France-Finlande : Comment expliquer la déliquescence des Bleus depuis des mois ?

FOOTBALL Entre un état d'esprit en perdition, un manque de créativité criant et des défaillances individuelles, la France se retrouve dans un creux qu'elle n'avait pas vu venir 

N.C. et J.L.
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Antoine Griezmann, symbole des difficultés actuelles de l'équipe de France.
Antoine Griezmann, symbole des difficultés actuelles de l'équipe de France. — FRANCK FIFE / AFP
  • L'équipe de France rencontre la Finlande mardi soir à Lyon en qualifications à la Coupe du monde 2022. 
  • Les Bleus, qui restent sur cinq matchs nuls de suite avec des prestations que l'on qualifiera de laborieuses, seraient bien inspirés de remettre la marche avant pour ne pas se compliquer la tâche en vue du Qatar. 
  • «20 Minutes» se penche sur les raisons qui ont, petit à petit, fait perdre le fil à DD et ses hommes.

L’alchimie d’une équipe de sport collectif obéit à un équilibre précieux qui s’évapore parfois sans dire au revoir. Ainsi, l’équipe de France, que l’on pensait encore bien campée dans ses certitudes mondialistes après la victoire contre l’Allemagne à l’Euro, le 15 juin, semble être devenue le résultat d’un assemblage hétéroclite et mal foutu à peine trois mois plus tard, au point de se demander si elle sera capable de battre la Finlande au Parc OL, mardi.

« On a beaucoup parlé de nous en disant la meilleure équipe du monde. Nous ne sommes plus cette meilleure équipe du monde, résume à sa façon Paul Pogba dans un entretien accordé à M6. C’est comme ça, et il faut avoir de la fierté parce que ça me fait chier de ne plus gagner avec l’équipe de France. Pour le moment, tout est trop laborieux ». Pourquoi et comment l’équipe de France a perdu le fil ? Peut-elle encore se retrouver ? 20 minutes se penche au chevet du malade.

Un manque de créativité avec le ballon

C’est un des paradoxes du retour de Karim Benzema, rappelé pour donner une autre dimension à l’expression offensive des Bleus, que le sélectionneur estimait de plus en plus insuffisante depuis la fin 2020. Le Madrilène a apporté sa classe naturelle et rien ne peut lui être reproché dans son comportement ou ses statistiques, mais depuis son retour, c’est comme si les Bleus ne mettaient plus un crampon devant l’autre dans la construction de leurs attaques placées

Ce qui saute aux yeux en premier ? La lenteur des remontées de balle et la disparition de circuits offensifs préférentiels en dehors de la sempiternelle passe en profondeur de Pogba pour Karim ou Kylian. Une option qui a eu son succès lors des derniers matchs, mais qui ne peut décemment cacher un marasme créatif global, lequel fait ressortir tous les défauts récurrents des Bleus :

  • Des centraux qui ne réalisent aucune passe tranchante à la relance.
  • Un apport trop déséquilibré des latéraux entre le côté gauche et le côté droit.
  • Des milieux de terrain qui ne prennent pas la responsabilité de créer du jeu ou n’ont pas le profil pour ça (Ndombélé ou Aouar, dans une autre vie…).
  • Un Griezmann inopérant à droite, où il évolue désormais la plupart du temps.
     

« On doit mettre le tempo, gérer nos efforts. A nous de faire la différence, à nous de mettre la vitesse, plaidait dimanche Karim Benzema sur Téléfoot. Si on garde la balle derrière, il faut jouer vite, faire des passes verticales pour faire mal à l’adversaire. On a les joueurs pour ça, des joueurs techniques. Il ne faut pas tomber dans le rythme que met l’adversaire ». C’est peut-être le plus inquiétant : En Ukraine comme face à la Bosnie, l’équipe de France n’a jamais pu jouer une vitesse au-dessus de l’adversaire.

Un état d’esprit en délitement

Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu Hugo Lloris s’agacer publiquement de l’attitude de son équipe. Avec ses mots, toujours posés et comptés, mais quand même. « Il y a les exigences du très haut niveau et on se doit d’y répondre », a-t-il rappelé après l’Ukraine, manière de dire qu’il serait temps d’arrêter de jouer sur ses acquis. Le capitaine des Bleus n’est pas du genre à mettre des mines dans les médias et s’il en est arrivé là, c’est qu’il sent que l’état d’esprit, base de toute performance, n’y est pas. Le plus étonnant est que la claque de l’Euro n’a pas suffi.

Les Bleus nous avaient habitués ces dernières années à prendre un peu par-dessus la jambe certaines rencontres face à des plus petits qu’eux, mais savaient ensuite prouver que c’était de l’ordre de l’accident. Après ces cinq nuls d’affilée, qui plus est en concédant l’ouverture du score, cela ne tient plus. « On arrive encore à être surpris sur ce genre de match alors qu’on sait à quoi s’attendre », relevait Adrien Rabiot dimanche dans Téléfoot. Egalement agacé, Paul Pogba pointait du doigt dans la même émission les manques actuels de l’équipe de France : « C’est à nous sur le terrain de faire les efforts, de mettre les occasions, de mettre le tacle pour éviter le but. Tout le reste, la tactique et tout ça, ça vient après. Notre flamme a un peu baissé et il faut la rallumer. »

Des défaillances individuelles

C’est toujours un peu délicat quand pas grand-chose ne va, mais difficile de ne pas cibler quelques cas problématiques dans cette équipe. Il faut arrêter de faire semblant de découvrir l’irrégularité de Presnel Kimpembe, peut-être le meilleur stoppeur français quand il est en forme mais coupable depuis toujours d’erreurs de placement, de relance ou de sautes de concentration rédhibitoires. Si Samuel Umtiti avait pu se racheter un genou après la Coupe du monde, on n’en serait sûrement pas là. Mais les candidats gauchers ne sont pas légion, considérant que Clément Lenglet a raté le wagon pour un moment. Est-ce que si Lucas Hernandez avait été dispo pour cette rentrée, DD aurait tenté de le mettre dans l’axe ? On aurait envie de voir en tout cas.

Pas loin de là, le poste d’arrière droit est toujours aussi sinistré. Pavard a connu un mois de rêve en Russie mais ne sera jamais un latéral capable d’animer avec constance son couloir, pas plus que Jules Koundé, à qui DD n’a pas fait un cadeau en l’envoyant au front en plein Euro sans tour de chauffe. Se contenter de Léo Dubois, beaucoup trop neutre, serait un constat d’échec. Il n’y a plus qu’à faire all-in sur Nordi Mukiele, qui découvre le groupe lors de ce rassemblement et qui mériterait d’être vu mardi.

Jules Koundé expulsé pour un tacle pas du tout maîtrisé lors de France-Bosnie.
Jules Koundé expulsé pour un tacle pas du tout maîtrisé lors de France-Bosnie. - Jean-Francois Badias/AP/SIPA

On attend aussi plus de Pogba, leader naturel sur le terrain, capable de passes lumineuses comme l’offrande gachée par Martial à Kiev juste avant l’ouverture du score ukrainienne, mais qui a tendance à se compliquer la vie quand ça patine autour de lui. « Je me mets là-dedans, c’est la faute de tout le monde », disait-il dimanche au moment de commenter les difficultés actuelles.

Citons aussi les Tolisso, Coman, Lemar, Rabiot ou Martial, censés apporter de la consistance au groupe et incarner une vraie alternative en cas de besoin. Une mission qu’ils remplissent les jours pairs quand Saturne s’alignent avec Pluton, ou à peu près. Pour tout un tas de raisons mais sur lesquelles il n’y a pas le temps de s’attarder quand on parle de l’équipe nationale.

Le cas Grizou

On le met à part car il incarne la génération Deschamps. Et sa baisse d’influence dans le jeu ne coïncide pas par hasard avec les bouillies du moment. Mardi, Antoine Griezmann étirera sa série record à 55 matchs d’affilée en sélection sans en avoir manqué un seul, et il n’a jamais semblé aussi perdu sur le terrain. A la fois pierre angulaire et variable d’ajustement en fonction de la tactique du jour, il ne pèse plus en ce moment que par son nombre de tacles dans les pieds adverses (6 en Ukraine, plus que tout autre joueur). Pas vraiment ce qu’on attend de lui, même si cela fait partie de son jeu.

DD n’est pas près de lâcher son soldat pour autant. « S’il y a des exemples à prendre, c’est lui », a-t-il martelé lundi, mettant en avant « son efficacité par rapport au nombre de ballons et aux situations ». Entre le soutien de son sélectionneur et son retour à l’Atlético, Grizou a tout pour se remettre à l’endroit. Tout le monde n'attend que ça.