Equipe de France féminine: Pour Sakina Karchaoui, «il faut avoir du culot» pour investir dans le football féminin

INTERVIEW La Montpelliéraine évoque notamment l'importance du rôle de Jean-Michel Aulas dans le développement du football féminin en France

Aymeric Le Gall et Maxime Ducher

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Sakina Karchaoui (à gauche), aux côtés de Charlotte Bilbault à Clairefontaine.
Sakina Karchaoui (à gauche), aux côtés de Charlotte Bilbault à Clairefontaine. — FRANCK FIFE / AFP
  • La Fédération française de football a organisé une dernière session d’entretiens individuels avec les Bleues avant le début du Mondial.
  • La Montpelliéraine est revenue sur la grosse préparation physique des joueuses à Clairefontaine.
  • Elle revient également sur le cas de l’Olympique Lyonnais, à la fois vitrine du foot féminin français dans le monde et concurrent quasi imbattable à l’échelle nationale.

Le 28 mai dernier, en pleine préparation à la Coupe du monde 2019, la Fédération française de football avait organisé une dernière session d’entretiens individuels avec les Bleues avant le début de la compétition. A cette occasion, 20 Minutes a eu l’occasion de s’entretenir avec Sakina Karchaoui, la jeune latérale gauche de Montpellier. Et on a causé préparation physique en mode commando, développement du foot féminin ou suprématie lyonnaise sur le championnat de France.

On a beaucoup dit que votre préparation physique avait été plus qu’intense. C’était si dingue que ça ?

Des prépas, on en a eu des compliquées, mais là c’est vrai que là c’était particulièrement dur car il a fallu enchaîner rapidement après la saison lourde qu’on a connue. On était un peu affaiblies physiquement. Mais c’était une bonne préparation, on a atteint le pic de fatigue, ça s’est senti lors de nos matchs amicaux, on avait les jambes vraiment lourdes, mais il faut en passer par là. Et puis c’est pour notre bien (rires) !

Ça soude un groupe ça, de faire une prépa en mode commando, de se lever à 6 heures pour aller courir ?

Déjà, je dirais que c’est plutôt marrant de voir les têtes des filles à 6 heures du matin ! On est un peu en souffrance et quand on fait trois entraînements par jour, c’est compliqué. Après on essayait aussi de profiter un max de nos temps de repos, on s’est beaucoup reposées pour enchaîner derrière.

On a la sensation que la Coupe du monde en France arrive à un moment idéal, alors que le football féminin se développe à grande vitesse. C’est aussi votre avis ?

Sur les dix dernières années, j’ai vraiment senti et assisté à son évolution et là, c’est vrai que le Mondial va accélérer les choses. C’est comme si on était arrivées en disant « Coucou, il y a une Coupe du monde, venez nous supporter ! ». Des gens qui ne s’y intéressaient pas avant vont peut-être s’y mettre, ça fait plaisir. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que le foot féminin n’en sortira que grandi. Maintenant, ça serait encore plus puissant si on allait au bout. C’est pour ça qu’on travaille dur et qu’on se donne les moyens d’y arriver.

On a vu l’importance prise par les réseaux sociaux dans la communication des joueurs, notamment lors du dernier Mondial en Russie avec les Bleus. Comment vous gérez les vôtres et quel rôle leur donnez-vous ?

A la base c’était un peu comme ça, pour faire comme les copines, c’était un délire entre nous. Mais maintenant, ça commence vraiment à prendre de l’ampleur et si on peut véhiculer une image positive du football féminin via les réseaux sociaux, c’est un plaisir. Je trouve que c’est bien de pouvoir échanger avec les gens qui nous suivent, il ne faut pas non plus les oublier, c’est grâce à eux qu’on en est là aujourd’hui. Si les réseaux sociaux permettent de développer encore plus cette pratique, c’est que du bonus.

Peut-on craindre, avec la médiatisation grandissante du football pratiqué par les femmes au haut niveau, un éloignement entre les footballeuses et leurs fans comme c’est le cas aujourd’hui avec les hommes ?

Quand on a des valeurs, des principes, je ne pense pas qu’on puisse changer comme ça du jour au lendemain.

En France, vous jouez à Montpellier, l’un des clubs pionniers en termes de football féminin. Le problème, c’est qu’en face il y a un monstre, l’OL, qui ne laisse que des miettes à l’adversaire. Est-ce qu’il n’y a pas un risque, sur le long terme, que ce manque de concurrence ait un impact négatif sur le championnat de France ?

Jean-Michel Aulas a voulu avoir la meilleure équipe et il a investi en conséquence en prenant les meilleures joueuses et en leur offrant les meilleurs salaires, on ne peut pas lui reprocher grand-chose, au contraire. Mais c’est vrai que quand on commence un championnat, même si toutes les équipes rêvent du titre et de détrôner Lyon, on sait que sur le long terme c’est compliqué. Maintenant, c’est aux autres présidents de vouloir investir plus dans le football féminin, de faire confiance au foot féminin comme l’a fait Aulas ou Louis Nicollin à Montpellier. Il faut qu’ils aient de l’espoir et l’envie de le faire. Peut-être qu’ils se disent qu’ils vont y perdre de l’argent, mais si tout le monde y met du sien, ça pourrait instaurer plus de concurrence dans le championnat.

Après, ça peut aussi faire l’effet inverse et décourager les gens de se lancer dans l’aventure du foot féminin, non ?

C’est vrai, les gens peuvent se dire que Lyon met tellement de moyens qu’ils ne pourront jamais suivre, quoi qu’il arrive. De toute façon, je pense que pour se lancer, il faut avoir du culot, se dire « allez, je mise dessus et on verra où ça nous mène ». C’est un pari. Si tous les présidents s’y mettaient à fond, ça ne pourrait qu’être bénéfique pour le foot féminin.