Coupe du monde de rugby: L'Argentine, manque de maîtrise, « je s'appelle Groot »... Ce que l'on retient de la phase de poules du XV de France

RUGBY La France s'est qualifiée pour les quarts de finale en faisant le job mais sans briller

William Pereira

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Pas facile de résumer trois matchs en une image mais on a fait au mieux.
Pas facile de résumer trois matchs en une image mais on a fait au mieux. — Sipa (montage WP)

Annulé, le crunch, annulé le retour à Tokyo, le XV de France a pris jeudi la route d’Oita où il jouera son quart de finale, et nous a emportés dans son sillage. Bagages dans le coffre, cul vissé sur le siège, on est parti pour trois heures de route à regarder les paysages défiler et le ciel clair virer au rose puis au bleu nuit. Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire alors on pense au typhon qu’on est bien heureux de fuir, au match que la France ne jouera pas et à ceux qu’elle a joués. Bref, on fait le bilan, calmement en s’remémorant chaque instant avant de plonger définitivement dans notre quart de finale. Si elle laisse en bouche un goût d’inachevé, la phase de groupe qui vient de s’achever pour les Bleus a été riche en enseignements pour la suite de la Coupe du monde.

La France a gagné le match le plus important de l’année contre l’Argentine

Petite cocasserie de fin de semaine. On s’est amusés à relire les déclarations de nos Français à la veille du match contre l’Argentine, dont on savait tous qu’il était le plus important de cette poule. Ceux de Max Médard, par exemple : « Si on perd, on aura trois matchs derrière qui pourront nous permettre de nous rattraper, avec un dernier match contre l’Angleterre ». Évidemment, le Toulousain et ses coéquipiers ne pouvaient pas se douter qu’un typhon amputerait leur calendrier d’un match, mais ils ont été bien inspirés de gagner leur rencontre inaugurale face aux Pumas (23-21) pour poser les bases d’une qualification en trois journées. Sans ce succès, on aurait retrouvé Guilhem Guirado avec l’Italien Sergio Parisse au bureau des laissés pour compte du typhon et World Rugby. Et dire qu’on est passé à un drop improbable d’un Lopez revenu de nulle part du fiasco du siècle…

Ils ne savent pas encore jouer au rugby pendant 80 minutes

23-21 contre l’Argentine et les Tonga, 33-9 mais une frayeur contre les Etats-Unis… On ne peut pas dire que les ouailles de Jacques Brunel nous aient fait rêver pendant la phase de poules. Ou plutôt si, mais en première période. Pendant 40 minutes contre les Argentins, on était à un haka près d’être la Nouvelle-Zélande. « Je pense que tout le monde a envie de commencer les matchs comme on l’a fait », se satisfaisait à juste titre Rabah Slimani après le premier match à Tokyo. En revanche, absolument personne n’a envie de commencer ses secondes périodes comme la France. « On manque de maîtrise collective. Sur notre capacité à gérer les temps faibles sans trop commettre de fautes, j’ai quand même été déçu », analysait pour nous l’ancien sélectionneur Marc Lièvremont après les USA. On imagine bien que la dernière sortie des Bleus face au Tonga n’a pas dû le rassurer. « Sur les deux derniers matches, on a fait des choses qui n’étaient pas très glorieuses, concède Camille Lopez​. Mais on reste convaincus de ce qu’on a mis en place. On voit que ce sont des petits détails. C’est le haut niveau. » Dans dix jours, ça sera même le très haut niveau. Il va vite falloir corriger ça.

Les deux matchs en quatre jours les ont bien secoués

Une des aberrations du Mondial, bien avant la gestion lamentable du typhon Hagibis, résidait dans son calendrier très peu rugby friendly. Toutes les équipes ont eu droit à un enchaînement de deux matchs en quatre jours. Quand on connaît la violence de ce sport, on sait que c’est difficilement soutenable. Confirmation avec Sofiane Guitoune qui aura beaucoup, beaucoup joué contre les Américains et les Tonguiens. « Les 10-15 dernières minutes [contre les Tonga] ça a été dur physiquement. J’ai perdu pas mal de lucidité, ça m’a fait louper pas mal de plaquages. J’étais sur les hommes mais physiquement, il y avait plus rien. Je commençais à avoir des crampes un peu partout. C’était dur même si je m’attendais à ce que le soit encore plus. » « Sur les deux matchs il y a eu des moments où ça a été plus dur, notamment sur les fins de mi-temps, on le sentait », ajoute Jefferson Poirot. Mais bon, c’est du passé. Avant leur quart, le XV de France aura eu deux semaines pour recharger les batteries. Avec un peu de chance, Thibault Giroud va réussir à leur concocter une énième préparation physique.

La culture pop a pris le contrôle du vestiaire

Vous en avez sûrement entendu parler, mais le passage en zone mixte de Wenceslas Lauret, visage cabossé, après la victoire contre les Tonga était lunaire. Pendant cinq minutes, le joueur du Racing s’est pris pour le moins intelligible des Gardiens de la Galaxie en répondant à chacune de nos questions par « je s’appelle Groot… je s’appelle Groot ». On a eu peur qu’il nous fasse un AVC mais certains bruits de couloir se veulent plus rassurants, il s’agissait d’un pari avec d’autres joueurs. Cette blague est venue renforcer un constat qu’on avait fait un peu plus tôt dans le tournoi : le groupe vit bien, et il vit au rythme de la culture populaire. Il mate des blockbusters, a un sosie de Wolverine, s’enjaille sur du Fianso et chambre les journalistes au son d’Aya Nakamura. Pas mal.

Ils ont fait match nul contre l’Angleterre

Corrigé, l’affront de Twickenham ! Oubliés, le 44-8, les essais dans tous les sens, la domination outrageuse des Anglais, les propos controversés de Morgan Parra en zone mixte, « la plus grande honte rugbystique » de Jeff Poirot ! La France a arraché un match nul 0-0 face au XV de la Rose au prix d’un vaillant effort. Jacques Brunel pourra se satisfaire de la solidité défensive retrouvée de ses hommes qui n’ont concédé ni essai ni pénalité. De bon augure pour la suite ? Bah quoi, on se console comme on peut…