Coupe du monde 2018: «Vous m'avez manqué», on vous raconte la première conf de presse de Pogba depuis des lustres

FOOTBALL Le milieu de terrain des Bleus est un autre homme, en tout cas médiatique, depuis son arrivée en Russie...  

Nicolas Camus

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Paul Pogba en conférence de presse à Istra pendant la Coupe du monde, le 24 juin 2018.
Paul Pogba en conférence de presse à Istra pendant la Coupe du monde, le 24 juin 2018. — FRANCK FIFE / AFP

De notre envoyé spécial à Istra,

Si on a eu un peu de mal à se lever dimanche matin, il n’a pas fallu longtemps être vraiment bien réveillé. Apprendre que Paul Pogba vient en conférence de presse, ça vous émoustille un journaliste. « Quatre ans qu’on attendait ça », répète l’un d’entre eux au ptit déj. « Il était venu il y a deux ans en tant que capitaine », précise le chef de presse Philippe Tournon une fois tout le monde arrivés au centre des médias. Peu importe, c’est un événement, et l’intéressé en a beaucoup joué, en cette belle fin de matinée.

« Vous m’avez manqué »

Casquette sur la tête, l’air décidé, il avait visiblement travaillé son entrée. « Ahhh, ça faisait longtemps », dit-il en s’asseyant. Première question sur cette longue absence au micro, justement. « Vous m’avez manqué, répond-il en rigolant. C’est vrai que je ne suis pas trop bavard. Mais ça me fait plaisir. » Ce n’est évidemment pas vrai, en tout cas pas à ce point-là. Mais on le sent ouvert et prêt à discuter.

Ça a duré au total un tout petit moins de 30 minutes en tout. Il a beaucoup été question des critiques dont il a fait l’objet, du décalage ressenti avec le public, de son rôle de leader dans cette équipe. Le fond de son propos a été un peu moins intéressant qu’on l’espérait, mais il y quelques passages à retenir. Petite sélection :

  • Les critiques sur son jeu…

« Il y en a tellement, je ne sais pas desquelles vous parlez. Non, c’est d’entendre l’argent, les transferts, les 100 millions… Depuis ce transfert, on est tellement sur moi que ça a changé ma vie. C’est tout. Je veux oublier les critiques, tout ce qui se dit, moi la seule réponse est sur terrain. Je donne le maximum pour ce maillot. Je veux vraiment gagner cette coupe du monde ».

  • … et son attitude

« C’est la mentalité européenne ou française, on dirait que t’as pas le droit de faire une coupe de cheveux et aller jouer au foot après. A Torcy [son premier club, gamin], on allait manger un grec avant le match er on gagnait le match 6-0. On ne parle que du négatif. Quand je danse et que je marque, je n’entends rien, mais si je danse et qu’on perd, alors là ça devient un problème. Mais c’est pas grave. Je continue avec ça. On me dit je suis un showman et tout. Non, je suis moi. Je ne joue pas un rôle, j’ai toujours aimé rigoler, sourire, danser. Et le plus important, joueur au foot. C’est ça qui fait Paul ».

  • Son rôle de leader

« Je suis prêt à tout donner pour cette équipe de France. Etre un leader pourquoi pas, mais ça tu ne le dis pas, ça doit venir automatiquement, naturellement. Ce sont les autres qui doivent ressentir ça. On a tous le même objectif. Si je râle sur un joueur, c’est pour son bien. On veut la gagner, il faut passer par là. Si je dois booster tout le monde, je vais le faire ».

  • Ses conseils à Mbappé [après ses déclarations suite au Pérou]

«kyky, c’est un grand talent, tout le monde le sait. On attend beaucoup de lui, qu’il marque trois buts à chaque match. Il n’en est pas encore là. Il progresse, il est déjà en avance. Mais je disais ça en rigolant. Il commence à jouer, il aime le foot, mais maintenant il découvre les critiques, et son boulot n’est plus seulement de jouer mais de faire taire les gens qui parlent mal de lui. C’est tout. »

  • Nos sensations négatives à propos de Griezmann

« Vous avez faux. Grizou il est en forme, il est bien, il se bat pour l’équipe. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas marqué au dernier match que ça ne va pas. On dit « ah c’est parce qu’il a resigné dans son club, tout ça »… Je l’avais dit avant, ne touchez pas à mon Grizou. Vous avez oublié l’Euro. La Coupe du monde n’est pas finie, il y a encore des matchs, on est qualifiés pour les 8e, pensez à ça. Vous avez vu contre le Pérou il était là en repli, on était compact. Il a cette qualité et vous le savez. Encore une fois, touchez pas à mon Grizou ».

"Hop hop hop, c'est mon Grizou on lui fait pas de mal". - David Vincent/AP/SIPA

Voilà, c’était Paul Pogba en conférence de presse. Quelque chose nous dit quand même qu’il est en train de se passer un truc. On a davantage entendu le son de sa voix en deux semaines - il s’est aussi arrêté en zone mixte après les deux premiers matchs - que les quatre années précédentes réunies.

Une attitude en adéquation avec ses performances face à l’Australie et au Pérou, où sans être parfait il s’est montré hargneux, inspiré et surtout décisif. En un mot, on le croirait presque épanoui. « On joue une Coupe du monde… Je prends du plaisir, c’est peut-être ma dernière, on ne sait pas. C’est un rêve de gosse, alors je profite ». Et nous aussi, du coup. On aime ou pas, mais au moins il est là et donne son avis. Encore le meilleur moyen pour que ça se passe bien.