Comment Berck-sur-Mer est devenue la Mecque du cerf-volant

HORS-TERRAIN Après deux éditions annulées en raison du Covid-19, la cité balnéraire nordiste retrouvera samedi les Rencontres internationales de cerfs-volants, qui réunissent amateurs et spécialistes confirmés pendant neuf jours

François Launay
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A chaque printemps, la plage de Berck-sur-Mer est envahie de cerfs-volants lors de son festival international de la discipline.
A chaque printemps, la plage de Berck-sur-Mer est envahie de cerfs-volants lors de son festival international de la discipline. — M.Libert/20 Minutes
  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « hors-terrain », 20 Minutes explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Cette semaine, nous nous consacrons au cerf-volant qui est mis à l’honneur chaque année durant les Rencontres internationales de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais).
  • Qu’ils soient fabricants, amateurs ou champions du monde de la discipline, différents acteurs nous parlent de leur passion, avant ce rendez-vous incontournable du 23 avril au 1er mai.

« C’est la Mecque du cerf-volant », « j’y vais chaque année en pèlerinage ». Dès qu’on évoque Berck-sur-Mer, les passionnés de cerf-volant sont unanimes : la cité balnéaire du Pas-de-Calais est devenue incontournable dans cet univers. Après deux éditions annulées pour cause de Covid-19, les Rencontres internationales de cerf-volant font leur grand retour sur la plage de Berck, du 23 avril au 1er mai. Plus gros événement de l’année avec au moins 600.000 visiteurs en neuf jours et des retombées économiques qui se comptent en millions d’euros, elles sont nées presque par hasard en 1987.

« Cette année-là, on fêtait le centenaire de la première photographie aérienne prise par cerf-volant, raconte Romain Roger, l’un des organisateurs de l’événement. Pour marquer le coup, une bande de passionnés s’est réunie sur la plage de Berck pour faire du cerf-volant. A la base, c’est juste un événement bon enfant entre potes. Mais ils sont revenus l’année suivante, puis celle d’après, et le maire de l’époque a senti que ce serait bien d’en faire un événement organisé par la ville. »

Un sport dont on ne peut pas vivre financièrement

Trente-cinq ans après, le pari est réussi tant le cerf-volant est désormais associé à Berck-sur-Mer. Pour ce cru 2022, plus de 300 cerfs-volistes de 18 nationalités différentes sont attendus à la fois pour des exhibitions mais aussi de la compétition. Parmi eux figure Benoît Flament. A 42 ans, cet Amiénois est l’un des cadors de la discipline. Champion du monde, champion d’Europe et champion de France, il a remporté tous les titres possibles en cerf-volant avec son acolyte Maxime Desavoye et leur équipe StartAir.

Mais n’allez pas croire que le cerf-voliste a fait fortune avec sa passion. Si le cerf-volant est bien affilié à la Fédération française de vol libre, aucun compétiteur n’en vit. Responsable informatique dans le civil, Benoît Flament s’entraîne sur son temps libre : « On ne peut pas vivre financièrement du cerf-volant en tant que compétiteur. Mais c’est un sport de plein air qui nécessite une vraie préparation physique. Si on n’est pas en forme physiquement, on ne peut pas assurer une démonstration de cinq minutes, c’est un effort intense ».

« Tout ce qu’on fait en l’air n’est pas improvisé »

En mode compétition, deux épreuves cohabitent : celle de précision où les équipes doivent réaliser des figures imposées et celle dite du ballet, où pendant cinq minutes, les cerfs-volants réalisent une chorégraphie sur une musique choisie à l’avance. Un travail millimétré et posé sur papier.

« Tout ce qu’on fait en l’air n’est pas improvisé, insiste Benoît Flament. C’est écrit sur une espèce de storyboard avec des petits dessins et des flèches pour bien déterminer qui fait quoi. Tout est écrit, préparé, rien n’est improvisé. On révise nos figures avant d’aller sur le terrain et de dérouler nos lignes de cerf-volant. » Comme au patinage artistique, ce sont des juges qui notent la technique et la chorégraphie pour départager les compétiteurs.

Des cerfs-volants XXL cousus main

Mais à Berck, au-delà de la compétition entre les meilleurs du monde, il y a aussi une partie exhibition où les passionnés peuvent déployer leurs plus beaux cerfs-volants sur la plage longue de deux kilomètres. Chaque année, c’est à celui qui déploiera le plus beau, voire le plus grand, pour en mettre plein les yeux au public. A 60 ans, Jean-Paul Maurin fait partie de ces mordus.

Depuis 20 ans, cet infographiste installé dans l’Yonne s’est même spécialisé dans la fabrication maison de cerfs-volants XXL. « J’ai des cerfs-volants qui font entre 100 et 200 m2. Par exemple, j’ai construit un cerf-volant Nautilus, le sous-marin de Jules Verne, qui fait 22 mètres de long, 6 mètres de haut et 6 mètres de large. Ça correspond à deux bus », sourit le sexagénaire.

L'Odysseus de Jean-Paul Maurin sera présent à Berck-sur-Mer pour cette édition 2022.
L'Odysseus de Jean-Paul Maurin sera présent à Berck-sur-Mer pour cette édition 2022. - Facebook

L’Odysseus d’Ulysse 31 sera de la partie

Pour construire ces mastodontes, Jean-Paul Maurin a besoin d’un an pour faire les plans, maquetter en 3D, acheter de la toile de spi, coudre à la main son œuvre d’art avant de brider (relier les cordes du cerf-volant en un seul point d’équilibre) puis de la faire voler.

« J’en fais à peu près un par an en fonction de mon inspiration », développe le passionné qui s’est spécialisé dans les vaisseaux spatiaux. Cette année, il a ainsi fabriqué l’Odysseus, le vaisseau d’Ulysse 31, héros de dessin animé. Un cerf-volant de 8 mètres de diamètre qui devrait en mettre encore plein la vue à un public berckois ravi de retrouver des Rencontres internationales propices à la féerie.