Coupe du monde 2018: Alléluia! On a enfin compris quel est le style de jeu des Bleus

FOOTBALL C'était pourtant là, sous nos yeux...

Nicolas Camus

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Didier Deschamps en pleine réflexion avant France-Belgique, le 7 juillet 2018 à Istra.
Didier Deschamps en pleine réflexion avant France-Belgique, le 7 juillet 2018 à Istra. — FRANCK FIFE / AFP
  • L'équipe de France est qualifiée pour les demi-finales de la Coupe du monde. 
  • Pour en arriver là, elle a battu l'Argentine puis l'Uruguay dans des matchs au style complètement différent.
  • Cette capacité d'adaptation est finalement la grande force de cette équipe, dont on se demande depuis des mois quelle est sa véritable identité. 

De notre envoyé spécial à Istra,

Ah, cette satanée question de l’identité de jeu de l’équipe de France… Des mois et des mois qu’on cherche, qu’on refait les matchs des Bleus pendant des heures, qu’on s’arrache les cheveux pour décrypter les paroles de Deschamps, qui dit vouloir que son équipe ait le ballon mais qu’elle est meilleure quand elle ne l’a pas et peut partir en contre. Et là, quelque part entre l’heure de jeu et la 75e minute du quart de final contre l’Uruguay, vendredi, la révélation. En fait, la marque de fabrique de cette équipe, c’est de s’adapter à toutes les situations. Et de le faire de mieux en mieux à mesure que la difficulté augmente.

C’était tout simple, mais il a fallu l’enchaînement de ce premier tour limite inquiétant joué piano piano, d’un huitième de finale très enlevé face à l’Argentine puis d’un quart de finale étonnamment maîtrisé pour la lumière jaillisse. A chaque fois, les Bleus ont reniflé leur adversaire pour voir à quoi il fallait s’attendre, ont mis en route en appuyant sur ses faiblesses et ont ensuite géré comme ils pouvaient en fonction de sa réaction. Résultat, ils ne dominent pas jamais outrageusement les débats mais ils arrivent toujours à leurs fins.

« Je ne crois pas que l’équipe de France ait un style défini »

Antoine Griezmann a parfaitement résumé la chose vendredi soir dans les couloirs du stade de Nijni. « Je ne crois pas qu’elle [l’équipe de France] ait un style défini. On regarde ce qui se passe dans le match et nous avons des joueurs qui savent gérer, faire des pauses ou accélérer », a-t-il exposé. Si on réfléchit bien, la phase de qualification s’est déroulée sur le même schéma. La démonstration face aux Pays-Bas, la bagarre dans le bourbier bulgare pour assurer au moins les barrages, la victoire sans trembler mais très pénible face à la Biélorussie pour valider le billet direct pour la Russie… C’est comme ça qu’avance la France de Deschamps.

Ce n’est pas pour ça qu’il n’y a jamais d’accroc, évidemment. Le 0-0 contre le Luxembourg à la maison n’était pas vraiment prévu au programme, par exemple, la bouillie face à l’Australie pour entamer ce Mondial non plus. Comme s’il y avait besoin de se faire peur, quand même, pour mieux sortir ce que l’équipe a dans le ventre ensuite. Ce qu’il faut retenir aussi, c’est que la France dispose des joueurs pour mettre cette mécanique en œuvre. Raphaël Varane explique tout ça très bien :

On peut interpréter ça comme de la maturité. On est jeune mais on a de la maîtrise, on peut jouer dans différents registres, avec un mélange de solidité défensive et d’attaques rapides, mais aussi des connexions entre joueurs dans les espaces réduits. On a une belle capacité à combiner. On s’adapte, des fois il n’y a pas de place, il faut jouer direct. Vendredi, on nous a proposé un défi physique, on a répondu présent. Parfois, on nous laisse le ballon, parfois c’est l’inverse. On a des joueurs avec des profils différents et qui peuvent être complémentaires. Ça fait de nous une équipe complète. Varier notre jeu est une de nos forces. »

Dans le détail, Griezmann aime le combat et le petit jeu, Mbappé peut courir vite (ah bon ?) mais aussi rendre fou les défenseurs dans les embouteillages, Pogba sait tout faire s’il en a envie, Matuidi nous surprendra jusqu’à sa retraite, Giroud est toujours là où il faut et, de toutes les façons, Kanté couvre la clique derrière pour cueillir tout ce qui traîne. Alors autant humer l’odeur du match avant de se jeter dedans tête baissée.

« Plus on avance dans une compétition, moins on a de marge »

« Sur cette coupe du monde, toutes les équipes ont été bien préparées, même les équipes dites petites ou moyennes, indique Deschamps. Quand il y a peu d’espaces, c’est compliqué, on l’a vu avec des nations pourtant très fortes dans la possession. On ne peut pas dire que la coupe du monde ait réussi à ces équipes-là ». Espagne 0-1 Le pragmatisme à DD.

En fait, maintenant que le déclic s’est fait dans notre cerveau, nous revient en tête un indice lâché par Benjamin Mendy à Clairefontaine pendant la préparation. Interrogé sur le style de jeu des Bleus, le défenseur avait simplement répondu : « La gagne ». Ça nous avait fait sourire, sur le coup. Ça prend une autre dimension aujourd’hui. Le seul problème dans tout ça, c’est que si le petit brin de réussite n’est pas là, les choses se compliquent. « Plus on avance dans une compétition, moins on a de marge », rappelle Hugo Lloris. Et oui, sinon on aurait gagné l’Euro. Et cette fois ?