Bûcheronnage sportif : « Il faut beaucoup de technique »… Pourquoi ces accros au bois sont tout sauf des bourrins

HORS-TERRAIN Les rares pratiquants du bûcheronnage sportif en France sont de grands passionnés du bois. Les meilleurs jeunes de moins de 25 ans se retrouvent vendredi à Vienne (Autriche) pour les championnats du monde

Thibault Gagnepain
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Pierre Puybaret a déjà été sacré champion de France de la discipline à six reprises.
Pierre Puybaret a déjà été sacré champion de France de la discipline à six reprises. — Stihl Timbersports
  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « hors-terrain », 20 Minutes explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Cette semaine, nous nous consacrons au bûcheronnage sportif, qui n’est plus tout à fait une discipline confidentielle depuis qu’elle est diffusée sur la chaîne l'Equipe. Mais qui se cache derrière ces grands costauds ? Comment s’entraînent-ils ?
  • Technique, connaissance des essences de bois, physique bien sûr… Il faut maîtriser de nombreux aspects pour être performant dans la discipline. Les prochains championnats du monde, réservés aux rookies (moins de 25 ans), ont lieu vendredi à Vienne (Autriche).

Moins de douze secondes. C’est à quelques dixièmes près (11''58) le temps qu’il faut à Pierre Puybaret pour couper à la scie une rondelle de bois de 46 cm de diamètre. Impressionnant ? Ce genre de performances est visible depuis quelques années à la télévision. Depuis que la chaîne L’Equipe a décidé de retransmettre un sport ultra-confidentiel : le bûcheronnage sportif.



« Devenir visible nous a fait beaucoup de bien », apprécie le sextuple champion de France en titre. Pas dupe néanmoins : sa passion attire toujours très peu de licenciés. Officiellement, ils sont 63, d’après les chiffres fournis par la Fédération nationale du sport en milieu rural. « De plus en plus de jeunes s’y intéressent, mais quand on leur dit qu’il n’y a que sept ou huit clubs en France, et qu’il faut parfois faire 300 km pour s’entraîner, ça bloque », poursuit le Corrézien de naissance, désormais installé en Isère.

« J’ai construit un hangar de 45 m² juste à côté de ma maison »

Car le bûcheronnage sportif, qui organise ses championnats du monde rookies (moins de 25 ans), vendredi à Vienne (Autriche), ne peut pas se résumer à couper bêtement du bois. Il existe jusqu’à six disciplines en compétition : trois à la hache (à la verticale, horizontale, sur un tremplin), deux à la tronçonneuse et une à la scie passe-partout. « Chacune est très différente », relève l'Alsacien Loïc Voinson, champion national chez les rookies, et donc en lice cette semaine au Mondial. Fort de son record du monde glané le 23 avril en single buck, lorsqu’il a découpé avec une scie passe-partout une rondelle de 40 centimètres en 11''09.

Loïc Voinson, l'Alsacien qui monte, vient de signer un record du monde, le mois dernier en «single buck».
Loïc Voinson, l'Alsacien qui monte, vient de signer un record du monde, le mois dernier en «single buck». - Stihl Timbersports

Il s’entraîne « jusqu’à quatre fois par semaine ». Souvent avec un autre pratiquant qui habite à proximité, Julien Meyer. Ou directement à son domicile. « J’ai construit un hangar de 45 m² juste à côté de ma maison rien que pour ça », détaille-t-il. Sans être une exception : autre membre de l’équipe de France, Alexandre Meurisse en a fait de même. « Pour moi, c’est plus compliqué, mais la mairie de mon village me met à disposition un petit terrain », reprend Pierre Puybaret, en insistant sur le côté « technique » de son sport.

Aucun de ces athlètes ne ressemble évidemment à une brindille

Pourquoi ? « Car déjà, il faut bien connaître les essences du bois », répond Loïc Voinson, bien armé en la matière puisqu’il est… bûcheron de profession. Du chêne ne se coupera pas de la même façon que du sapin et du peuplier, réputés les plus faciles à travailler. Au contraire de l’eucalyptus ou du hêtre. De ces différences naîtra un affûtage de l’outil à adapter sans cesse. « Les gens pensent parfois que c’est plus difficile de s’attaquer à tel ou tel bois mais ce n’est pas vrai, il va juste falloir changer de matériel », insiste Pierre Puybaret, qui défendra son titre national du 1er au 3 juillet à Schirrhein (Bas-Rhin).

Alexandre Meurisse, en pleine épreuve de «springboard», soit une hache à la verticale sur tremplin.
Alexandre Meurisse, en pleine épreuve de «springboard», soit une hache à la verticale sur tremplin. - Stihl Timbersports

Bien sûr, l’aspect physique n’est pas à négliger. Aucun des trois athlètes cités jusque-là ne ressemble évidemment à une brindille. Loïc Voinson par exemple, c’est 1,85 m pour 98 kg. Fruit de quelques séances spécifiques : « J’ai un coach de muscu avec un programme précis pour développer la force explosive et la force maximale ». De façon à s’adapter à un effort intense qui peut durer une douzaine de secondes, tout comme 1’30'' pour le trophy, lorsque quatre épreuves sont enchaînées. « C’est comme un petit décathlon », rigole Pierre Puybaret en avouant ses difficultés actuelles à concilier vie de famille et entraînements depuis la naissance de sa fille.

L’Australien Jason Wynyard fait figure d’invincible

Surtout que le bûcheronnage sportif ne paie pas ou peu. Même les meilleurs Français travaillent en parallèle. « Je crois que dans le monde, il n’y a qu’un pro, l’Australien Jason Wynyard, l’homme à battre (14 fois champion du monde) », poursuit celui qui avait terminé à la cinquième place des derniers Mondiaux.

Comme beaucoup, il réalise quelques démonstrations dans des manifestations pour « payer le matériel », mais pas de quoi en vivre. Tout ça n’enlève rien à leur passion. « C’est vraiment plaisant de couper du bois », résume Alexandre Meurisse, conscient que sa déclaration d’amour à son sport ne devrait pas convaincre grand monde. « Tant qu’on n’a pas essayé, on ne peut pas savoir… »