Roland-Garros : « Une valeur toute particulière »… Nadal est fier d’avoir su s’adapter à ce tournoi si spécial

TENNIS L'Espagnol, qui n'aime rien tant qu'être dans sa zone de confort, a pris sur lui pour s'adapter à des conditions qui ne lui convenaient pas

Nicolas Camus

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Rafael Nadal a remporté son 13e Roland-Garros, le 11 octobre 2020.
Rafael Nadal a remporté son 13e Roland-Garros, le 11 octobre 2020. — Alessandra Tarantino/AP/SIPA

A Roland-Garros,

La première « vraie » défaite de Novak Djokovic en cette année 2020 aura donc été une immense claque. Une demontada en règle, infligée par un Rafael Nadal définitivement indestructible dès qu’il hume l’air de Roland-Garros. On disait l’Espagnol presque outsider avant cette finale, face à un numéro 1 mondial au sommet et dans des conditions – froid, humidité, toit fermé – qui rendent ses frappes moins impitoyables. Il a réglé les affaires courantes en trois sets (6-0, 6-2, 7-5) pour remporter son 13e Roland et rejoindre Roger Federer tout là-haut dans l’histoire du tennis, avec désormais 20 titres du Grand Chelem à son palmarès. Ébouriffant.

« Gagner ici, pour moi, est la plus belle chose qui soit. Je ne peux pas même pas dire ce que ça représente, a-t-il réagi, ému, au moment de recevoir le trophée. Je suis tellement heureux… Tout le monde sait que ce tournoi, et ce court en particulier, ont une très grande importance dans ma carrière. » Depuis 2005 et sa première victoire, en pantacourt et maillot sans manches, le Majorquin a fait de la Porte d’Auteuil son QG, là où il se réfugie toujours quand le moral ou le physique est touché.

Quinze ans après, la magie opère toujours. Car il ne faut pas croire, lui-même doutait avant ce tournoi. Nadal est un homme d’habitudes, de repères. Et là tout était chamboulé. « Il y a un mois et demi, si on m’avait dit que j’allais gagner, j’aurais répondu que ce serait sûrement trop dur cette année, a-t-il avoué. Les conditions n’étaient pas favorables, mais j’ai su m’adapter, resté positif même si ça a été compliqué, avec les balles, le froid, etc. C’est une satisfaction énorme d’avoir surmonté ça, et cette victoire a une valeur toute particulière pour moi. »

Etonné par son propre niveau de jeu, Nadal a effacé une à une toutes les prédictions sur cette rencontre. Djokovic qui le dérègle en variant beaucoup, notamment avec ses amorties qu’il avait bossées tout le tournoi ? Les deux premières ont fonctionné, et puis c’est tout. Djokovic infranchissable en fond de court dans des conditions indoor ? Le coup droit lasso est toujours là. On pourrait continuer comme ça des heures, l’Espagnol a trouvé toutes les clés pour plonger la tête de son adversaire sous l’eau et ne jamais le laisser remonter.

« Je pensais que ces conditions me seraient plus favorables. Je me sentais bien pendant ce tournoi, mais Rafa m’a donné tort. C’est pour ça que c’est un si merveilleux joueur, a salué le perdant, qui n’avait pris que trois bulles dans sa carrière, dont deux quand il avait 18 piges. Je n’ai pas grand-chose à dire. Il m’a dépassé, il ne ratait pas, il était partout. Il a joué merveilleusement bien. »

Le récital valait bien un message du Maître. Quelques minutes après la balle de match, Roger Federer a félicité, depuis chez lui, son « ami et plus grand rival ». « Bien joué, Rafa. Tu le mérites, a écrit Rodgeur. J’espère que ce chiffre de 20 [titres majeurs] est juste une étape de plus dans un voyage qui continue pour nous deux. »

« On a une excellente relation, et elle signifie beaucoup pour moi. C’est un honneur de partager ce record avec lui, a répondu Nadal. Je n’ai jamais caché que j’adorerais finir ma carrière en étant celui qui a gagné le plus de titres du Grand Chelem, même si je trace mon chemin, sans penser tout le temps à ce qu’ont fait Roger ou Novak. En tant que fan de sport, je sais que ce chiffre est important. Notre rivalité avec Roger aussi. Cela fait tellement d’années… On verra où on en sera à la fin de nos carrières. » Heureusement, ce n’est pas encore pour tout de suite.