Roland-Garros 2022: Swiatek-Gauff, la finale la plus emballante depuis des lustres chez les filles

TENNIS Les deux joueuses représentent l'avenir du tennis féminin, qui a bien besoin de têtes d'affiche

Nicolas Camus
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Iga Swiatek et Cori Gauff vont disputer la finale de Roland-Garros 2022.
Iga Swiatek et Cori Gauff vont disputer la finale de Roland-Garros 2022. — SIPA / Montage
  • Iga Swiatek, la grande favorite du tournoi féminin, affronte Cori Gauff en finale de Roland-Garros ce samedi.
  • Cette affiche entre la numéro 1 mondiale et celle qui est considérée depuis trois ans comme un très grand espoir est la plus prometteuse depuis bien longtemps dans le tableau féminin Porte d'Auteuil.
  • Au-delà de leurs qualités sur le court, elles ont le potentiel pour représenter toutes les deux quelque chose de plus grand et relancer un circuit en manque de stars.

A Roland-Garros,

Attention, ceci est une cascade réalisée par des professionnels, ne tentez pas de la reproduire chez vous. On parle du petit jeu qui nous a occupés vendredi midi à la cantine de Roland, avec quelques collègues. Question simple : qui est capable de citer les finales du tableau féminin de ces dernières années ? Certains noms reviennent vite, comme Barty, Halep ou Swiatek, bien sûr, qui a déjà gagné il y a deux ans. Mais d’autres beaucoup moins. Pas si facile de ressortir comme ça Pavlyuchenkova, Vondrousova, Stephens ou Muguruza. Tout ça pour en venir à ce qui nous intéressait vraiment : ce pressentiment que celle de cette année entre Iga Swiatek et Cori Gauff, ce samedi, va rester.

Déjà, en termes de jeu, le niveau des deux femmes pendant cette quinzaine permet de partir avec quelques certitudes. La Polonaise, grande favorite, a certes lâché un set en route face à Zheng en 8e de finale, mais à part ce léger écart, elle a confirmé sa domination actuelle sur le circuit en lâchant moins de quatre jeux par match (pas par set hein) en moyenne. Son jeu tout en variations fait merveille, et depuis 34 matchs maintenant, pas une de ses adversaires n’a pu s’en dépêtrer.

Gauff là où on l’attendait

Sous pression en arrivant Porte d’Auteuil, la numéro 1 mondiale a été agréablement surprise par la manière dont elle a assumé. « Je ne savais pas comment j’allais jouer ici. La série pouvait très bien s’arrêter, alors j’ai avancé pas à pas, disait-elle après sa victoire expéditive en demi-finale jeudi. J’ai l’impression que je joue de mieux en mieux à chaque match, je suis fière de moi-même. » Après Doha, Indian Wells, Miami, Stuttgart et Rome, la joueuse de 21 ans n’est plus qu’à une victoire d’un sixième trophée d’affilée.

Coco Gauff, elle, arrive là où elle devait être. Depuis sa fameuse victoire au premier tour de Wimbledon à 15 ans face à Venus Williams, en 2019, qui l’a révélée, elle a monté les marches à son rythme, accédant à sa première demi-finale puis première finale cette année à Paris. On pourrait dire qu’elle a mis le temps. Ce serait oublié que si on en parle depuis un moment, elle n’a toujours que 18 ans. Elle est ainsi la plus jeune finaliste sur la terre battue parisienne depuis Kim Clijsters en 2001, et la plus jeune finaliste d’un Majeur depuis Maria Sharapova à Wimbledon en 2004. Belles références.


Si elle ne sera pas favorite ce samedi sur le Central, l’Américaine a des arguments à faire valoir. Elle se déplace vite, frappe fort, et ne rate quasiment rien en coup droit depuis le début du tournoi, où elle n’a pas encore perdu le moindre set. Surtout, elle affiche une décontraction inédite, des dires de ceux qui la connaissent bien. « C’est vrai, même mes parents me l’ont dit, a observé l’intéressée. Je ne sais pas pourquoi. » Peut-être est-ce ça qu’on appelle la maturité.

Patrick Mouratoglou, qui accueille Gauff dans son académie depuis ses 12 ans, décrivait ainsi ses progrès dans L’Equipe de jeudi : « Elle est arrivée très jeune et elle a fait des résultats parce qu’elle a des qualités naturelles incroyables, mais il y avait plein de secteurs à améliorer. Ce qui explique qu’elle n’a pas explosé tout de suite. Mais son évolution au classement est régulière et elle a progressé dans plein de domaines. Elle était capable de battre n’importe qui sur un match, mais la gestion de ses émotions pendant certaines rencontres était souvent très compliquée, avec beaucoup de passages à vide. Ça va de mieux en mieux. »

Il n’y a qu’à voir sa victoire pleine d’autorité en demi-finale face à Martina Trevisan, qui l’avait battue au 2e tour en 2020. L’Italienne a été balayée, comme il y a deux ans, en quarts de finale, par Iga Swiatek. Elle est plutôt bien placée pour porter un avis sur les deux tornades. « C’est difficile de comparer ces deux adversaires. Elles sont jeunes, elles sont toutes les deux très impressionnantes. On sent une forte pression sur le court face à elles, a-t-elle expliqué jeudi. Elles ont un coup droit assez semblable, très lourd. Et c’est très difficile de jouer contre elles, de toute évidence. »

Les félicitations de Michelle Obama

Cette finale, on peut le dire, est ce qu’il pouvait arriver de mieux au tennis féminin. Car au-delà du court, elle réunit les deux joueuses sans doute les plus bankables en devenir du circuit. On avait plutôt parié sur Ons Jabeur avant le début de la quinzaine pour accompagner Swiatek, mais la Tunisienne est passée par la fenêtre dès le premier tour. Coco Gauff en a profité pour s’incruster. Pas de quoi se plaindre. On se retrouve avec la numéro 1 mondiale, nouvelle figure charismatique, qui commence à prendre de l’épaisseur et servir de porte-voix à ses collègues, face à une petite prodige très attendue et dont les prises de position ne passent pas inaperçues aux Etats-Unis, notamment sa dernière contre les armes à feu, quelques jours après la tuerie dans l'école primaire d'Uvalde, au Texas.

« Je suis un être humain avant d’être une joueuse de tennis, donc ces questions sont importantes pour moi. Je ne vais certainement pas m’empêcher de m’exprimer haut et fort sur ces sujets », a clamé l’Américaine, qui cite en exemple LeBron James, Billie Jean King, Colin Kaepernick, Naomi Osaka ou Serena Williams. Et qui a reçu – avec émotion – les félicitations de Michelle Obama herself.


A l’heure où depuis la pré-retraite de la cadette des Williams, justement, le tennis féminin se cherche des têtes d’affiche, cette finale a de la gueule. Et elle fait sens. Coco Gauff s’en réjouit « Dans les coulisses, Iga est aussi gentille que vous pouvez la voir lors des conférences de presse. Et ça c’est très important, et très rare, salue-t-elle. Cette finale, je veux la remporter, oui, mais je suis avant tout ravie de l’affronter, elle précisément. »

La Polonaise lui rend bien la pareille. « Je suis heureuse qu’elle ait de bons résultats. Elle a eu énormément de pression, ça a dû être difficile. J’imagine que ça lui a demandé beaucoup d’énergie pour gérer tout ça », observe Swiatek. Qui avoue chercher la meilleure manière d’assumer les responsabilités qui incombent à son nouveau statut. « Je ne sais pas exactement comment je souhaite remplir ce rôle. Je n’ai pas encore trouvé », dit-elle, sachant très bien qu’elle doit encore asseoir son autorité sur les courts. Devenir la première femme à remporter deux fois Roland depuis Serena semble déjà être un bon début.