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Oliynykova, la voix qui réveille la guerre en Ukraine sur le circuit

Roland-Garros 2026 : Oleksandra Oliynykova, la voix qui réveille la guerre en Ukraine sur le circuit

résistanceAvant de défier la Russe Diana Shnaider au 3e tour ce samedi, l’Ukrainienne a attaqué frontalement son adversaire concernant son soutien au Kremlin, responsable d’une guerre qui dure depuis plus de quatre ans
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Avant de défier la Russe Diana Shnaider au 3e tour de Roland-Garros ce samedi, l’Ukrainienne Oleksandra Oliynykova a attaqué frontalement son adversaire concernant son soutien au Kremlin, avec un parallèle avec l’Allemagne nazie pendant la Secodne Guerre mondiale.
  • Pas le premier coup d’éclat d’Oliynykova, une des athlètes les plus engagées du circuit pour défendre son pays. La joueuse de 25 ans utilise le tennis comme plateforme pour sensibiliser l’opinion publique, encore et encore.
  • Selon le chercheur Lukas Aubin, cette prise de parole musclée n’est pas anodine, dans un contexte où le monde du sport « commence à vouloir réintégrer les athlètes russes » alors que sur le terrain militaire, la dynamique est plutôt favorable à l’Ukraine. Les athlètes russes et biélorusses de haut niveau pourraient avoir un impact sur l’opinion dans un régime « un peu en difficulté » récemment.

A Roland-Garros,

Ce n’est pas le match dont on parlera le plus ce samedi dans les allées de Roland, dans une journée où Moise Kouame et Diane Parry vont tenter de se qualifier pour les 8e de finale. Mais l’opposition entre Oleksandra Oliynykova et Diana Shnaider, en ouverture sur le court numéro 7, vaudra pourtant le détour. Ce n’est pas seulement parce qu’il oppose une joueuse ukrainienne à une joueuse russe, un cas qui n’est plus si inhabituel depuis le début de la guerre, il y a déjà plus de quatre ans – Oliynykova a d’ailleurs expédié Elena Pridankina au premier tour. C’est que cette fois, le contexte est autrement plus bouillant.

« Comme jouer dans l’Allemagne nazie »

L’Ukrainienne est certainement l’athlète la plus engagée du circuit pour faire entendre la voix de son pays, attaqué par la Russie de Vladimir Poutine en février 2022. « Les gens que j’aime sont là-bas, et j’aime mon pays. Ils sont la raison pour laquelle je joue, disait-elle dans "the tennis podcast" en début de quinzaine. Je veux aider, partager notre histoire, et le tennis a une grande résonance. »

Alors elle l’utilise dès que possible, et avant ce 3e tour face à Shnaider, elle n’a pas hésité à cibler directement son adversaire, à qui elle reproche d’avoir participé aux Northern Palmyra Trophies (NPT), une exhibition par équipes organisée en novembre dernier à Saint-Pétersbourg et parrainée par Gazprom. Voilà ce qu’elle a dit en conférence de presse, jeudi, photos à l’appui :

« Voici son image au "Gazprom tournament". C’est une organisation qui finance les crimes de guerre et les camps pour les enfants. Pour moi, c’est comme jouer dans l’Allemagne nazie pour la Gestapo, un tournoi organisé pour une entreprise qui a construit Auschwitz. Il n’y a aucune différence. Et tout le monde garde le silence sur ce qu’a fait cette personne. C’est fou ! »

Dans la foulée, elle a interpellé les journalistes en leur proposant de leur montrer les photos de plus près, ainsi que des captures d’écran de likes de sa future adversaire sur des publications de propagande russe. « Mon pays est attaqué par l’argent de Gazprom et ils financent les drones qui attaquent ma ville, a-t-elle ajouté. Et demain [samedi], on va faire un match ? Qu’est-ce qui est vraiment important, de savoir qui aura le coup droit le plus fort ou le fait que l’on ignore ce type de chose ici ? »

Question rhétorique, bien sûr, mais effet garanti. Relancée, Oliynykova en a mis une dernière couche : « On devrait demander à Diana Shnaider ce qu’elle pense de tout ça, du fait que Gazprom finance des camps pour les enfants. Demande-lui ce qu’elle ressent par rapport au fait de prendre de l’argent d’une entreprise comme ça. »

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Forcément, l’affrontement s’annonce glacial entre les deux joueuses, même si l’Ukrainienne assure que quand elle est sur le court, tout ça « ne l’affecte pas ». Ce discours musclé n’est en tout cas ni anodin ni un hasard, estime Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS, où il est responsable du programme sport et géopolitique et de l’Observatoire géopolitique de l’espace post-soviétique.

« Sur le terrain militaire, la dynamique actuelle est plutôt favorable à l’Ukraine. Vladimir Poutine multiplie les frappes, mais sur le front il n’avance pas, voire il recule. Dans le même temps, le monde du sport commence à vouloir réintégrer les athlètes russes, pose le chercheur. On a donc ce phénomène un peu paradoxal, et il y a côté ukrainien une volonté de raffermir le message, de le diffuser encore plus et de rappeler des basiques, par exemple Gazprom qui est, effectivement, l’un des bras armés de l’économie du Kremlin. »

Déjà un message fort à l’Open d’Australie

Si certaines de ses compatriotes, comme Elina Svitolina ce mercredi, estiment que « tout a déjà été dit et redit depuis quatre ans », Oleksandra Oliynykova entend continuer à l’ouvrir pour garder les consciences éveillées. Native de Kiev, elle représentait à ses débuts la Croatie, où ses parents étaient réfugiés politiques. En 2022, elle a fait le choix de défendre les couleurs de son pays de naissance, et de retourner y vivre avec sa famille. C’est toujours le cas aujourd’hui, ce qui en fait une exception parmi les athlètes professionnels. Cet amour de la patrie est enraciné dans la famille, puisqu’en 2024, son père s’est engagé comme soldat volontaire.

Si elle a hésité un temps, Oliynykova n’a finalement jamais arrêté d’arpenter le circuit. Le meilleur moyen, selon elle, d’aider son peuple. Elle rassemble par exemple des dons pour lutter contre les drones russes, et en début d’année, lors de l’Open d’Australie, elle s’était présentée devant les médias avec un tee-shirt sur lequel était inscrit le message suivant : « J’ai besoin de votre aide pour protéger les femmes et les enfants ukrainiens, mais je ne peux pas en parler ici ».

Une initiative qui lui avait valu des remontrances de la part de la WTA, bien embêtée dès que la politique s’immisce dans ses affaires. « Les semaines suivantes ont été dures, mais je me suis relevée, et j’ai décidé que j’allais continuer à m’exprimer, a asséné la 65e mondiale jeudi. Je veux saisir toutes les occasions pour parler des valeurs humaines et tenter d’unifier les gens pour ce qui est juste. »

Oleksandra Oliynykova avec des supporters ukrainiens à Roland-Garros.
Oleksandra Oliynykova avec des supporters ukrainiens à Roland-Garros.  - Ella Ling/Shutterstock/SIPA

Ce qu’elle souhaiterait par dessus tout est que des athlètes russes et biélorusses la rejoignent. Son regard se tourne évidemment vers la numéro 1 mondiale Aryna Sabalenka, dont elle critique en creux la lâcheté. « Elle est la femme biélorusse la plus influente dans le monde. Quand elle dit qu’elle ne peut pas agir sur ce qu’il se passe dans son pays, pour moi c’est absurde, juge-t-elle dans "the tennis podcast". Elle a le pouvoir d’influencer beaucoup d’esprits. »

Dit-elle ça en pensant vraiment que Sabalenka puisse s’opposer au pouvoir autoritaire d’Alexandre Loukachenko, fidèle allié de Poutine, sans risquer de graves représailles, ou fait-elle preuve d’une sorte de naïveté assumée, comme pour semer des graines ?

« C’est un moment particulier, on sait le régime russe un peu en difficulté, note Lukas Aubin. On est loin d’un effondrement, mais Poutine est dans une dynamique défavorable, on sent que ça peut se fissurer légèrement. » Le chercheur prend l’exemple de Viktoria Bonya, une influenceuse russe qui en avril a publié sur Instagram un message critique à l’égard du grand patron. Sa portée a été telle que même les médias locaux, pourtant cadenassés, en ont parlé, et que le Kremlin s’est senti obligé de réagir.

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« Il y a une fragilisation de cet écosystème médiatique, reprend Aubin. Et ces athlètes de haut niveau, même si parfois ils ne se serrent pas la main, ils se connaissent. Peut-être que ces deux joueuses se parlent en off. Et les Russes pourraient, à un moment donné, avoir un impact, dans un sens ou dans l’autre, parce que ce sont des gens qui sont très suivis. Le moindre battement de cils de leur part est observé. » Car tout le monde est bien conscient du potentiel effet papillon. C’est dans cet espoir qu’Oleksandra Oliynykova continue le combat, à sa manière.