Toulouse : Comment une association mise sur le rugby sans frontières pour casser les barrières

REPORTAGE Le No Limit, c’est avant tout un tournoi de rugby toulousain bien déjanté. Mais derrière cet événement, une association se bouge toute l’année pour l’insertion des personnes en situation d’exil

Marie-Dominique Lacour
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Le rugby touch se joue à cinq et sans plaquage. Illustration.
Le rugby touch se joue à cinq et sans plaquage. Illustration. — Thinkstock - Canva
  • L’association Rugby No Limit propose depuis 2018 aux personnes en situation d’exil ainsi qu’à tout public des entraînements de rugby au toucher (sans plaquage).
  • En plus de découvrir et pratiquer un sport collectif, l’association propose aux joueurs qui en ont besoin un véritable parcours d’insertion pour les aider à s’intégrer, à apprendre le français et à trouver un emploi.
  • Ce week-end, le grand tournoi annuel No Limit réunira plus de 700 joueurs sur le thème des Gaulois, dans une ambiance très festive. L’événement, à l’origine de l’association, est gratuit et ouvert à tous.

Le plus jeune a 17 ans, le plus âgé 43. Ils s’appellent Junior, Momin, Pauline, Lionel. Congolais, Français, Palestinien ou Gabonais, ils sont une quarantaine à se réunir chaque lundi soir pour partager un entraînement de touch rugby qui fait du bien aux corps et aux têtes. Au départ, le No Limit, c’est un grand tournoi de rugby festif et bien barré, ouvert à tous, dont la 5e édition se tiendra ce week-end à Launaguet. Mais depuis 2018, l’association a une autre vocation : celle d’intégrer les personnes en situation d’exil, en leur offrant un terrain de jeu doublé d’un véritable parcours d’insertion professionnelle.

Junior et ses coéquipiers à l'entraînement.
Junior et ses coéquipiers à l'entraînement. - M.-D. Lacour - 20 Minutes

Ici on joue à cinq, comme les doigts d’une main. Pas de logique de performance. « On se défoule et surtout on s’amuse ! », affirme Pauline Louge, responsable de la partie sociosportive. Mais si leur bonheur de jouer ensemble est communicatif, derrière les sourires, des ombres passent parfois. « Je passais toutes les nuits à pleurer. Et regarder les informations était devenu impossible », lâche Junior avec douceur. De nationalité congolaise, installé depuis presque dix ans en Ukraine comme professeur, il a fui la guerre il y a quelques semaines. Le rugby No Limit lui a « donné de la force » pour affronter ce deuxième déracinement et aller de l’avant. Il en fait désormais profiter les autres en donnant bénévolement des cours de français aux réfugiés ukrainiens de Toulouse dont certains rejoignent à leur tour l’équipe de rugby.

Un double accompagnement sur le terrain et beaucoup plus loin

Souvent les nouveaux arrivants sont très réservés. Selon Pauline, « le collectif les aide à prendre confiance, à développer leurs soft skills [compétences générales] et leur niveau de français, première étape pour les rendre “embauchables”. Ensuite, on essaye de leur apprendre les codes pour se présenter à un entretien d’embauche ou réussir un premier jour de boulot. » L’association va plus loin : elle a développé des partenariats avec plusieurs entreprises toulousaines et veut leur apporter des candidats qualifiés et motivés. « La plupart des joueurs ont des diplômes étrangers qui sont difficiles à faire valoir en France, précise Pauline. On les aide à trouver les passerelles vers un emploi qui leur corresponde vraiment et qui ait du sens, pas juste un job non-qualifié. »

Certains viennent pour le sport. Lionel, comptable, est arrivé suite à une blessure : d’abord licencié au Touwin Rugby Club qui pratique un jeu classique, il rejoint les No Limit car le rugby au toucher (sans plaquage) est moins violent pour le corps. Mais ce n’est pas la seule raison. « Je suis venu du Gabon en 2006 pour mes études. Je connais la sensation d’être loin de chez soi, l’exil, les galères administratives, la peur incessante de ne pas être en règle, explique-t-il. J’ai été touché par le message de l’association. » Quant à Hanry, 17 ans, il a trouvé « son sport » en plus d'« une vraie famille ». Auparavant footballeur au Cameroun, le benjamin qui dépote sur le terrain jouera bientôt ailier dans un club à XV.

Insertion No Limit

« En France, j’adore la cuisine, le fromage… et l’égalité femmes-hommes », confie Momin, très sérieux avec son grand sourire. Palestinien, il est arrivé en France il y a trois ans sans parler un mot de français. Difficile à croire, alors que ce jeune homme très « gendre idéal » nous déroule son parcours dans la langue de Molière avec humour et subtilité. « Ce n’est pas simple de comprendre les petites choses de la vie quotidienne quand on vient d’une culture très différente. Par exemple, ici les gens parlent très fort dans les transports en commun, dit-il en rigolant. Au début je trouvais ça fascinant, je me disais : quelle chance ils ont d’être aussi à l’aise ! »

A lui tout seul, il est la preuve vivante que le parcours d’insertion fonctionne. D’abord joueur, il a trouvé grâce à l’équipe son emploi en CDI en tant que responsable de l’antenne locale d’Ovale Citoyen, une autre association au service de l’intégration par le sport. En parallèle, il continue les entraînements No Limit et utilise son grand réseau pour recruter de nouveaux joueurs et joueuses.

Pour les curieux, les entraînements No Limit, le lundi soir à la Maison du Rugby des Argoulets, sont ouverts à tous. L’association ne demande aucune cotisation. Car comme le dit Momin, « de l’argent, pour quoi faire ? On se passe la balle et la bonne humeur ici. Il faut juste venir avec elle ! »

Inclusif mais toujours aussi festif

Le tournoi No Limit réunira ce week-end plus de 700 joueurs de tous horizons sur le thème des Gaulois. Pour les spectateurs, l’entrée est libre et gratuite. La finale du top 14 entre Castres et Montpellier sera diffusée le vendredi à 21 heures soir sur écran géant. Programme complet.