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HORS-TERRAINComment la plage des coquilles, à Palavas, a vu naître le beach-volley

Beach-volley : Comment la plage des coquilles, à Palavas-les-Flots, a fait décoller la discipline en France

HORS-TERRAINLe beach-volley doit son véritable envol en France, dans les années 1970-80, à la plage des coquilles de Palavas-les-Flots (Hérault). L’histoire actuelle du beach tricolore se poursuit à deux pas de là, sur le sable de Carnon et de Montpellier
Le beach, une histoire intimement liée aux plages de l'Hérault, comme ici cette semaine à Carnon.
Le beach, une histoire intimement liée aux plages de l'Hérault, comme ici cette semaine à Carnon. - J. Diesnis / Agence Maxele Presse / Agence Maxele Presse
Jérôme Diesnis

Jérôme Diesnis

L'essentiel

  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « Hors-terrain », 20 Minutes explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Cette semaine, rendez-vous sur les plages de Palavas-les-Flots (Hérault), là où le beach est né en France, ainsi qu’à Carnon, tout près de là, où son histoire continue de grandir.
  • Ces terrains, naturels sur les bords de la Méditerranée, ou artificiels à Montpellier, ont façonné les meilleurs beacheurs français, en conservant un esprit de mixité, de convivialité, et de gagne.

Palavas-les-Flots. Rive droite. Plage des coquilles. Un lieu d’histoire ? C’est ici qu’est né pour de bon en France le beach-volley, dans les années 1970-80, longtemps après ses premières apparitions mondiales dès 1920 en Californie, puis dans les années 1930 déjà dans l'Hérault. « On jouait sur le sable l’été et on continuait notre pratique l’hiver en salle, se souvient Christian Albe, le président de la ligue Occitanie de volley-ball. Ce n’était pas encore tout à fait du beach comme il est pratiqué en compétition en 2x2. On jouait à 3 contre 3 ou 4 contre 4. »

A cette époque, dans les années 1970, Montpellier était la capitale du volley français. L’ASPTT, sept fois championne de France et trois fois finaliste durant la période, planait sur le volley féminin. Les garçons du MUC, huit fois champions de France et sept fois vice-champions, n’étaient pas en reste. « Forcément, on croisait beaucoup de membres des équipes de France à Palavas, reprend Christian Albe. Il y avait non-stop 50 à 60 ballons sur la plage en même temps. »

Palavas a permis de préparer des Jeux olympiques

« J’ai découvert cet endroit incontournable en 1987, à l’âge de 16 ans », confie Stéphane Canet, qui a représenté quelques années plus tard la France aux JO 2004 à Athènes avec Mathieu Hamel. Un autre athlète façonné au beach sur le sable de Palavas. Tout comme les pionniers avant eux, Christian Pénigaud et Jean-Philippe Jodard, qui ont participé aux JO de 1996 (les premiers du beach) et ceux de 2000 après avoir arpenté ensemble les terrains de Palavas durant leur adolescence.

A Palavas-les-Flots, des générations de volleyeurs ont découvert le beach, notamment les pionniers de la discipline, qualifiés lors des premières éditions des JO, à Atlanta, Sydney et Athènes.
A Palavas-les-Flots, des générations de volleyeurs ont découvert le beach, notamment les pionniers de la discipline, qualifiés lors des premières éditions des JO, à Atlanta, Sydney et Athènes. - J. Diesnis / Agence Maxele Presse

« Il y avait un état d’esprit convivial, mais aussi compétitif, raconte Christian Pénigaud. Si tu gagnais, tu restais sur le terrain, si tu perdais, tu laissais ta place. » Stéphane Canet se souvient parfaitement de cette époque. « Quand on jouait contre les anciens, on savait qu’on allait se faire voler deux ou trois points, se marre-t-il. Outre le plaisir de jouer sur le sable, ces moments m’ont forgé un esprit de combativité. Ça m’a donné une certaine culture de la gagne. »

Un projet du beach « super alléchant » avec les JO 2024 à Paris

Sur la plage des coquilles, le temps s’est écoulé. Le port de plaisance a grignoté le sable, les filets ont disparu et les jeux de ballon (au pied) y sont même interdits. « Avec l’apparition des téléphones portables, l’ambiance s’est un peu cassée, note Stéphane Canet. Les gens se retrouvaient entre eux. Je crois que ça a un peu précipité la fin des grands moments du beach à Palavas. » C’est vers une autre station balnéaire héraultaise, à Carnon, que ce sport a jeté ses filets, du côté de la capitainerie. La quinzaine de terrains y fait le plein en permanence.

« Désormais, c’est là où tout le monde se retrouve », sourit Julien Lyneel (32 ans). Le réceptionneur-attaquant de l’équipe de France (220 sélections) vient de franchir le pas en mettant fin en mai à sa carrière en salle sur un titre de champion de France avec Montpellier. « C’était le bon timing, le projet du beach est super alléchant avec la perspective des JO à Paris en 2024 », s’enthousiasme-t-il. Un sentier de sable qui passera par Roland-Garros, terre d’accueil d’une étape du circuit Beach Pro Tour, du 29 septembre au 2 octobre. « Ce sera un grand moment à vivre », poursuit Julien Lyneel.

Figure emblématique de l'équipe de France en salle, Julien Lyneel va désormais se tourner, à 32 ans, vers le beach.
Figure emblématique de l'équipe de France en salle, Julien Lyneel va désormais se tourner, à 32 ans, vers le beach. - KAMIL KRZACZYNSKI / AFP

« Le beach permet de dépasser les a priori de taille »

A Carnon, Maël Landally est un autre habitué des lieux. « On vient régulièrement avec les amis, explique ce licencié au Montpellier Beach volley. Nous sommes une petite communauté d’une bonne centaine de personnes. Sur Messenger, on s’invite régulièrement, on s’organise. » Maël, c’est une détente sèche impressionnante mais « seulement » 1,87 m sous la toise. S’il est grand dans la vie courante, il est jugé trop petit pour le haut niveau en salle, « où les joueurs sont hyperspécialisés très tôt », comme le précise Stéphane Canet.

« Le beach permet de dépasser ces a priori », savoure Maël Landally, qui s’éclate sur le sable de Carnon, comme celui de la Rauze, dans le club de Montpellier. « En 2016, j’ai fait le tour des plages pour aller voir ces gamins qui jouaient sur le sable, explique Stéphane Canet. J’ai réussi à sélectionner les meilleurs du sud de la France. Ensuite, on a créé des stages pendant les vacances scolaires, On a montré à tous ces jeunes qu’il était possible de jouer à un très bon niveau, de s’éclater, même avec des profils plus classiques. On a récupéré des jeunes qui seraient partis vers d’autres sports. »

Tous les soirs, les nombreux terrains de beach mis gracieusement à la disposition des habitants, sont pris d'assaut à Carnon.
Tous les soirs, les nombreux terrains de beach mis gracieusement à la disposition des habitants, sont pris d'assaut à Carnon. - J. Diesnis / Agence Maxele Presse

Même Kevin Mayer est un amateur de beach à Carnon

« Ici, à Carnon, il y a beaucoup de diversité parmi les personnes qui viennent jouer, que ce soit sur le niveau des joueurs ou sur leur milieu social, note Aristide Zinga-Taty, coach à Montpellier et à la section beach à Mauguio. C’est super plaisant. Il y a des gens qui viennent après le boulot le soir et des sportifs plus aguerris, voire très aguerris, car on croise souvent des sportifs professionnels. » Dernier exemple en date, on a eu la surprise de croiser mercredi Kevin Mayer, double champion du monde de décathlon, en train de se confronter à ses amis sur un terrain. Juste avant les Montpellier Beach masters du week-end dernier, les Montpelliérains Arthur Canet et Téo Rotar, champions du monde U19 (à 17 ans), sont également venus faire une petite exhibition.


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« Cette génération qui arrive est fraîche dans sa tête », souligne Stéphane Canet, qui n’est autre que le père d’Arthur. Précurseur pour son sport, celui-ci a vu son club, le Montpellier Beach Volley, devenir le premier pôle espoirs labellisé par la FFVB, en partenariat avec la section sportive du lycée Françoise Combes. « Arthur et Téo cherchent à obtenir des résultats, ils se donnent à fond pour réaliser leurs objectifs, mais ce n’est pas une finalité, insiste-t-il. Ils sont d’abord là pour s’éclater ensemble sans pression. C’est en ce sens que l’état d’esprit de la plage des coquilles à Palavas est toujours présent dans le beach ». Beach karma.

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