Castres – Montpellier : Comment la finale du CO a viré au fiasco

RUGBY Pourtant réputé pour son caractère et sa résilience, le Castres Olympique est passé complètement à côté de sa finale de Top 14 face à Montpellier (10-29), vendredi au Stade de France

Nicolas Stival
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Les Castrais, ici le demi de mêlée remplaçant Jérémy Fernandez, sont passés à côté de leur finale de Top 14 ce samedi contre Montpellier, au Stade de France.
Les Castrais, ici le demi de mêlée remplaçant Jérémy Fernandez, sont passés à côté de leur finale de Top 14 ce samedi contre Montpellier, au Stade de France. — Franck Fife / AFP
  • Castres n’a pas réussi à remporter un sixième Bouclier de Brennus vendredi au Stade de France.
  • Quatre ans après avoir dominé Montpellier en finale du Top 14, le CO a cette fois subi la loi du MHR (10-29).
  • Défaillante dans trop de secteurs face à un adversaire survolté par la perspective de gagner son premier titre de champion de France, l’équipe de Pierre-Henry Broncan est passée complètement au travers.

Au Stade de France,

Mais qu’est-il passé par la tête de Geoffrey Palis, à la 5e minute de cette finale de Top 14 ? Réputé pour sa fiabilité, l’ailier castrais de 30 ans sortait d’une énième prestation haut de gamme en demie contre le Stade Toulousain (24-18). Pourtant, ce cadre du CO a opté pour un incompréhensible « par-dessus » pour lui-même au lieu de mettre un grand coup de tatane, largement préférable lorsqu’on se trouve devant ses 22 mètres. Dix secondes plus tard, Arthur Vincent, à la réception du ballon puis à la conclusion de l’action, plantait le premier essai de la balade montpelliéraine (29-10).

« Geoffrey tente quelque chose qu’il n’a jamais fait de l’année, ça s’est retourné contre lui et contre nous, regrettait Pierre-Henry Broncan, l’entraîneur du CO, en zone mixte. Ça lance leur match et ça nous pénalise beaucoup. » Dans la foulée de cette première réalisation, Florent Verhaeghe, en force (10e), puis Anthony Bouthier, au terme d’une action de grande classe (12e), se lovaient à leur tour dans l’en-but tarnais comme des chats dans un carton de déménagement.

Si Benoît Paillaugue ne réussissait qu’une transformation, une pénalité du futur demi de mêlée toulonnais permettait à l’équipe de Philippe Saint-André de mener 20-0 après 20 minutes de jeu. C’était cuit, plié, torché pour des Castrais pourtant habitués aux entames catastrophiques, comme en demi-finale avec un essai du Toulousain Matthis Lebel dès la 2e minute.

Mais cette fois, les quintuples champions de France n'ont pas pu revenir. Retraité depuis vendredi soir, le deuxième ligne Loïc Jacquet (37 ans) fait l’inventaire des scories castraises, façon petite boutique des horreurs version rugby : « des fautes de main, une grosse indiscipline, des plaquages manqués ». « Sur les 20 premières minutes, ce n’est pas nous, ajoute l’ancien international. On savait qu’on jouait une équipe qui score souvent quand elle vient dans les 22 mètres. Elle a tué le match d’entrée. »


Mais pourquoi ? Que s’est-il passé pour que la machine du premier de la phase régulière se dérègle plus vite qu’une montre gagnée à la fête foraine ? Sa vaillance et son état d’esprit lui avaient jusqu’à présent permis de passer outre ses difficultés en conquête, de nouveau flagrantes en première mi-temps vendredi. Cette fois, elles ont été rédhibitoires. Alors, on tente de lancer quelques pistes.

La sortie précoce de Benjamin Urdapilleta

19 points en demie contre Toulouse, comme lors de la finale 2018 face à Montpellier. A 37 ans, l’Argentin, audacieusement surnommé le Maradona du Sidobre par Midi Olympique, reste l’indiscutable maître à jouer du CO. Or, l’ouvreur-buteur a dû sortir en boitant dès la 14e minute vendredi.

« Quand tu perds un de tes meilleurs joueurs, c’est toujours compliqué mais il ne faut pas se cacher derrière ça », assure Broncan, rejoint par Jacquet. « Je ne crois pas qu’avoir notre buteur aurait changé la donne, c’est une faillite collective. » Après tout, il y avait déjà 0-17 quand « Urda », détenteur du record de points en Top 14 sur un match (33, le 13 février 2021 contre… le MHR) a dû plier les gaules.

La pression

Difficile de faire plus expérimenté que Castres vendredi, avec son ossature de grognards trentenaires (Dumora, Palis, Combezou, Urdapilleta, Jacquet, Hounkpatin, Ngauamo), sans oublier le capitaine Babillot, malgré ses « petits » 28 ans. Pourtant, selon Loïc Jacquet, la lumière des projecteurs, braqués pour une fois sur le CO au moins autant que sur son adversaire, a pu en aveugler certains.

Geoffrey Palis et les Castrais ont vécu une sale soirée.
Geoffrey Palis et les Castrais ont vécu une sale soirée. - Anne-Christine Poujoulat / AFP

« Il faut arriver à gérer, peut-être que pour certains, notamment les jeunes, la pression était trop forte, assure l’un des cinq Tarnais déjà présents sur la feuille lors de la finale d'il y a quatre ans (avec Dumora, Combezou, Urdapilleta et Babillot), contre le seul Van Rensburg côté héraultais. Le MHR nous a rendu la monnaie de la pièce par rapport à 2018 [succès tarnais, 29-13]. On a beaucoup parlé de Castres dans les médias. Les Montpelliérains, on ne les a pas entendus. »

Peut-être Jacquet songe-t-il au demi de mêlée uruguayen Santiago Arata (25 ans), si séduisant en demie et si effacé en finale. Pendant ce temps, Rory Kockott, avec ses 36 ans et sa rage de vaincre, a suivi les dernières phases finales de sa carrière dans le rôle d'un simple figurant, hors du groupe des 23.

Une réaction beaucoup trop tardive

« A 23-3 à la mi-temps, je dis aux joueurs de marquer vite, indique Broncan. Ils viennent trois fois dans l’en-but, mais n’arrivent pas à conclure. » Face à des Montpelliérains qui ont géré leur avance, les Castrais sont en effet revenus conquérants des vestiaires, même en mêlée où ils avaient tant souffert en première période, avec l’aide de remplaçants lancés plus tôt que prévu, au regard de la situation désespérée. Mais ils ne sont jamais parvenus à percer la muraille héraultaise, à cause d’une maladresse ou d’une main adverse qui traînait sous le ballon.

Le centre fidjien Vilimoni Botitu a sauvé l'honneur du CO.
Le centre fidjien Vilimoni Botitu a sauvé l'honneur du CO. - Christophe Ena / AP / Sipa

Jusqu’à l’essai de Vilimoni Botitu, à cinq minutes de la fin, qui n’a servi qu’à limiter la casse et à ne pas finir avec une seule et malheureuse pénalité au compteur. Plus généralement, le CO a vécu ce genre de soirée « sans » où l’on flaire très vite qu’il va falloir remettre ses rêves de gloire à plus tard, entre fautes inhabituelles et adversaire irrésistible.

Le talent du MHR

Car la principale explication du naufrage tarnais se trouve bien dans le camp d’en face. Castres n’a pas perdu face à Tartempion-les-Deux-Collines mais contre un MHR sûr de ses forces et d’un réalisme encore implacable. « Montpellier a été très fort, pragmatique, solide sur ses bases, sur la défense, sur la conquête… » énumère Mathieu Babillot.

Au poste de numéro 8, l’incroyable Zach Mercer a fini sa saison comme il l’avait menée jusque-là : tambour battant. Puissant et vif, l’Anglais est également capable de délivrer des passes au pied dignes d’un ouvreur, comme sur le premier essai signé par le « revenant » Arthur Vincent, auteur d’une fin de championnat d’extraterrestre au sortir de huit mois à l’infirmerie (« les croisés, tu connais »)…

Le n°8 anglais de Montpellier Zach Mercer a fait des dégâts dans la défense tarnaise.
Le n°8 anglais de Montpellier Zach Mercer a fait des dégâts dans la défense tarnaise. - Christophe Ena / AP / Sipa

« Sur le match, il n’y a pas photo, reconnaît sans peine le désormais retraité Jacquet. Quand on voit le score, la physionomie de la rencontre, il n’y a pas de regrets à avoir. » Pas sûr que Geoffrey Palis partage tout à fait cette analyse ce dimanche.