Coupe du monde 2018: «Il me manquait ce petit but...» Et si Varane était enfin au sommet de son art?

FOOTBALL Le défenseur central des Bleus, décisif vendredi face à l'Uruguay, rayonne depuis le début de ce Mondial...

Nicolas Camus

— 

La joie de Varane après avoir ouvert le score contre l'Uruguay, en quart de finale de la Coupe du monde, le 6 juillet 2018.
La joie de Varane après avoir ouvert le score contre l'Uruguay, en quart de finale de la Coupe du monde, le 6 juillet 2018. — Kunihiko Miura/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Istra,

Sa démonstration de joie, le visage rageur, presque hargneux, a marqué les esprits. Raphaël Varane, éternelle image de gentil tout calme collée aux basques, a fait sortir beaucoup de choses au moment de fêter son but de la tête face à l’Uruguay, vendredi. Bon, il y a le fait d’ouvrir le score pour son pays en quart de finale de la Coupe du monde, déjà, et rien que ça, on imagine très bien que ça suffise à vous faire hurler de joie. Mais il y avait un peu plus, aussi, et le défenseur du Real a bien mis les mots dessus samedi midi, en conférence de presse, au moment où il lui était demandé s’il avait livré son meilleur match en équipe de France.

« Je ne sais pas… Il y a un but décisif, donc forcément c’est bien, et ça me fait très plaisir. Il me faudra un peu de recul pour vraiment analyser ce que j’ai fait, mais c’est dans la continuité de ma saison. J’ai passé des caps ces dernières années. Il me manquait ce petit but, il est arrivé hier, c’est un grand plaisir. Je n’avais pas pu être présent à l’Euro, je voulais vraiment revenir sur une grande compétition, prêt physiquement. Je me sens bien et en plus là je suis décisif. Ce sont toutes ces petites choses qui me font dire que je vis un bon moment ».

Plutôt intéressant, dans le genre. On sent dans ce discours l’amertume qui l’a souvent accompagné, au gré des rendez-vous manqués à cause d’un physique un peu fragile, dont l’Euro à la maison a été le point culminant, bien sûr. Depuis le début de ce Mondial, Varane apparaît bien dans ses pompes. Ses interventions sont claires et fédératrices, comme elles l’ont toujours été, mais avec ce petit quelque chose en plus dans la voix qui fait dire que sa position est désormais affirmée dans le groupe.

« Il y a une évolution avec le temps, avec l’expérience qui s’accumule, c’est normal »

Depuis le temps qu’il est dans le paysage (47 sélections, la première en 2013), on pourrait penser que ça aurait pu venir plus tôt. Ce serait oublié qu’il n’a que 25 ans, en fait. On le sentait venir il y a un an, maintenant on a comme l’impression qu’il est arrivé sur cette compétition là où on l’attendait, un peu comme Paul Pogba. « Des responsabilités, ça fait des années maintenant que j’en ai. J’ai eu le brassard à 21 ans, rappelle-t-il. Le coach m’en donne, à Paul aussi, on sait ce qu’on a à faire, ce qu’on peut apporter. Ensuite, il y a une évolution avec le temps, avec l’expérience qui s’accumule, c’est normal. »

Les quatre Ligues des champions gagnées avec le Real Madrid ces cinq dernières saisons ont forcément aidé. Comme le fait de jouer aux côtés de Sergio Ramos. Les médias espagnols qui couvraient la rencontre face à l’Uruguay ont d’ailleurs noté qu’il y avait un peu du leader madrilène en lui, désormais. Le Français sait qu’il ne sera jamais comme le leader madrilène, mais il revendique le droit à une personnalité plus discrète.

« Dans un groupe, il faut des personnalités différentes. En équipe de France, Paul c’est le feu, moi c’est plus l’eau, répond-il en souriant. A Madrid, Ramos est plus impulsif, c’est le genre de joueur qui a la faculté de transmettre la motivation. Mais d’autres personnalités peuvent être importantes aussi. Il faut apporter au groupe ce qu’on a à apporter, ne pas changer son style, ne pas surjouer. Si on essaie de se comporter comme quelqu’un d’autre, ça ne marchera pas. C’est comme sur le terrain, il faut jouer sur ses qualités. »

Deschamps : « J’avais souffert, et aujourd’hui c’est l’effet inverse »

Après l’Uruguay, le vice-capitaine des Bleus a pu entendre un joli message de son sélectionneur, interrogé sur sa « revanche » par rapport au quart de finale de 2014, quand il s’était fait manger au duel par Hummels sur le seul but du match.

« Je suis content pour Raphaël. Ceux qui étaient là en 2014 ont grandi, pas en taille, mais avec quatre ans d’expérience, plus de maturité. Le vécu, on a besoin de ça. Je lui ai dit à la fin du match, j’étais avec lui, j’avais souffert, et aujourd’hui c’est l’effet inverse, a dit Didier Deschamps. Dans le foot, c’est souvent dans les moments difficiles qu’on apprend le plus. Pour lui et pour nous, c’est bien qu’il ait pu être le déclencheur. »

L’intéressé, qui espère ce sujet un poil agaçant derrière lui maintenant, avoue ne pas y avoir pensé au moment de célébrer son but. « Non, c’était plus par rapport à 2016 insiste-t-il. C’est toute cette joie d’être là qui s’est exprimée. » Et on espère que ça ne fait que commencer.