Coupe du monde 2018: Exemplaire et plus ouvert, le nouveau Pogba met enfin tout le monde d'accord

FOOTBALL Souvent critiqué pour ses performances et son attitude, le milieu de terrain de l'équipe de France est en train de se révéler depuis le début de la compétition...

Nicolas Camus

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Paul Pogba crie sa joie à la fin de France-Argentine en 8e de finale de Coupe du monde, le 30 juin 2018.
Paul Pogba crie sa joie à la fin de France-Argentine en 8e de finale de Coupe du monde, le 30 juin 2018. — Kieran McManus/BPI/Shut/SIPA

De notre envoyé spécial à Nijni Novgorod,

Quoi qu’il arrive vendredi face à l’Uruguay, cette Coupe du monde restera comme un moment marquant dans la carrière en équipe de France de Paul Pogba. C’est une certitude. Critiqué pour ses performances et son attitude, sans qu’on sache trop parfois lequel de ces deux aspects entraînait l’autre vers le bas, le milieu de terrain est en train d’arriver là où tout le monde l’attendait : dans un rôle d’exemple.

« La Pioche » a toujours été un grand point d’interrogation depuis qu’il est dans cette équipe, ce qui fait tout de même cinq ans (57 sélections). Avant le début de la compétition, on avait nous-mêmes écrit un long article dans lequel on essayait de mettre sur la table tout ce pourquoi «avec Pogba, il y a toujours débat». En trois semaines, beaucoup de choses ont changé. Cela vient d’abord de lui. La métamorphose est frappante. On s’assied et on écoute ce qu’en dit tonton Blaise Matuidi :

Il a toujours été le même, un bon vivant, qui respire la joie de vivre, et avec beaucoup de talent bien sûr. Ce qui a changé, c’est au niveau du groupe. C’est devenu un vrai leader, un patron. Aujourd’hui, c’est un exemple. Il dégage ce truc-là, par ses performances et par ses paroles. Et il est très écouté. »

Tous les joueurs interrogés à son sujet disent à peu près la même chose. Et même si la louange est toujours bien vue quand on parle du copain devant les médias, on a le droit de penser qu’il y a un fond de vrai. Ça corrobore ce que l’on a observé sur le terrain, déjà. Face à l’Australie, il a été le seul à se rebeller, quand les autres faisaient semblant de ne pas voir que ça pataugeait sévère. Le ballon pour Griezmann qui amène le penalty, c’est lui. C’est lui aussi qui est allé provoquer le deuxième but, à la hargne, comme un grand.

Il n’a pas baissé de pied depuis, face au Pérou et à l’Argentine. Dans ce 8e de finale, il a donné le change dans la baston à Mascherano, Banega et Perez, et par séquences régalé par son aisance - cette ouverture de 60 mètres parfaite pour Mbappé en pleine course sur un coup franc vite joué en première période, on n’est pas près de l’oublier. Surtout, dans tous ces matchs, on l’a vu râler, motiver, replacer, encourager, engueuler. Un comportement qu’il a également dans le vestiaire, raconte Adil Rami. « C’est vrai qu’il a changé. Il est en train de devenir un vrai leader, dans le sens où il n’hésite pas à prendre la parole, et souvent il a le mot juste, sur la mentalité, les sacrifices, les efforts, détaille le défenseur. C’est quelqu’un d’important, et je le vois bien dans ce rôle. »

Lui aussi, de plus en plus. Quand il l’avait dit avant le Mondial, on lui était tombé dessus. Il y a un truc qui ne collait pas. C’est de moins en moins le cas. Son comportement vis-à-vis de l’extérieur y fait beaucoup dans notre ressenti, aussi. Depuis le début de la compétition, Pogba est venu cinq fois face aux médias, tenant une conférence de presse et s’arrêtant en zone mixte après chaque match (même le Danemark, qu’il n’avait pas joué). A peine croyable, quand on sait que ça faisait quatre ans qu’on attendait de le voir.

Ce n’est pas parce qu’il vient débriefer les matchs avec les journalistes après les rencontres que l’on écrit ça. On est content de l’entendre, c’est sûr, parce qu’il est un joueur important et qu’en plus ce qu’il dit est souvent fort intéressant. En fait, c’est surtout ce que cela représente. Il a choisi d’affronter les critiques en face, et de monter au front pour défendre ses coéquipiers, et notamment les plus jeunes, quand c’est nécessaire. Aujourd’hui, plus personne ne le remet en question.

La prise de conscience

« Je veux oublier les critiques, prendre du plaisir, disait-il lorsqu’il est venu en conf’, le 24 juin. Je veux vraiment gagner cette Coupe du monde, et je suis prêt à tout donner pour cette équipe de France. Etre un leader, pourquoi pas, mais ça ne se dit pas, ça doit venir naturellement. »

On l’a vu, c’est plutôt bien parti. Parce qu’il commence à appréhender la fonction dans sa globalité. Ça aura bien sûr encore plus de poids si la France atteint le dernier carré de cette Coupe du monde, ou mieux, mais ça ne changera pas grand-chose au fond de l’affaire. « Il a pris conscience de ce qu’il pouvait devenir dans cette équipe, juge Matuidi. Je suis très heureux de le voir comme ça, et je pense qu’il n’a pas fini de nous surprendre. »