Coupe du monde 2018: «Si le coach nous fait un petit cadeau»... Le temps commence à être long à Istra

FOOTBALL On a vérifié, il y a peu de choses à faire dans la région...  

Nicolas Camus

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Personne ? Vraiment ?
Personne ? Vraiment ? — FRANCK FIFE / AFP / Montage

De notre envoyé spécial à Istra,

C’est marrant comme on sent parfois le vécu dans les questions posées par les journalistes qui suivent l’équipe de France. Depuis quelques jours, et surtout le retour d’Iekaterinbourg, les joueurs qui viennent en conférences de presse sont systématiquement interrogés sur ce qu’ils ont trouvé pour tromper l’ennui à Istra.

Cela fait maintenant deux semaines que tout le monde est arrivé, et sachant que ça a mis à peu près quatre heures pour visiter tout ce qui vaut le coup d’œil dans cette très banale et isolée bourgade (dont trois pour la Nouvelle Jérusalem), les suiveurs n’attendent que le prochain match, à Moscou, Kazan, Nijni Novgorod ou n’importe où, du moment qu’il y a quelque chose qui ressemble à de la vie.

Les joueurs, bien sûr, ont moins ce souci. Ils ont une Coupe du monde à jouer et cela demande un rythme de vie monastique. « Chaque heure de sommeil, chaque repas, est important », dit Florian Thauvin, qui détaille ainsi à quoi ressemble une journée type au camp de base : « C’est simple, on fait un entraînement par jour, parfois des séances vidéo, le reste du temps c’est nos repas, du repos, des soins avec le kiné et du temps entre nous pour rigoler ».

Pour rigoler, comme il dit, tout est bon. Au hit-parade des passe-temps les plus populaires, les jeux vidéo avec Fortnite, Fifa ou Mario Kart, les jeux de cartes comme le tarot et le uno, les dés avec le perudo (un jeu originaire d'Amérique Latine mêlant bluff et enchères), les séries, le basket et la piscine… et les matchs du Mondial à la télé. Ponctuellement, un petit barbecue est également organisé, avec concours de pétanque pour ceux qui aiment. « On passe le temps ensemble, et franchement on ne s’ennuie pas, raconte Raphaël Varane. On s’entend tous très bien, il y a une super ambiance. »

Comme le Madrilène, tous répondent spontanément que non-non-promis-juré-craché, ils ne trouvent pas le temps long dans leur forteresse du Hilton Garden Ill, perdue en plein forêt. Mais il suffit de creuser un tout petit peu pour sentir que si, quand même un peu. Djibril Sidibé, sourire en coin :

On vit bien, mais on connaît l’être humain, il a besoin de changer d’air de temps en temps. On se focalise sur nos matchs… Après, si le coach nous fait un petit cadeau, on est preneurs.

De ce qu’on a compris, le petit cadeau est encore en négociations avec papa Deschamps. Les familles et amis des Bleus venant pour le troisième de poule contre le Danemark, mardi, on imagine que les joueurs essaient de gratter le maximum de temps libre avec eux les jours suivant. « C’est sûr qu’ils nous manquent beaucoup, relève Thauvin. Ce n’est pas facile de vivre sans les gens qu’on aime. On est pressés qu’ils arrivent pour les serrer fort dans nos bras. »

On leur demanderait bien s’il ne resterait pas une petite place pour les nôtres dans l’avion, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est de s’accorder des bulles d’air indispensables pour éviter l’étouffement. « On ne peut pas être mono-obsessionnel sur l’objectif sportif et ne penser qu’à la compétition. Il faut aussi des moments où on évite de penser au football », décrypte Cédric Quignon-Fleuret, responsable de l’unité psychologie du sport à l’Insep.

Deux jours off depuis le 23 mai

Depuis le 23 mai, le groupe n’a pour l’instant bénéficié que de deux jours off, après le match contre l’Italie le 1er juin. C’est moins que la plupart des autres nations, mais fidèle à la méthode de Didier Deschamps​ et son staff depuis le Mondial au Brésil. « Je ne voulais pas qu’on soit dans un bunker, mais on a besoin de tranquillité aussi », disait le sélectionneur au lendemain de l’arrivée à Istra.

Un discours que les joueurs comprennent malgré tout. « On est un peu coupés du monde, mais on essaye de faire abstraction. On a tout pour bien travailler et s’éclater, relativise Sidibé. Le temps peut être long parfois mais on est venu pour une Coupe du monde. » Et pour une longue, si possible.