Roland-Garros : Cette fois, il faut vraiment s’inquiéter pour Rafael Nadal

TENNIS Battu jeudi soir dès les 8es de finale à Rome, Rafael Nadal souffre d’une blessure au pied très handicapante et inquiétante à l’approche de Roland-Garros

Nicolas Stival
— 
Battu jeudi à Rome par Denis Shapovalov, Rafael Nadal inquiète avant Roland-Garros.
Battu jeudi à Rome par Denis Shapovalov, Rafael Nadal inquiète avant Roland-Garros. — Andreas Solaro / AFP
  • Le tournoi de Roland-Garros commence le 22 mai. Au lendemain de son élimination précoce du Masters 1000 de Rome, Rafael Nadal, 13 fois vainqueur du Majeur parisien, inquiète.
  • L’Espagnol de bientôt 36 ans a signé le plus mauvais début de saison sur terre battue de sa carrière.
  • Nadal est surtout très diminué par le syndrome de Mueller-Weiss qui touche son pied gauche et qui rend incertaine sa seule présence Porte d’Auteuil.

Il n’y avait pas besoin d’être un fan de Rafael Nadal pour avoir la larmichette à l’œil, jeudi soir, après la défaite du roi de l’ocre dès les 8es de finale du tournoi de Rome, le pied gauche en compote. « Je ne me suis pas blessé, je suis un joueur qui vit avec cette blessure », lâchait le Majorquin derrière un sourire crispé qui cachait mal un certain fatalisme, au sortir du revers face au Canadien Denis Shapovalov (16e mondial). « C’est une douleur qui va et qui vient. Parfois plus forte, parfois moins. Aujourd’hui, c’était fou. »

A dix jours du début de Roland-Garros, difficile de ne pas imaginer que l’homme statufié de son vivant Porte d’Auteuil, qui fêtera ses 36 ans le 3 juin, ne dépassera jamais le total déjà hallucinant de 13 titres à Paris. La blessure en question est en fait une maladie rare et sans traitement : le syndrome de Mueller-Weiss, qui entraîne entre autres la nécrose de l’os naviculaire (pour les fans d’anatomie, c’est par ici). La pathologie, rare, touche plutôt les femmes de 40 à 60 ans. Or, Nadal en souffrirait depuis 2005, alors qu’il n’avait que 19 ans…



Elle a longtemps été masquée par les innombrables pépins aux genoux, au dos ou aux poignets qui l’ont sans doute empêché de s’installer sur l’Olympe de son sport bien avant le 21e majeur remporté lors du dernier Open d’Australie. Mais le nom de la maladie n’est sorti qu’en août 2021, lorsque Nadal avait annoncé la fin d’une saison compliquée, marquée par sa défaite lors d’une épique demi-finale de Roland-Garros contre son meilleur ennemi Novak Djokovic.

Trois défaites en 108 matchs Porte d’Auteuil

Il s’agissait de son troisième revers seulement (en 108 matchs) sur la terre battue parisienne, après son échec en 8es de finale contre le Suédois Robin Söderling en 2009, et la rouste infligée par Djoko en quart de finale en 2015 (il avait abandonné avant le troisième tour en 2016 à cause d’un souci au poignet).

Forcément, l’inquiétude est de mise dans le camp de l’Espagnol. Même s’il se présente sur le court Philippe-Chatrier autour du 23 mai, dans quel état se trouvera-t-il ? Après le miracle de Melbourne en janvier, Nadal a vécu la pire préparation sur ocre de sa carrière, sans aucune finale de Masters 1000 au compteur, du jamais vu depuis 2004. Il a raté Monte-Carlo et Barcelone à cause d’une blessure aux côtes, avant de subir la loi de son « Mini-Moi » Carlos Alcaraz en quart à Madrid, puis de choir jeudi soir à Rome.

Faut-il tout de suite ranger la légende des Baléares dans une galerie de photos sépia, à côté de l’impassible Borg et du jovial Kuerten ? Non, forcément, vu le caractère et la résistance exceptionnelle du garçon. En 2020, lors d’une saison mise sens dessus dessous par le Covid, Nadal s’était présenté porte d’Auteuil fin septembre avec un pauvre quart perdu à Rome contre Diego Schwartzmann comme unique référence.

Déjà revenu de l’enfer en 2020

Il confiait alors avoir « passé trois mois horribles » pendant le confinement, « à aller [se] faire soigner à Barcelone », déjà pour le même souci. « Mon pied était totalement détruit. J’allais m’entraîner une heure maximum, mais je ne pouvais pas me déplacer », confiait-il alors. Et pourtant, le Highlander de Manacor avait glané son 13e titre à Roland, en concassant Djokovic en finale (6-0, 6-2, 7-5).

Ceci dit, 19 mois ont passé depuis ce dernier triomphe parisien. Pas une paille lorsqu’on sait que le fameux syndrome de Mueller-Weiss est une maladie dégénérative. Djokovic, tenant du titre, semble toujours aussi fort, et le gang des trentenaires a enfin de la concurrence, à commencer par l’impressionnant Alcaraz, récent vainqueur à Barcelone et Madrid, jadis chasses gardées de l’idole du jeune Murcian de 19 ans.

Des propos crépusculaires

« Je sais que les années passent et que les options de gagner ici ne sont pas éternelles », avait lâché Nadal après sa défaite face au Serbe l’an dernier. Jeudi à Rome, ses propos étaient quasi crépusculaires : « Il va arriver un moment où ma tête va dire stop, parce que la douleur m’enlève le plaisir. Pas que pour le tennis, mais aussi dans la vie. » Un Roland sans son dieu, c’est inimaginable, mais il va bien falloir s’y faire…