OL: Gestion d'Aulas, poids des supporters... Les cinq questions que pose l'annonce du départ de Bruno Genesio

FOOTBALL Bruno Genesio vient d’officialiser ce samedi qu’il ne sera plus sur le banc de l’OL la saison prochaine. « 20 Minutes » se penche sur les enjeux de cette annonce, à six journées de la fin du championnat

Jérémy Laugier

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Bruno Genesio, ici lors de sa conférence de presse de ce samedi, afin d'annoncer qu'il ne prolongera pas son aventure sur le banc de l'OL. JEFF PACHOUD
Bruno Genesio, ici lors de sa conférence de presse de ce samedi, afin d'annoncer qu'il ne prolongera pas son aventure sur le banc de l'OL. JEFF PACHOUD — AFP
  • En fin de contrat en juin, Bruno Genesio vient d’annoncer ce samedi lors d’une conférence de presse qu’il ne sera plus l’entraîneur lyonnais en 2019-2020.
  • Cette annonce, qui survient après trois inquiétantes défaites (contre Rennes, Dijon et Nantes), soulève plusieurs questions.
  • « 20 Minutes » tente notamment de décrypter le rôle de Jean-Michel Aulas et des supporters lyonnais dans ce revirement de situation pour Bruno Genesio.

Bruno Genesio et  l’OL ont connu un revirement de situation total en seulement onze jours. Le 2 avril, avant la demi-finale de Coupe de France contre Rennes, tout semblait indiquer une prolongation de contrat de deux ans pour l’entraîneur lyonnais. Mais trois défaites plus tard, celui-ci a tenu à annoncer ce samedi après-midi, au cours d’une conférence de presse non programmée, son intention de ne pas poursuivre sa mission la saison prochaine. Durant une quinzaine de minutes, Bruno Genesio a expliqué pourquoi il avait pris cette décision le matin même, « en plein accord » avec Jean-Michel Aulas. Au lendemain d’un nouveau revers à Nantes (2-1), il a même confié vouloir « prendre un peu de repos après cette saison ». Voici les cinq questions majeures qui accompagnent ce rebondissement du jour en Ligue 1.

Pourquoi le timing de cette annonce ? Il n’y avait même plus besoin de lire entre les lignes pour comprendre, depuis l’élimination en Coupe de France face à Rennes (2-3), que Jean-Michel Aulas se tournait vers l’après-Genesio. Entre sa conférence de presse post-match, ses interviews dans la foulée puis l’après-Nantes vendredi, le changement de coach semblait acté. Les trois revers de rang (Rennes, Djon et Nantes) ont poussé Bruno Genesio à tenter quelque chose pour inverser une spirale négative qui pourrait permettre à l’ASSE de revenir dimanche à trois points de son voisin.

L’entraîneur lyonnais a bien compris qu’il n’aurait désormais plus de proposition de prolongation et il a peu de risques à annoncer qu’il ne poursuivra pas au-delà de juin (sa fin de contrat). L’objectif majeur est évidemment d’éviter de revivre au Parc OL (vendredi prochain face à Angers) la galère de la semaine passée contre Dijon (1-3), avec les sifflets et les moqueries des virages en direction de leur équipe. « On a besoin du soutien de notre public et d’un climat favorable pour réaliser une bonne performance », indique Bruno Genesio.

Aulas a-t-il eu tout faux sur le cas Genesio ? Jean-Michel Aulas n’a jamais manqué l’occasion de saluer le travail de Bruno Genesio depuis qu’il lui a confié les clés de son équipe première, en décembre 2015. En poussant parfois à l’extrême sa mauvaise foi au moment de dresser des bilans de son coach, tant sur les résultats que sur le jeu, JMA a grandement contribué au regard acerbe de nombreux supporters sur Bruno Genesio. Rares sont les rencontres majeures à l’issue desquelles le président lyonnais ne souligne pas par exemple « la causerie époustouflante » de son entraîneur. Tous ses éléments de communication depuis janvier laissent augurer une prolongation de Bruno Genesio et il a confirmé après Lyon-Rennes (2-3) qu'il s’agissait bien du plan initial. Oui, mais le but décisif de Ramy Bensebaini à Décines a tout changé.

Sans finale de Coupe, le contrat s’est d’un coup envolé. A quoi tient donc la politique sportive du deuxième plus gros budget de Ligue 1 ? Pour autant, Bruno Genesio sait ce qu’il doit à JMA et il a tenu à montrer ce samedi qu’il ne lui en voulait pas pour cette gestion plus que douteuse : « J’ai entendu parler de divorce et ce n’est absolument pas le cas. J’ai une relation de confiance professionnelle, mais beaucoup plus aussi, avec mon président ». D’après lui, ce n’est « pas de gaieté de cœur » que Jean-Michel Aulas a accepté sa décision. Toujours complices, ils ont déjà échangé ce samedi matin sur « l’éventualité » pour Bruno Genesio de rester au club. C’est aussi pour cela que selon ce dernier, « c’est le monde d’aujourd’hui, d’Internet et des réseaux sociaux » qui explique un tel changement en moins de deux semaines. Seulement les méchants Twittos donc ?

La pression des supporters a-t-elle vraiment été décisive ? Bruno Genesio est rarement apparu aussi remonté que lorsqu’il a évoqué la défiance des Bad Gones à son égard, même si celle-ci n’est réellement apparue pour la première fois qu’à l’issue d’une dernière journée de Ligue 1 contre Nice (3-2), en mai 2018. L’intensité croissante des sifflets et des « Genesio démission » depuis la défaite contre Rennes l’a évidemment touché. Celui-ci a évoqué ce point sensible ce samedi, lui le Lyonnais formé à l’OL.

« Depuis quelque temps, nous faisons face à un climat assez négatif, pour ne pas dire plus vis-à-vis de moi-même, et je pense que cela peut être un frein important pour l’équipe, pour le club et pour les joueurs en vue d’atteindre notre objectif prioritaire. Ma situation n’était pas intenable en interne puisque je travaille dans de superbes conditions, entre le staff, le président, et des joueurs que j’aime. Ce qui est intenable, c’est que par rapport à mon cas personnel, on puisse en arriver à souhaiter une défaite de l’institution. C’est la raison principale pour laquelle j’ai souhaité prendre cette décision. Même si on avait gagné la Coupe de France et terminé deuxièmes en L1, le contexte autour de moi n’aurait pas changé. »

Ce contexte n’a pas non plus échappé à Jean-Michel Aulas. « Un club ne peut pas être contre ses supporters », rappelle depuis quelques jours le président lyonnais, qui a peut-être accordé plus de crédit qu’on ne le pensait à ses échanges, fin mars, avec les différents groupes de supporters.

Genesio a-t-il vraiment atteint ses objectifs ? Dès son début d’intervention ce samedi, Bruno Genesio a rappelé que ses deux objectifs fixés en début de saison étaient soit atteint (un 8e de finale de Ligue des champions) soit en passe de l’être (une nouvelle qualif' pour l’épreuve reine). En vrai, hormis son unique deuxième place récoltée (jusque-là) en L1 après cinq premiers mois spectaculaires en 2016, a-t-il vraiment toujours été en phase avec les objectifs fixés ? La quatrième place en L1 en 2017, à 11 points de Nice (3e), faisait clairement tache, tout comme les nombreuses éliminations dans les coupes face à Guingamp, Montpellier, Caen, Strasbourg et Rennes, ou encore le fiasco en Ligue Europa en mars 2018 contre le CSKA Moscou (2-3 en 8es de finale).

Mais Jean-Michel Aulas n’a jusque-là jamais remis en cause son bilan, préférant rappeler son rapport privilégié avec le staff, l'« institution », et la plupart de ses joueurs. Bruno Genesio a d’ailleurs assuré qu’il y avait « pas mal d’émotion » de la part du vestiaire lorsqu’il a fait part ce samedi matin de sa décision d’arrêter. « Pas mal de joueurs m’ont apporté leur soutien et certains m’ont même demandé comment j’avais fait pour supporter tout ça depuis trois ans », glisse-t-il. A-t-il tout de même des explications quant à cette nouvelle saison marquée par le manque de maîtrise criant de son groupe, qui compte cinq points de retard sur le Losc dans une L1 au millésime très décevant ? « Je pense que mon message passe mais il y a des périodes dans le football où tout est plus difficile. Et ce parfois pour des raisons qu’on n’arrive pas facilement à identifier. C’est aussi dans ces moments-là qu’on construit l’avenir et les succès. »

Genesio sort-il grandi avec cette décision ? « C’est évidemment une décision difficile. Ce n’est pas ce que je souhaite au plus profond de moi-même. Mais j’ai pris cette décision pour une seule et unique raison : l’intérêt du club, de l’institution et de l’équipe. Je veux juste ramener de la raison, du calme, et un contexte plus favorable pour que le club atteigne ses objectifs. J’ai toujours dit que l’intérêt collectif passait avant l’intérêt individuel. » En apparence, Bruno Genesio s’est sacrifié ce samedi pour le bien de son club de cœur. Il n’empêche qu’il a sa part de responsabilité dans tout l’imbroglio sur son cas entre les deux matchs face à Rennes, et par rebond sur la désastreuse série (en cours) qui s’en est suivie.

C’est en effet lui qui a réclamé, à la reprise en janvier, à être fixé sur son sort avant la fin de saison. Une exigence qui avait de grandes chances d’impliquer un timing à risques pour les résultats de son équipe. « Depuis trois ans et demi, il n’y a pas un jour où je ne me suis pas remis en question, c’est dans l’ADN de notre métier, a-t-il annoncé ce samedi. Chacun doit faire son autocritique, moi j’ai fait la mienne. » A l’image de son refus, en février 2017, d’évoquer devant la presse ses choix tactiques, il n’a pas toujours semblé se remettre en cause.

Pas plus que lors d’une audacieuse comparaison avec Pep Guardiola sur ses changements de système en novembre 2018 ou plus récemment la 6e place supposée de l’OL dans la hiérarchie européenne. Dans la lignée de son président, il prône aujourd’hui « une union sacrée autour de l’équipe ». « Car le contexte peut consciemment ou inconsciemment influer sur les performances, précise-t-il. Ce n’est pas la seule raison mais je pense qu’il était nécessaire de clarifier les choses. » C’est en tout cas la seule explication qu’il a souhaité mettre en avant sur la soudaine crise lyonnaise en avril.