Pourquoi de nombreux cordistes se considèrent-ils « comme des athlètes de haut niveau » ?

HORS-TERRAIN Une centaine de cordistes vont s’affronter ce jeudi et vendredi à Lyon, lors du 10e championnat de France de la discipline. Via des défis insolites, ils mettent en lumière la grande diversité d’activités offerte par cette profession encore méconnue

Jérémy Laugier
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Antoine Quidoz a remporté les sept dernières éditions du championnat de France de cordistes.
Antoine Quidoz a remporté les sept dernières éditions du championnat de France de cordistes. — Vuedici.org
  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « hors-terrain », 20 Minutes explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Cette semaine, nous nous consacrons au championnat de France de cordistes, qui se déroule ce jeudi et vendredi à la Sucrière (Lyon 2e).
  • Cette profession encore méconnue a tout de même triplé ses effectifs en dix ans, et propose des épreuves spectaculaires au grand public, à l’occasion de cette compétition disputée jusqu’à 20 m de hauteur.

Si vous vous baladez ce jeudi et vendredi dans le quartier de la Confluence à Lyon, ne vous étonnez pas en découvrant des athlètes en train de soulever des seaux de 12 litres d’eau, le tout pendus dans le vide à une vingtaine de mètres du sol. Bienvenue à la 10e édition du championnat de France de cordistes, qui se déroule à la Sucrière (Lyon 2e). « On a toujours droit à une dizaine de défis différents qu’on découvre le jour J et qui allient la rapidité à la précision de notre profession, explique Antoine Quidoz, cordiste depuis 2008 autour de Chambéry. Seule cette épreuve où il faut faire grimper sur des cordes un seau en laissant tomber le moins d’eau possible est incontournable. »

Les épreuves très variées de cette compétition peuvent se dérouler jusqu'à 20 mètres de hauteur.
Les épreuves très variées de cette compétition peuvent se dérouler jusqu'à 20 mètres de hauteur. - Vuedici.org

Et elle réussit très bien à Antoine Quidoz, qui est tout simplement le septuple champion de France en titre, et invaincu depuis le lancement de ce rendez-vous, en 2011 à Crolles (Isère). « La compétition est une bonne vitrine pour mettre en lumière ce métier méconnu », également intitulé « travailleur d’accès difficile », apprécie ce passionné de spéléologie de 37 ans. Et grâce notamment à la marque Petzl comme partenaire historique, le championnat de France permet des gains allant jusqu’à 1.000 euros pour le vainqueur final.

Trois fois plus de cordistes en France qu’il y a dix ans

Le principal adversaire d’Antoine Quidoz, Ivan Muscat, résume le déroulé de ce championnat de France pas comme les autres : « Ce n’est jamais bien différent de notre quotidien. On doit effectuer des bouts de chantiers, comme le fait de démonter quelque chose et de le remonter sur une autre partie de la structure, sans faire tomber quoi que ce soit ». Car tout n’est pas qu’une question de rapidité, comme ça peut être le cas pour l’épreuve d’escalade de vitesse, que le grand public a découvert aux JO de Tokyo l’an passé. Les manipulations techniques délicates en l’air « peuvent entraîner des points de pénalité en cas d’erreurs sur la sécurité, qui reste la base de notre métier », rappelle Antoine Quidoz.

Comment cette profession apparue dans les années 1990 en France, et qui a triplé ses effectifs depuis dix ans (d’environ 5.000 à 15.600 professionnels aujourd’hui), a-t-elle lancé un championnat mettant aux prises une centaine de sportifs de haut niveau ? L’Union des professionnels France Travaux sur cordes tient à promouvoir par ce biais « la grande diversité d’activités » des cordistes, des travaux sur ouvrages d’art à la protection contre les risques naturels et les éboulements rocheux, en passant par la rénovation de bâtiments et la restauration de monuments historiques. Les images du colossal chantier de Notre-Dame de Paris, où sont intervenus plusieurs dizaines de techniciens cordistes depuis 2019, ont mis en lumière cette « profession de l’ombre », à la dimension sportive évidente.

La centaine de cordistes présents à Lyon ce jeudi et vendredi vont seulement découvrir les défis insolites de ce 10e championnat de France le jour J.
La centaine de cordistes présents à Lyon ce jeudi et vendredi vont seulement découvrir les défis insolites de ce 10e championnat de France le jour J. - Vuedici.org

« Certains cordistes sont complètement rincés à 40 ans »

Pour Ivan Muscat, dauphin d’Antoine Quidoz lors des deux précédentes éditions du championnat de France, « on se considère comme des athlètes de haut niveau même si on n’en a pas le statut ». Cet ancien soudeur à Brest, devenu cordiste depuis 20 ans à Millau (Aveyron), fait ainsi très attention à son hygiène de vie, à son alimentation et à sa récupération, alors qu’il s’attaque par ailleurs souvent à des redoutables voies d’escalade à la cotation 8b+. « Les cordistes sont souvent un peu cassés, avec des blessures récurrentes au dos et aux épaules, confie l’Aveyronnais de 42 ans. Quand on a des tendinites récurrentes, c’est malheureusement impossible de rester sur cordes, donc il faut soit devenir formateur, soit se réorienter. »

« Certains sont complètement rincés à 40 ans mais d’autres sont encore bel et bien là à 60 piges, nuance Antoine Quidoz. En tout cas, on est forcément affûtés quand on fait ce métier. » Ce constat devient un peu moins vrai sur ces dernières années, en raison de l’évolution du public intéressé par cette profession destinée à réaliser des travaux en hauteur, d’accès difficile, et bien entendu sans utilisation d’échafaudage.

La fameuse épreuve de la table de pique-nique en kit que doit monter dans le vide, en moins de 10 minutes, une équipe de trois cordistes.
La fameuse épreuve de la table de pique-nique en kit que doit monter dans le vide, en moins de 10 minutes, une équipe de trois cordistes. - Vuedici.org

« Le fantasme de liberté que suggère notre profession titille »

« Le métier est intrinsèquement sportif mais les formations se sont démocratisées, notamment de la part de Pôle Emploi, précise Alexandre de Loynes, vice-président de France Travaux sur cordes. On voit donc arriver dans le monde des cordistes des profils de couvreurs, maçons ou peintres, et plus seulement des gens de la montagne et des disciplines outdoor. Ça donne un métier en mutation, avec une moyenne d’âge entre 25 et 35 ans, et qui a gagné une légitimité. »

« On sent bien que le fantasme de liberté que suggère notre profession titille de plus en plus de gens », constate Ivan Muscat. Ajoutez à cela, pour les plus compétiteurs, la perspective de voyager dans le monde entier et de viser un sacre mondial. Le tout avec parfois des défis vraiment insolites à la clé. Champion du monde par équipe en 2016 à Salt Lake City (Etats-Unis) aux côtés d’Ivan Muscat, Antoine Quidoz raconte : « Une fois, on nous a donné une table de pique-nique en kit et on a eu droit à 10 minutes pour l’assembler en l’air, à trois cordistes, avant de s’asseoir autour ». Vous le sentez venir, le carton au box-office d’un potentiel film Les Cordistes ?

Entrée gratuite. De 10 à 20 heures ce jeudi et de 8h30 à 16 heures vendredi, à la Sucrière (Lyon 2e). Plus d’informations ici.