Suède-France: «Trop tendre», Raphaël Varane? Il est grand temps d’arrêter avec ça

FOOTBALL Le Madrilène est en train de changer l’image de défenseur trop bien élevé qu’il traîne depuis ses débuts…

Nicolas Camus

— 

Raphaël Varane prend le dessus sur John Guidetti lors du match aller entre la France et la Suède (2-1), le 11 novembre 2016 au Stade de France.
Raphaël Varane prend le dessus sur John Guidetti lors du match aller entre la France et la Suède (2-1), le 11 novembre 2016 au Stade de France. — MIGUEL MEDINA / AFP

De notre envoyé spécial à Solna,

Ce n’est pas vraiment un doute, juste un sentiment de trop peu. Surtout vu la trajectoire et le potentiel. Raphaël Varane n’a pas encore donné sa pleine mesure en équipe de France. Avec son talent, sa maturité, son aisance naturelle, on sait depuis des années que le défenseur de 24 ans va devenir un jour ou l’autre le patron de la défense des Bleus, voire des Bleus tout court… mais le moment tarde à venir. Le match en Suède vendredi, aussi compliqué qu’important dans la course au Mondial 2018, peut (doit ?) être celui-là. Et aussi pour en finir avec cette idée qu’il serait un défenseur un peu trop bien élevé. Parce que les deux sont intimement liés.

Mine de rien, voilà déjà quatre ans que Varane balade son 1,91m à Clairefontaine, titulaire à chaque fois que son corps le permet (35 sélections). Ça a été le cas à la Coupe du monde au Brésil, mais pas lors de l’Euro à la maison l’été dernier. Une blessure au moment mauvais, comme souvent. Laurent Koscielny a pris du poids, Samuel Umtiti prouvé qu’il avait le niveau. Ce dernier a depuis enchaîné avec une grosse première saison au Barça. Varane « a un peu d’avance grâce à son vécu », indique Didier Deschamps. Mais ça ne durera peut-être pas éternellement.

« C’est très bien d’avoir de la concurrence. Ça fait progresser, ça sert le groupe, dit l’intéressé. Personnellement, je me suis senti progresser cette saison, j’ai le sentiment d’avoir passé un cap. J’ai réussi à imposer ma façon de jouer, je crois, et j’ai maintenant la confiance de mon entraîneur et de mes coéquipiers. »

Aaaah, ce duel face à Hummels…

C’est d’ailleurs pour ça qu’on se dit que c’est vraiment le bon moment pour lui. Au Real Madrid, où il est arrivé à 18 ans, il a toujours joué régulièrement mais jamais les matchs qui comptent, barré par Ramos et Pepe. Jusqu’à la deuxième partie de la saison dernière et une remise à plat avec coach Zidane l’été dernier. La semaine passée, il a soulevé sa troisième (!) Ligue des champions, mais la première dans la peau d’un cadre. Et ça change tout.

Comme sa position sur le terrain, on dirait que sa parole s’est affermie. Dans sa dernière interview à L’Equipe, en mars, on a enfin l’impression d’avoir entendu sa voix. Ambitieux, sûr de lui, il affirme que « l’objectif, c’est gagner la Coupe du monde ». Et se montre ferme pour en finir avec cette image de « tendre » qu’il traîne depuis qu’il s’est fait manger au duel par Hummels lors du quart de finale du Mondial brésilien contre l’Allemagne.

Pas sûr que Raph l'ait encadrée dans sa chambre celle-là...
Pas sûr que Raph l'ait encadrée dans sa chambre celle-là... - PATRIK STOLLARZ / AFP

« J’avais 21 ans. Depuis, j’ai beaucoup progressé. J’ai pris en masse musculaire. Dans l’impact, je veux y aller plus fort. J’ai surtout progressé dans le timing d’intervention. Après, il y a mon profil, il ne changera pas. Je joue sur mes qualités de vitesse, de lecture du jeu et d’anticipation. Ça ne m’empêche pas de mettre le pied quand il faut. Regardez mon pourcentage de duels gagnés. Il n’est pas mauvais ».

On a vérifié, ce n’est pas faux. Varane affiche 61 % de réussite dans ce domaine cette saison (tout confondu, selon le site Squawka), soit davantage que Ramos (56 %), Pepe (57 %), Umtiti (58 %) ou Koscielny (59 %) par exemple. « Un grand défenseur doit toujours mettre un peu de vice. Le pied, la tête, le coude… Il manquait d’agressivité, quand les autres défenseurs en débordaient, juge l’ancien international Manuel Amoros. Il a durci son jeu et c’est pour ça qu’il s’impose au Real. En faisant des matchs comme ça, on a l’impression qu’on retrouve ce joueur sur lequel on avait beaucoup d’espoir. Et qui est indispensable. »

« Il a acquis un statut au Real dont il avait besoin pour se sentir bien »

Revenons quelques instants sur l’aspect com’, semble-t-il plus offensif. « Ce n’est pas une volonté de sa part, c’est juste que plusieurs choses ont évolué dans sa situation personnelle, nous explique son agent d’image, Frank Hocquemiller. Il a acquis un statut au Real dont il avait besoin pour se sentir bien, il est maintenant père de famille [depuis mars] - et ça ça vous change un homme -, et puis ce n’est plus le gamin de 18 ans qui est arrivé à Madrid dans ses petits souliers. »

Mon fils ❤️ 09/03/2017

A post shared by Raphaël Varane (@raphaelvarane) on

L’expérience, l’assurance, les responsabilités, voilà comment le Nordiste s’est solidifié naturellement. « Aujourd’hui, je peux apporter plus par la parole, la présence. C’est un point sur lequel j’ai bien progressé cette saison », estime-t-il. « Peut-être aussi qu’à force de le voir jouer et de l’entendre, les gens ne le voient plus comme ils le voyaient au départ, ce garçon bien élevé mais peut-être un peu plat [souvenez-vous ce hashtag #TweetCommeVarane], considère son agent. En général, quand ils apprennent à le connaître, ils changent leur regard. Parlez foot un peu avec lui, vous allez voir s’il est plat ! »

Les plus anciens du groupe France, comme Moussa Sissoko, louent l’implication renforcée de leur vice-capitaine (plus jeune joueur à porter le brassard en 2014, à 21 ans). « ll est un peu écœurant, en sourit Olivier Giroud. Il a 24 ans, ça fait quatre ans qu’il est là, il a gagné trois Ligue des champions… J’espère qu’il va gagner des titres avec l’équipe de France maintenant. » Histoire de tenir ses promesses jusqu’au bout.