Comment la natation et le cyclisme sur piste ont redressé la barre pour préparer les JO de Paris 2024

CHAMPIONNATS D'EUROPE Les Tricolores réussissent de bons Euros de natation et de cyclisme sur piste. Deux disciplines qui ont dû surmonter une période de creux pour préparer les Jeux olympiques de Paris 2024

Nicolas Stival
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Le nageur Yoann Ndoye Brouard et le pistard Sébastien Vigier brillent dans leur championnat d'Europe respectif.
Le nageur Yoann Ndoye Brouard et le pistard Sébastien Vigier brillent dans leur championnat d'Europe respectif. — AFP
  • Françaises et Français réussissent de bons championnats d’Europe de natation et de cyclisme sur piste, respectivement à Rome et Munich.
  • Longtemps pourvoyeuses de médailles, ces disciplines ont connu un gros coup de mou ces dernières années, illustrées par de piètres résultats aux Jeux olympiques de Tokyo.
  • Entre athlètes prometteurs et réformes fédérales, elles ont rebondi dans l’optique des Jeux de Paris, en 2024.

Une médaille en argent pour Florent Manaudou  (50 m nage libre) d’un côté. Deux breloques en bronze de l’autre (vitesse par équipes et le duo Benjamin Thomas – Donavan Grondin à l’américaine). La natation et le cyclisme sur piste, jadis contributeurs nets de l’olympisme français, étaient rentrés avec les valises très légères des Jeux de Tokyo, l’année dernière. Gênant, à trois ans des JO de Paris, présentés jusqu’au sommet de l’État comme l’objectif ultime de tout sportif tricolore qui se respecte.

Aussi, la réussite des deux disciplines lors des actuels championnats d’Europe incite à un certain optimisme à l’approche de l’inratable rendez-vous : la natation affichait mardi soir à Rome, neuf médailles dont trois titres. 900 km plus au nord, à Munich, le cyclisme sur piste compilait quinze breloques dont six en or.


Alors oui, on vous voit venir. Ce sont « seulement » des Euros, une remarque surtout valable du côté des piscines, où par définition, les cannibales américains et australiens sont absents. Sans parler des Russes, exclus sur fond d’invasion de l’Ukraine. Et chez les pistards, certains ténors ont sauté le raout bavarois qui tombe deux mois avant le grand rendez-vous des Mondiaux de Saint-Quentin-en-Yvelines (du 12 au 16 octobre) que ce soit chez les redoutables Britanniques, les Italiens où les Néerlandais.

Une embellie déjà constatée aux Mondiaux

Mais enfin, ces résultats confirment l’embellie observée aux Mondiaux de Budapest en natation au mois de juin (huit médailles) et à ceux de Roubaix en octobre dernier en cyclisme sur piste (six médailles et une quatrième place au classement des nations). La relève tant espérée arrive à maturité. « Nous sommes une jeune génération qui se tire vers le haut, lâchait ainsi lundi Melvin Landerneau après son titre du kilomètre, trois jours après l’argent en vitesse par équipes. Nous avons une équipe assez jeune. Avec Sébastien [Vigier, médaillé d’or en vitesse individuelle et en keirin], nous avons 25 ans et nous sommes les deux plus vieux. »

Petit rectificatif : sacré pour la troisième fois de sa carrière sur la course aux points après l’or en poursuite par équipes, Benjamin Thomas fêtera son 27e anniversaire en septembre. Mais le coureur Cofidis, également à l’aise sur route où il a presque gagné l’étape de Carcassonne lors du dernier Tour de France, sera encore dans la force de l’âge dans deux ans à Paris, comme ses cadettes Mathilde Gros et Clara Copponi (23 ans toutes les deux), respectivement argentées à Munich en vitesse individuelle et en omnium. Et que dire de Donavan Grondin (22 ans en septembre), titré en omnium…

Léon Marchand, 20 ans et déjà une star mondiale

Dans les bassins, on ne parle plus d’espoir pour Léon Marchand, malgré ses 20 ans. Les promesses semées à Tokyo (6e de la finale du 400 m 4 nages) par le Toulousain exilé aux Etats-Unis ont germé à Budapest lors des Mondiaux de juin : deux titres en 400 m quatre nages et 200 m quatre nages, plus l’argent sur le 200 m papillon ont valu au protégé de Bob Bowman, ex-mentor de Michael Phelps, le titre de meilleur nageur de la compétition, pendant masculin de l’incroyable Américaine Katie Ledecky.

Absent de l’Euro romain (afin de privilégier sa rentrée universitaire en Arizona), comme les « anciens » Florent Manaudou et Mélanie Henique, Marchand voit briller à distance Yoann Ndoye Brouard, Maxime Grousset, Analia Pigrée et Marie Wattel, les rejetons de « Gavroche 2024 ». Ce plan lancé par la FFN en septembre 2015 avait pour but de constituer un meilleur maillage du territoire national, Outre-Mer inclus, pour accompagner les futurs talents vers le haut niveau et « créer un collectif de nageurs et d’entraîneurs qui travaillent et bâtissent ensemble un esprit d’équipe », comme l’expliquait alors le directeur adjoint Jean-Lionel Rey.

La natation française, qui n’allait engranger que deux médailles d’argent quelques mois plus tard aux Jeux de Rio, avait déjà entamé son retour à l’ordinaire après plusieurs olympiades de folie, portées par quelques profils hors norme (Laure puis Florent Manaudou, Alain Bernard, Yannick Agnel, Camille Muffat…).

« On est dans une période de transition, expliquait lors des Jeux de Tokyo dans La Croix l’ancienne nageuse Sophie Kamoun. Comparer avec les JO de Londres [7 médailles dont quatre titres] serait une erreur. C’était une génération extraordinaire qui ne reflétait pas le niveau structurel de notre délégation. »

Des encadrements chamboulés en vue de Paris 2024

Difficile de parler encore pour les Tricolores actuels de « génération extraordinaire », Marchand mis à part. Mais la Fédé semble décidée à sortir des querelles franco-françaises qui envenimaient les relations dans et hors de l’eau, en choisissant pour la première fois en 2021 un étranger enfin d’encadrer Bleus et Bleues : le Néerlandais Jacco Verhaeren qui a entraîné un certain Pieter van den Hoogenband avant de partir redresser, avec succès, la natation australienne.

« L’avantage en venant de l’extérieur, c’est que vous ne portez pas le poids de la culture et de l’histoire de ce qui a été fait avant, expliquait le directeur des équipes de France à Olympics.com, au mois de juin. Vous n’êtes pas responsable de tout ce qui a marché et moins marché dans le passé et cela permet de réellement prendre un nouveau départ. »

Jacco Verhaeren, le Néerlandais en charge des équipes de France, lors de l'Euro de natation à Rome, le 15 août 2022.
Jacco Verhaeren, le Néerlandais en charge des équipes de France, lors de l'Euro de natation à Rome, le 15 août 2022. - Alberto Pizzoli / AFP

Verhaeren a bien sûr été nommé dans l’optique des sacro-saints Jeux de Paris, comme Grégory Baugé en cyclisme sur piste en mars dernier. Le Guadeloupéen est le nouvel entraîneur national du sprint, alors que son ancien entraîneur Florian Rousseau était devenu à l’automne 2021 le directeur du programme olympique pour les équipes de France de cyclisme. Ces deux grands noms de la discipline renvoient aux plus belles heures de la piste française, qui dominait le monde depuis la fin des années 1990 avant de décliner depuis une bonne décennie.

« La France s’est reposée sur ses lauriers et ne fait plus peur, déplore le septuple champion du monde François Pervis, consultant France Télévisions, sur France Info. On s’est contenté de rester à notre niveau, mais à force, les autres nous ont rattrapés, et même dépassés. » « Certaines nations se sont entièrement tournées vers l’amélioration technologique, ajoute-t-il. Regardez les Britanniques, qui travaillent avec des ingénieurs de chez Lotus ou McLaren, ils ont des budgets incroyables. C’est difficile de les concurrencer. »

Mais la nouvelle génération s’y emploie, et va tenter de le prouver encore cet automne à Saint-Quentin-en-Yvelines. Pistards et nageurs peuvent entretenir de légitimes espoirs pour les prochains Jeux à domicile. On aimerait en écrire autant sur l’athlétisme.