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Guerre en Ukraine : « Je ne suis pas un soldat, chacun fait comme il peut », raconte Dmytro Gunko, handballeur en France
HANDBALL•Dmytro Gunko, handballeur ukrainien de deuxième division en France, raconte comment il vit la guerre menée par la Russie dans son paysPropos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- L'Ukrainien Dmytro Gunko est handballeur à Pontault Combault, en deuxième division française.
- Né dans la région de Lougansk, désormais considérée par la Russie comme une « république populaire », il a aussi évolué dans des clubs russes.
- S'il est touché par les nombreux soutiens qu'il reçoit, il a encore du mal à parler du conflit, car « ça te fait penser à chaque fois à ce qu'il se passe là-bas »
La demande d’interview avait été faite il y a déjà plusieurs jours. Mais Dmytro Gunko, handballeur ukrainien qui évolue à Pontault-Combault, qui lutte pour monter en première division, « ne voulait pas parler » de la situation de son pays, bombardé par les forces armées de Vladimir Poutine. L'arrière gauche était préoccupé, notamment, par la situation de sa sœur, qui vivait à Kharkiv, dans l’est du pays, ville dévastée par les bombes russes et avait du mal à penser au handball. Plus tranquille depuis que sa famille est en sécurité, il a accepté de répondre aux questions de 20 Minutes.
Vingt jours après le début de l'invasion russe en Ukraine, comment allez-vous ?
Maintenant, ça va mieux psychologiquement, parce que les premiers jours ont été très durs, notamment à cause de la situation de ma famille, qui était en Ukraine, et notamment ma sœur. Elle était à Kharkiv, qui a été ciblée par les Russes. Quand les bombardements ont commencé, elle m’appelait à 5 heures du matin en panique pour crier « La guerre, la guerre ». Toi, à 5 heures du matin, chez toi, tu ne sais pas quoi répondre. Elle a décidé, avec son bébé d’un an, son mari et sa belle-mère, de partir le plus vite possible chez ma mère, à l’Ouest, proche de la Pologne. Et maintenant, ils sont tous en Pologne, hébergés par des gens. Quand j’ai su qu’ils avaient traversé la frontière, j’ai été soulagé de les savoir en sécurité. C’est le plus important.
Vous êtes né dans la région de Lougansk, reconnue comme une « république populaire » par Vladimir Poutine. Est-ce que les habitants, qu’on disait prorusses, ont changé de point de vue sur Poutine après l'invasion ?
C’est compliqué. Un jour, alors que tout est calme, quelqu’un vient chez toi et te dit : « Oui, c’est pour vous, on essaie de faire tout ça pour vous, ce n’est pas la guerre, on n’essaie pas de récupérer cette partie de l’Ukraine ». Mais le mec vient quand même avec une arme et il te raconte des histoires, en te disant qu’il n’est pas russe, qu’il n’a pas de drapeau et qu’il vient pour aider la population locale. Mais les gens là-bas n’ont rien demandé, ils veulent juste avoir leur vie normale.
Vous avez joué aussi à Odessa, un port stratégique sur la mer Noire, où il pourrait y avoir un débarquement russe dans les prochaines heures…
Il y a surtout la mère de ma femme, assez âgée, qui est là-bas et qui ne veut pas partir. On lui a proposé plusieurs fois de la récupérer, mais elle ne veut pas. Elle pourrait partir en Moldavie, qui est proche, mais elle se pose des questions sur ce qu’elle ferait là-bas. Du coup, vu que l’armée se place souvent proche de chez elle, à une cinquantaine de mètres dans un champ, elle cuisine parfois pour eux, l’armée vient aussi dans sa maison pour faire des trucs.
Comment ça se passe avec vos anciens coéquipiers russes, avec qui vous avez évolué en Russie, à Astrakhan ou Perm ?
Je garde contact avec certains à Perm. Quand je parle avec eux, des personnes jeunes, ils sont tout à fait au courant de ce qui se passe en Ukraine, malgré la censure. Ils comprennent la situation, mais c’est compliqué pour eux de faire quelque chose de leur côté, car ils ont peur des représailles. Beaucoup de gens se font arrêter. Après, ça dépend des gens, s’ils ont envie, ils peuvent protester.
Est-ce que vous avez songé à partir en Ukraine pour prendre les armes ?
Franchement, non. Dans ma tête, je me suis quand même posé la question en me disant : « Je suis là, je ne fais rien, que puis-je faire pour aider ? » Mais, en même temps, je ne suis pas un soldat. Dans ma tête ça a été très logique : si tu sais faire le truc, tu le fais. Sinon, tu ne le fais pas. Chacun fait comme il peut.
Aujourd’hui, vous, depuis Pontault-Combault, vous organisez des choses pour aider les Ukrainiens ?
Notre président m’a dit qu’on allait voir le maire, qui voulait organiser une collecte pour l’Ukraine. Et la femme de mon président [élue à la ville de Pontault-Combault] m’a dit que s’il y avait des Ukrainiens qui venaient ici, on pourrait leur parler, les aider. On est impressionnés que dans une petite ville comme ça, il y ait autant de gens prêts à donner. Cette solidarité nous a beaucoup touchés.
Comment, mentalement, vous avez fait pour basculer en mode handballeur, alors que vous pensiez à la situation en Ukraine ?
Franchement, je n’avais pas du tout la tête au handball. Les premiers jours après l’invasion russe, j’étais perdu. Je pensais même à ne pas aller m’entraîner, à rester chez moi. On se réveillait à 5 heures du matin avec ma femme, on ne savait pas quoi faire et on ne faisait que lire des articles sur la guerre. J’avais vraiment l’impression d’être malade. Quand t’es comme ça, tu ne veux pas bouger, tu veux rester sur ton canapé, ne rien faire et te calmer. Mais, finalement, j’ai décidé d’aller à l’entraînement pour justement ne pas penser à la situation en Ukraine. A la salle, je voyais aussi des mecs qui me regardaient et ne savaient pas quoi me dire pour me soutenir.
Ça s’est passé comment du coup, entre eux et vous ?
C’était dur, parce que ce n’est pas une situation habituelle. Même moi, je ne voulais pas parler avec les gens, parce que tout le monde sait ce qu’il se passe. Parler à chaque fois de la même chose, c’est dur. Je ne voulais en parler avec personne.
Vous avez reçu beaucoup de marques de soutien ?
Le club m’a soutenu et me demande à chaque fois si j’ai besoin de quoique ce soit de leur dire, ils se préoccupent pour ma famille. J’ai aussi eu plein de messages de supporteurs, de Pontault et Cherbourg [son ancien club] qui me proposaient d’héberger des gens de ma famille s’il y avait besoin. Ça m’a touché, parce que ça ne fait qu’un an que je suis ici et que je ne suis pas forcément très proche des supporteurs. Il y a eu aussi beaucoup de messages de soutien. Mais, même ça, c’est compliqué, parce que, à chaque fois, ça te fait penser à la situation en Ukraine. Et c’était compliqué aussi pour ma femme, qui était stressée, car elle suit toutes les évolutions du conflit sur les réseaux sociaux. Elle n’arrivait pas à se détacher et me disait à chaque fois, il y a ça qui se passe là, ceci qui se passe autre part. A un moment, je lui ai dit de lâcher son téléphone, parce que ça la rendait malade.


















