Euro 2021 : Pourquoi l’Italie est l’équipe coup de cœur de la compétition (même en France)

FOOTBALL La Squadra Azzurra affronte la Belgique en quart de finale de l’Euro, ce vendredi à l’Allianz Arena de Munich

Nicolas Stival avec Xavier Regnier
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L'Italie à l'Euro 2021, c'est l'hymne à la joie.
L'Italie à l'Euro 2021, c'est l'hymne à la joie. — Paul Chesterton/Focus Images Ltd
  • L’Italie est l’équipe plaisir de cet Euro, avant le choc contre la Belgique, ce vendredi en quart de finale.
  • La Squadra Azzurra, invaincue depuis septembre 2018, marie solidité et jeu offensif malgré un effectif sans immense star.

Compétition après compétition, certains facteurs sont immuables : les joueurs italiens trimballent une classe certaine dans leurs superbes maillots et chantent à gorge déployée l’hymne le plus entraînant de la planète football. En revanche, le style de jeu des inventeurs du catenaccio n’a pas toujours fait lever les foules. Pis : leurs résultats récents ont longtemps été indignes d’une nation quadruple championne du monde, hormis la finale de l’Euro 2012, avec comme point bas la non-qualification pour le Mondial 2018.

Mais depuis le récital en ouverture de ce championnat d’Europe, contre une Turquie il est vrai faiblissime (3-0), la Squadra Azzurra propose un jeu mêlant solidité défensive et allant offensif. Avant le quart de finale contre la Belgique, ce vendredi à Munich en quart de finale, la bande à Donnarumma a tour à tour estoqué la Suisse (3-0) et le Pays de Galles (1-0) en poule puis l’Autriche (2-1 après prolongations) en 8es.

« Cette équipe plaît et fait envie, juge Benoît Cauet, resté un fin observateur du foot transalpin depuis son passage comme joueur, de 1997 à 2003 à l’Inter Milan, au Torino puis à Côme. Elle est beaucoup plus moderne qu’avant, lorsqu’il s’agissait davantage de contre-attaquer que de faire le jeu. »

La révolution Mancini

Pour Giacomo, cheville ouvrière du site français spécialisé FrSerieA, « l’Italie avait besoin de jouer un foot du XXIe siècle ». « On a eu besoin de rater les années 2010 pour se rendre compte que garder l’avantage ne suffisait plus, poursuit le Lyonnais de 29 ans. On calculait toujours, c’était toujours ric-rac. Depuis l’arrivée de Mancini, on voit des scores fleuves, contre des petites équipes certes, mais que l’on battait avant 1-0. » Au-delà des joueurs, Roberto Mancini est le véritable artisan du renouveau de la sélection italienne… Sous la houlette de l’ancien attaquant international de la Sampdoria Gênes, arrivé en mai 2018, celle-ci a fait sa mue.

« Quand Gianpiero Ventura, qui n’avait aucune référence de haut niveau, est parti, Mancini présentait le profil parfait, avec une grosse expérience et un rôle de manager et non seulement d’entraîneur, estime François Lerose, rédacteur en chef de Calciomio, autre site francophone de référence. Il a intégré beaucoup de joueurs, comme Jorginho. Il a remis Verratti en confiance, il a relancé un Immobile tombé en désuétude. Il y a eu une alchimie, et la mentalité a changé. »

Par rapport à ses glorieuses devancières des années 1990 ou 2000, la Squadra Azzurra ne présente plus de superstars mondiales comme les Baggio, Del Piero ou Totti. Mais elle affiche une vraie cohésion, avec des éléments qui ne jouent pas seulement dans les grands clubs comme la Juventus ou l’Inter, mais aussi au Torino (Sirigu, Belotti) ou à Sassuolo (Locatelli, Berardi, Raspadori).

Roberto Mancini et Leonardo Bonucci, acteurs majeurs de la Squadra Azzura.
Roberto Mancini et Leonardo Bonucci, acteurs majeurs de la Squadra Azzura. - Ben Stansall / AP / Sipa

« Ces joueurs aiment être ensemble, alors qu’historiquement, cela a rarement été le cas, sauf peut-être lors de l’Euro 2000, avance Roberto Infascelli, reporter à la radio romaine Tele Radio Stereo. Individuellement, l’équipe n’est pas si forte. Le vrai champion, c’est Verratti, qui évolue dans un grand club et a de l’expérience. Un Locatelli par exemple, est un ancien enfant prodige qui s’était un peu perdu. Spinazzola est très fort mais il n’a jamais eu beaucoup de continuité dans sa carrière. »

Les soucis des clubs, une bénédiction pour la sélection ?

Outre l’apport de Mancini, le journaliste sportif dans la Ville éternelle avance un autre argument pour expliquer l’inédit appétit offensif des Italiens. « Contrairement à ce qui a été le cas dans notre histoire, nous n’avons plus de grands joueurs défensifs comme à l’époque des Baresi, Cannavarro, Buffon. » Il n’empêche, les expérimentés Chiellini, même sur une jambe, et Bonucci restent avec Verratti des relais de Mancini.

« Et à côté de ces joueurs, la génération des Locatelli, Barella ou Bastoni est en train de s’imposer, estime Cauet. En fait, l’équipe nationale représente ce qui s’est passé ces trois ou quatre dernières années en Serie A. Le championnat italien a beaucoup souffert financièrement et beaucoup de jeunes joueurs ont été lancés. » Le malheur des grands clubs de la Botte a donc fait le bonheur de la Squadra Azzurra, qui ne partira toutefois pas favorite ce vendredi contre la Belgique, même assise sur une série de 31 matchs sans défaite depuis près de trois ans, record absolu de sa glorieuse histoire.

Face aux "nouveaux" rivaux des Bleus, elle pourra compter sur le soutien de nombreux Français et pas seulement parmi les millions accrochés à des racines transalpines plus ou moins lointaines. Une donnée inimaginable il y a encore une dizaine d’années, lorsque les braises de la finale du Mondial 2006 et de l’affaire Zidane – Materrazzi étaient encore incandescentes.

« Les supporteurs français auront un dilemme avant ce match entre deux équipes avec lesquels leur pays a eu des frictions, estime toutefois François Lerose, d’origine calabraise. Mais je sens une bienveillance envers le retour de l’Italie, qui n’a pas disputé la Coupe du monde 2018. Il y a moins de haine. » Giacomo appuie son collègue et parle également de « regard bienveillant » de ce côté-ci des Alpes : « L’équipe joue bien et la cohésion du groupe est enviée par rapport à celle de la France, qui est davantage une addition d’individualités, note le spécialiste de FrSerieA. Les deux attaquants [Immobile et Insigne] ont une amitié sincère, tout le stade applaudit quand Sirigu [le deuxième gardien] entre contre le pays de Galles… »

Outsiders face à la Belgique

Il reste maintenant à voir comment se comportera la sélection de Mancini loin de son stadio Olimpico où elle a brillé en poule, après un succès accouché dans la douleur face à l’Autriche à Wembley. « Si les Italiens devaient s’arrêter, ce serait déjà un grand Euro et la route serait tracée pour la suite, lance Benoît Cauet. Mais le vainqueur de ce quart peut être celui de l’Euro. » Une grande aventure que l'Italie connaît peu. Souvent compétitive en Coupe du monde, la patrie de Dante et de Silvio Berlusconi n’a remporté qu’un championnat d’Europe jusqu’à présent, en 1968. A domicile et avec seulement trois autres sélections en phase finale, bien loin de l’actuel tournoi à 24 équipes.