etienne

FOOTBALL 48 heures après son arrivée à la tête de l'ASSE, Claude Puel a réussi son premier coup de maître en remportant un derby valant très cher (1-0)

Au stade Geoffroy-Guichard, Jérémy Laugier

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Claude Puel donne ici des consignes à son milieu de terrain Ryad Boudebouz, passeur décisif dans le derby dimanche soir. PHILIPPE DESMAZES
Claude Puel donne ici des consignes à son milieu de terrain Ryad Boudebouz, passeur décisif dans le derby dimanche soir. PHILIPPE DESMAZES — AFP
  • Lanterne rouge avant le derby dimanche, l’ASSE a réussi un joli coup en battant (1-0) le voisin lyonnais et en le dépassant au classement (13e).
  • L’un des grands artisans de cette victoire surprise est évidemment Claude Puel, qui a signé plusieurs choix forts, comme les premières titularisations de la saison de Loïs Diony et Charles Abi en pointe.
  • Pour le gardien stéphanois Jessy Moulin, l’arrivée de Claude Puel « crée un électrochoc et tout le monde en fait plus inconsciemment ».

« Je ne pense pas que ce succès doit tourner autour de moi, les joueurs ont été extraordinaires, très disciplinés. Ils ont mis beaucoup de cohésion et d’intensité dans leur match. » Bon, on ne va pas se mentir, les tirades monocordes et mesurées de Claude Puel en conférences de presse ne nous avaient pas spécialement manqué. Trois ans après avoir quitté l’OGC Nice, l’ex-coach de l'OL (de 2008 à 2011) a surtout retrouvé la Ligue 1 en redonnant déjà de la vie à une ASSE moribonde, lanterne rouge du championnat avant le coup d’envoi du derby (1-0).

Par rapport au nul en Ligue Europa contre Wolfsburg (1-1), pour le dernier match de Ghislain Printant sur le banc stéphanois trois jours plus tôt, Claude Puel n’a pas hésité à effectuer cinq changements dans le onze de départ, dont l’intégralité des quatre joueurs à vocation offensive. Si Denis Bouanga montait en puissance avec Ghislain Printant, les coups de poker ont concerné Ryad Boudebouz, relancé après un début de saison décevant, mais surtout le tandem Loïs Diony-Charles Abi en pointe.

« J’étais hors du groupe donc ça m’a fait un petit choc », confie Diony

« Je ne m’y attendais pas du tout, sourit l’ancien attaquant dijonnais, limité à 19 minutes de jeu depuis la reprise. C’était une très très grande surprise. Ça faisait déjà un moment que j’étais hors du groupe donc ça m’a fait un petit choc. On aurait peut-être pu penser qu’il faisait une erreur en alignant le petit Charles Abi et moi… » Mais sans qu’on puisse parler d’un éclatant coaching gagnant, le duo a eu le mérite de batailler devant.

Ici au duel avec Rafael, Loïs Diony a été l'une des grandes surprises de la première composition d'équipe de Claude Puel dimanche. PHILIPPE DESMAZES
Ici au duel avec Rafael, Loïs Diony a été l'une des grandes surprises de la première composition d'équipe de Claude Puel dimanche. PHILIPPE DESMAZES - AFP

A l’image d’un premier sprint féroce aux prises avec Marcelo après 30 secondes de jeu, Loïs Diony a pu valider pour de bon l’esprit derby avec un gros tacle sans même récolter un avertissement sur Martin Terrier (9e). Quant au prometteur et puissant Charles Abi (19 ans), essentiel dans la conquête de la Coupe Gambardella des Verts la saison passée, il a parfois pesé, mettant en danger Marcelo (29e) puis Joachim Andersen (31e).

Claud Puel tient à « agrandir le groupe »

Qu’avait donc en tête Claude Puel en titularisant pour la première fois de la saison les deux joueurs (c’était même une première en carrière pour Abi) ? « On joue tous les trois jours et il faut agrandir le groupe, indique-t-il. On en aura besoin dans l’enchaînement des matchs. » Et hop, un moyen habile de symboliquement (re) mobiliser tous les joueurs de l’effectif dès son arrivée au club. Une fine technique de management de l’entraîneur de 58 ans, passé depuis Nice par Southampton et Leicester (Premier League), qui a d’emblée payé.

« On a bossé dur et ceux qui sont entrés ont fait la différence », résume Loïs Diony. Sans doute piqués de débuter sur le banc, Wahbi Khazri (entré à la 64e minute) et Robert Beric (80e) ont tout de suite apporté devant. L’attaquant slovène a même fait passer un cap à son statut de chouchou du Chaudron en évitant Marcelo pour tromper Anthony Lopes (1-0, 90e) sur un centre parfait de Ryad Boudebouz et faire chavirer le peuple vert. C’est simple, en tout juste 48 heures dans le Forez, Claude Puel a orchestré le plus grand moment de joie des supporters stéphanois jusque-là cette saison.

« Le coach ne voulait pas qu’on subisse »

« On a fait un match très complet, surtout comparé à ce qu’on montre depuis la reprise », constate Loïs Diony, qui estime d’un coup que ses envies de départ affichées il y a peu sur ses réseaux sociaux, « c’est du passé ». Comment Claude Puel a-t-il pu mettre sa patte sur cette victoire essentielle en si peu de temps ? « Il n’avait pas trop le temps de parler mais il nous a encouragés et nous a donné de très bons conseils, explique William Saliba. On voit que ça a porté ses fruits. » Habituelle doublure, Jessy Moulin a profité de la blessure à la main de Stéphane Ruffier pour enchaîner son troisième match consécutif. Il décrypte les premiers messages lancés par Claude Puel pour tenter de guérir une équipe malade.

Son discours consistait à retrouver des valeurs de cohésion et de solidarité. Le coach voulait voir une équipe allant de l’avant, qui n’avait pas peur de presser et de jouer à la récupération du ballon. Il ne voulait pas qu’on subisse et c’est ce qu’on a essayé de faire tout le match. Comme pour tout changement de coach, ça crée un électrochoc et ça redistribue les cartes. Tout le monde en fait plus inconsciemment. Toute l’équipe avait envie d’arracher cette victoire et ça tourne. On a retrouvé des valeurs d’équipe et on avait Geoffroy-Guichard avec nous, il n’y a pas mieux. »

On aurait presque l’impression d’avoir face à nous une équipe euphorique. Dans cette Ligue 1 plus serrée que jamais, l’ASSE a gratté sept équipes en un succès avec Claude Puel. Celui-ci prévient aussitôt : « Je ne veux pas qu’on pense qu’avec cette victoire, l’ASSE est guérie. Non, on a un vrai projet à mettre en place et la route est encore longue ». Plus longue qu’une de ses conf', vraiment ?