Coupe du monde de rugby: « C'est jouissif de répondre pour montrer notre valeur »... Présent en quarts, le XV de France est revanchard

RUGBY « Personne ne nous voyait en quarts » est devenu la phrase la plus prononcée par les membres du XV de France depuis la qualification. Coïncidence? On ne croit pas

William Pereira

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Tut, tut les rageux!
Tut, tut les rageux! — Christophe Ena/AP/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

Retour à la normale pour le XV de France après un week-end perturbé par le typhon Hagibis bourreau du peuple japonais et du crunch. Retour à la normale pour nous, aussi. On en avait presque oublié ce que c’était que de couvrir un entraînement des Bleus en pleine Coupe du monde. Pour notre première approche du stade d’entraînement d’Oita, où les hommes de Brunel joueront dans une semaine leur quart de finale, nous avons eu le bonheur de nous faire gentiment rattraper par un agent de sécurité dès lors que nous nous sommes aventurés à une grosse dizaine de mètres du terrain. Qui était bâché, Marcoussis-style, mais bon, comprenez que les consignes sont les consignes.

« Les journalistes, c’est là-bas », nous dit fort sympathiquement le bonhomme, désignant un minuscule bâtiment en préfabriqué (en « préfa » pour les puristes) où le wifi déconne comme pas permis. Difficile d’y bosser. Difficile d’en bouger. Si par malheur l’envie vous prend d’aller vous dégourdir les pattes à quelques encablures de la « média zone », un gars vient vous accoster pour vérifier que vous n’alliez pas fourrer votre tête dans le grillage (bâché) pour espionner ou pire, d’escalader un de ces arbres dont les premières branches sont à 15 mètres du sol. Et le terrain de tennis surplombant le « préfa », n’y pensez même pas en rêve. Un grillage et deux gars vous séparent de cette vue – on imagine – imprenable sur la pelouse. Un niveau de surveillance rarement atteint dans le plus hardcore des Metal Gear Solid.

« Quand on nous tape dessus, c’est jouissif de pouvoir répondre »

On a l’habitude d’être endigués comme la peste, on préfère même en rire entre journalistes mais on s’en vexerait presque à force. A croire que Jacques Brunel et ses hommes nous détestent réellement. Le sélectionneur promet que non quelques minutes plus tard en conférence de presse. « Il n’y a aucun blocage par rapport aux médias, y’a aucun problème, chacun fait son métier et on accepte la critique ». Ah bon, tout va bien alors. Sauf que ça ne colle pas avec des mots qu’il a eus plus tôt quant à sa satisfaction de voir son équipe se qualifier pour les quarts. « Ce n’est pas une revanche, c’est un constat. Si je vous ai bien lu, pas grand monde ne nous voyait battre l’Argentine et sortir de la poule. On est là. »

La récurrence du discours est frappante. Absolument TOUS les membres du XV de France à qui on a parlé après le succès contre les Tonga – sauf Wen « Groot » Lauret – nous l’on dit mot pour mot : « personne ne nous voyait en quarts et on y est ». Si c’est pas une revanche, c’est au moins une très belle imitation de la chose. Mais les mensonges, très peu pour Charles Ollivon, qui brise le tabou.

« Inconsciemment pour être honnête, peut-être qu’il y a eu de ça [un sentiment revanchard]. Nous, dans notre travail quand on nous tape dessus, c’est jouissif de pouvoir répondre pour montrer notre valeur. Et vous dans votre travail c’est la même chose, si on vous pique vous aurez envie d’aller encore plus haut. Mais c’est normal. »

Pas de fanfaronnade jusqu’à nouvel ordre

De Camille Lopez, on apprend que le scepticisme initial autour des Bleus peut même s’étendre jusqu’au cercle d’amis. « On a de comptes à rendre à personne mais c’est vrai que t’entends à droite, à gauche… Quand la poule était tombée, j’ai même des potes à moi qui sont derrière nous mais qui a ce moment doutaient et avaient la légitimité de douter de nous. En même temps quand vous voyez le tournoi qu’on avait fait, on n’allait pas dire à la fin du tournoi qu’on était meilleur que les Anglais et que les Argentins. »

La revanche sobre pour Charles Ollivon, aussi. Le Toulonnais se garde de fanfaronner jusqu’à nouvel ordre, car une sortie par la petite porte avec une valise comme cadeau de retour à la maison pourrait tout foutre en l’air. « C’est clair. On peut pas s’envoyer des fleurs parce qu’on a gagné ces matchs-là [Argentine, Tonga et Etats-Unis]. Mais il faut aussi être conscient du positif. On a gagné, et c’est déjà bien. » Gagner, il le faudra continuer de le faire pour progresser dans la compétition. Prochaine étape, le Pays de Galles : quatre victoires en autant de rencontres au Japon et un traumatisme datant du 2 février à surmonter. Brunel, pour finir: « depuis que je suis arrivé, on a perdu 14-13 à Cardiff et de la façon dont on sait à Paris [19-24 après avoir mené 16-0]. On verra. On était moins structurés qu’aujourd’hui. » Moins revanchards, aussi ?