FC Séville-Losc : Jules Koundé, le « bon mec » qui fonce vers les sommets

FOOTBALL A seulement 22 ans, Jules Koundé est devenu indiscutable en défense centrale au FC Séville qui reçoit ce mardi Lille pour la 4e journée de la Ligue des champions

Francois Launay
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Jules Koundé sous les couleurs du FC Séville
Jules Koundé sous les couleurs du FC Séville — Pressinphoto/Shutterstock/SIPA
  • Formé aux Girondins de Bordeaux, Jules Koundé s’est imposé au FC Séville et est depuis l’Euro appelé en équipe de France par Didier Deschamps.
  • A seulement 22 ans, le défenseur français poursuit un parcours sans faute et affronte, ce mardi, le Losc en Ligue des champions.
  • Jules Koundé n’est pas seulement un bon joueur, c’est un garçon très intelligent, selon ses proches.

« Souvent, la génération réseaux sociaux, ça frime vite dans le foot. Mais Jules est à contrecourant de tout ça. Je suis content de voir la carrière qu’il est en train de faire car c’est vraiment un bon mec. » Malgré leurs treize ans d’écart, Nicolas-Maurice Belay ne tarit pas d’éloges sur Jules Koundé.

Le défenseur du FC Séville, qui défie le Losc ce mardi en Ligue des champions, est resté proche de son ancien coéquipier de la réserve des Girondins (2016-2017). Désormais retraité des terrains, l’ancien attaquant se souvient de l’époque où il a découvert le joueur. « Je me remettais d’une blessure au genou et j’ai joué six mois en CFA avec lui. Ce n’était pas forcément le joueur le plus talentueux mais comme il était rigoureux et sérieux, il a réussi », assure Maurice-Belay qui échange souvent avec le défenseur sévillan sur la NBA, leur passion commune.

Un mental en acier

C’est une constante chez toutes les personnes interrogées dans cet article. Si Jules Koundé, titulaire d’un bac ES, a réalisé un début de carrière fulgurant passant en moins de trois ans de jeune espoir à Bordeaux à titulaire indiscutable au FC Séville et défenseur de l’équipe de France à seulement 22 ans, il le doit avant tout à son gros mental et à sa bonne éducation.

« C’est un garçon apprécié de tout le monde qui a des valeurs grâce à un gros point fort : son entourage. Sa maman est très présente, elle s’occupe bien de lui. Et ça, ce sont souvent des signes de réussite. Le talent fait les choses mais l’éducation est vitale. Par exemple, alors qu’il s’entraînait déjà avec les pros à Bordeaux, il devait passer un examen scolaire. On lui a dit qu’il n’était pas obligé de le faire vu qu’il n’avait pas eu le temps de réviser. Mais non, il a voulu le passer alors que 99,9 % des jeunes auraient préféré se reposer. Ça, c’est Jules », estime Yannick Stopyra, responsable du recrutement des Girondins de Bordeaux, qui a repéré le joueur à son adolescence.

« Un petit gamin très sage, très bien élevé, très poli et obéissant »

Fils unique, Jules Koundé a été élevé par sa mère célibataire. Débarqué bébé dans le petit village girondin de Landiras (2.300 habitants), il y a commencé son histoire d’amour avec le foot. Maire de la commune, Jean-Marc Pelletant se souvient : « A l’époque, j’étais président d’une association culturelle dans laquelle sa mère était bénévole. On organisait des lotos, des fêtes et sa maman amenait Jules partout avec elle. Il devait avoir 4 ans mais il avait toujours son ballon de foot plus gros que lui ou presque sous le bras (rires). Il taquinait toujours le ballon mais quand on lui disait de ne pas taper sur le mur avec, il s’arrêtait tout de suite. C’était un petit gamin très sage, très bien élevé, très poli et obéissant. »

Un gamin poli mais aussi très réservé qui franchit sans faire de bruit les différentes étapes vers la gloire. Gamin à la Fraternelle de Landiras, il va passer cinq ans dans cette école de foot dont il est désormais devenu le parrain. Puis, Koundé grandit et rejoint à douze ans le club de La Brède où, comme d’hab, il ne pose aucun problème.

Koundé dans les pas de Montesquieu

« Il était très discret, très compétiteur. On avait toujours l’impression qu’il n’y était pas mais il était à fond en fait. Il sortait du lot par son intelligence, sa façon de jouer, son bon placement. Il allait vite et sautait plus haut que les autres aussi. Mais celui qui venait le voir jouer ne pouvait pas dire que ce garçon-là allait tout casser », se rappelle Tony Gomez, le président du club de La Brède, petite ville girondine, connue jusqu’ici pour être la cité natale de Montesquieu.

Mais à 15 ans, Koundé finit par taper dans l’œil des Girondins, son club de cœur. Responsable du recrutement du club bordelais, Yannick Stopyra se met en mode flash-back. « En 2012, je dirigeais le pôle espoirs de Castelmaurou. On fait un match amical contre le pôle espoirs de Talence [où venait jouer Koundé une fois par semaine]. Mais je ne peux pas vous dire que je l’ai vu là. J’avais d’autres préoccupations. » L’ancien international poursuit : « Et puis, l’année d’après, j’ai pris le recrutement des Girondins. Et le responsable de l’école de foot, Claude Petit, l’avait vu à La Brède. Et là, les Girondins de Bordeaux jouent contre le pôle de Talence et je le revois une deuxième fois. C’est là que ça a tout déclenché. On l’a invité, il a signé un contrat amateur la première année puis un autre contrat la saison d’après car il avait montré des bonnes choses. Puis ça a été assez vite. »

«Pas le profil d’un grand défenseur athlétique»

Et pour cause, en l’espace de quatre ans, Koundé intègre l’effectif pro après avoir fait ses preuves chez les jeunes. Champion de France U19, capitaine de la réserve, le défenseur tape très fort et très vite à la porte des pros. Mais Gourvennec, alors en poste sur le banc, hésite à le lancer dans l’axe comme se rappelle Nicolas Maurice-Belay.

« L’idée du coach, c’était de faire redescendre Toulalan, qui était arrivé de Monaco, en défense centrale. Il y avait aussi Nicolas Pallois. Et le talent de Koundé ne sautait pas forcément aux yeux. En CFA, on sentait qu’il pouvait passer pro grâce à ses qualités de leader, de sérieux qui sont très importantes pour le poste de défenseur. Mais il y avait toujours une interrogation par rapport à sa taille [1,78 m] parce qu’il n’a pas le profil d’un grand défenseur athlétique ».

Histoire de ne pas rester indéfiniment à la porte, Koundé se met à travailler la polyvalence dans le couloir droit de la défense, à un poste où il fera d’ailleurs ses débuts en équipe de France le 2 juin dernier contre le Pays de Galles. « Il ne voulait pas jouer latéral. C’est Patrick Battiston, directeur du centre de formation, qui a insisté et lui a dit de tenter le coup dans le couloir droit pour s’imposer chez les pros. Jules a une très bonne détente, un bon jugement et il va vite. Il a su compenser le manque de taille », raconte Stopyra.

Départ à Séville pour 25 millions d’euros

Début janvier 2018, le grand jour finit par arriver. A 18 ans, Koundé est titularisé… en défense centrale par Gourvennec en 32e de finale de coupe de France face aux amateurs de Granville. Bilan : une élimination lamentable mais rien de préjudiciable pour le jeune joueur qui ne va plus quitter le onze de départ.

« C'est un garçon qui avait besoin de beaucoup s'entraîner et qui a fait beaucoup d'entraînements avec nous avant de s'imposer. Quand on l'a fait débuter, c'était évident. Mais qu'il s'impose aussi vite sur un timing assez court, c'est impressionnant», se justifie aujourd'hui l'ancien entraîneur des Girondins désormais en poste au Losc. Et même si Gourvennec sera renvoyé deux semaines après l'avoir lancé, Koundé va gagner sans souci la confiance de ses successeurs (Poyet puis Ricardo) et ne sortira plus du onze type jusqu’en juin 2019.

Plus grosse valeur marchande de l’effectif, le défenseur quitte alors les Girondins pour rejoindre le FC Séville moyennant 25 millions d’euros. Deux ans après, avec une Ligue Europa dans la main et une place de titulaire dans l’autre, l’ex-Bordelais semble avoir clairement pris le bon chemin.  « C'est un garçon rès intelligent, très structure, très mature. Ca fait plaisir de voir que des gamins qu'on a connu à 17 ans arrivent à se donner les moyens de jouer à ce niveau-là", apprécie Jocelyn Gourvennec. 

« Son choix de partir en Espagne a été très judicieux car ses qualités correspondent très bien à la Liga, estime Nicolas Maurice-Belay. C’est un championnat très cérébral. Quand je vois les montées qu’il fait parfois avec Séville sur des doubles ou triples une-deux, je pense qu’il se projette comme ça parce qu’il y a de la confiance mais aussi parce qu’il a une qualité technique et une façon de jouer qui vont lui permettre de sortir de sa zone de défense. Désormais, il fait partie des joueurs dont on parle le plus donc respect. »

Bientôt une rue Jules-Koundé? 

Au point d’être devenu intransférable pour les Andalous. Malgré une proposition de 60 millions d’euros de Chelsea cet été, le FC Séville n’a rien voulu lâcher. Même s’il avait sans doute envie de découvrir la Premier League, Koundé n’est pas allé au clash publiquement. Une nouvelle preuve de sa bonne éducation louée par tous ses proches.

« C’est quelqu’un d’extraordinaire qui ne se prend pas pour un autre. Il est resté en contact avec ses anciens éducateurs », insiste Stopyra. « A la Brède, quand il peut, il vient encore voir ses copains jouer en équipe C départementale. Et ses copains vont parfois lui garder sa maison quelques jours à Séville quand il part en déplacement européen», raconte Tony Gomez, le président du club girondin.

« Il n’a vraiment pas pris la grosse tête. Il est resté simple. Je ne suis pas très foot mais depuis que Jules y est, je regarde les matchs de l’équipe de France. C’est le petit gamin de Landiras, le parrain de l’école de foot et la fierté du village », lâche le maire du village qui « attend encore un peu » pour inaugurer un jour la rue Jules-Koundé.

Mais au rythme où vont les choses, le défenseur sévillan pourrait bientôt devenir incontournable sur les plaques des rues de son village d’enfance. Avec un Mondial 2022 en ligne de mire, Koundé a toutes les cartes en main selon Maurice-Belay. « Varane commence à être vieillissant. Kimpembe est moins impérial qu’avant, Upamecano fait des erreurs donc Jules a une carte à jouer en équipe de France. Mais ça passera aussi par un club supérieur à Séville qui pourra l’amener encore plus haut et passer ce cap de joueur de niveau mondial. » Une étape de plus dans un parcours jusqu’ici immaculé, le tout sans se prendre une tête bien ancrée sur les épaules. Sans doute le secret de la réussite de Jules Koundé.