« Bienvenido a Mexico ! » : Comment on s’est fait escroquer par un policier corrompu en sortant de l’aéroport
COUPE DU MONDE 2026•En débarquant à Mexico City pour suivre une partie de la Coupe du monde 2026, le service de sports de 20 Minutes a eu le plaisir de faire connaissance avec un policier de la circulation pour le moins corrompuAymeric Le Gall
L'essentiel
- Tout contents de débarquer enfin au Mexique pour poursuivre ce périple autour du Mondial 2026, nous avons eu le malheur de tomber sur un policier de la circulation quelque peu corrompu.
- La Policia de tránsito, la police de la circulation, est un service réputé pour son gros penchant à soutirer des pots-de-vin aux touristes naïfs.
- Après un petit jeu de dupes savamment orchestré, celui-ci a réussi à nous avoir et à se mettre près de 200 euros dans sa poche. On vous raconte cette expérience pas forcément super agréable.
De notre envoyé spécial à Pigeon-Land,
C’est drôle la vie, quand même. En quittant Dallas et les Etats-Unis pour faire un petit crochet de cinq jours au Mexique et vivre la Coupe du monde d’une tout autre manière, on était tout foufou dans le groupe Whatsapp du service des sports de 20 Minutes. « Ah, ça fait du bien d’être ici, ça parle espagnol, c’est un joyeux bordel, les gens aiment le foot. Je sens que je vais enfin me sentir comme à la maison ! » Mais ça, c’était avant.
Avant de louer notre voiture de location et de faire 300 METRES en bagnole, juste le temps de prendre à droite et de s’insérer sur une route à quatre voix. On met le clignotant, on regarde à gauche, et c’est parti pour vivre la folie de Mexiiiiiiiiicooooooo ! Et au moment où on se met une petite musique locale à la radio, qui voilà ? Un policier qui nous double comme un cow-boy en nous faisant signe de le suivre. Et là, la révélation. Les souvenirs de la préparation du voyage depuis le bureau à Levallois-Perret qui remontent au cerveau comme une décharge électrique.
« Arrêtez-vous là, il faut qu’on discute »
« Bon sang mais c’est bien sûr, c’est notre baptême du feu de la Mordida [pot-de-vin, en VF] ! On va faire la connaissance des policiers locaux », ceux-là mêmes qui sont décrits sur tous les blogs de voyage et reconnus à travers le monde pour leur goût du zèle et du billet glissé directement dans la poche, sans que le moindre peso ne soit consigné nulle part de peur qu’il ne tombe dans l’escarcelle de l’Etat. Mais non, évitons les clichés, c’est moche de penser ainsi. Garés dans une petite rue adjacente, suivant religieusement les ordres de notre futur meilleur ami, on coupe la musique, vitre baissée. Celui-ci s’approche et le spectacle peut commencer.
Fort aimable, il se présente. « Bonjour, enchanté moi c’est [on-n’a-pas-retenu-son-nom-et-c’est-vraiment-trop-con], je suis de la police municipale de la circulation de Mexico, enchanté ». On lui rend la pareille, « holà, soy Aymeric, periodista francès llegando justo à Mexico. Encantado ». Le ton est cordial, il ne peut rien nous arriver. Le policier retire même son gant coqué pour nous serrer la pince. Mais rapidement, le ton change et on comprend qu’il nous a pris la main dans le sac à rouler sur la voie de droite réservée aux Trolebús, ces bus électriques alimentés par des lignes aériennes. Le GPS nous avait pourtant demandé de serrer sur la voix la plus à droite afin de rejoindre l’hôtel situé à 4 kilomètres de là.
Pas le genre à remettre en doute la voix d’un officier des forces de l’ordre, on s’excuse, expliquant poliment qu’on vient à peine de quitter l’aéroport, qu’on a roulé 300 mètres et que ce sont là nos tout premiers dans le pays. Cela semble n’être à première vue qu’un simple avertissement mais le petit diable sur notre épaule nous susurre : « dieu que tu es naïf brave petit Français… Tu vas prendre cher, t’as même pas idée ». Et en effet, après avoir listé deux infractions - la seconde nous échappe totalement - ce petit homme d’une cinquantaine d’années pour 1,60 m et 90 kg bien tassés, montre sur Google (oui, oui) le texte de loi relatant la nature de cette infraction. Et évidemment le montant de l’amende qui va avec. En cumulé, 11.800 pesos.
Un terminal de carte bancaire étrangement défectueux
Un rapide coup d’œil au convertisseur et nous voilà en apoplexie. Bordel, 500 EUROS !!! Mais que faire d’autres si ce n’est la boucler, dire qu’on a bieeeeeeen retenu la leçon et sortir la CB pour cracher au bassinet ? Problème, la carte ne passe pas sur son petit terminal portatif jaune flashy malgré trois tentatives. Il réfléchit (ou fait semblant, ça sent la comédie à trois kilomètres mais le ballet est bien rodé). « On ne peut pas s’arranger autrement ? », demande-t-on, sachant pertinemment que tout ce cirque ne servait qu’à nous amener précisément à ce moment.
Mais notre Benicio Del Toro 2.0 est dans son personnage et fait mine de réfléchir. « Il faudra que vous alliez payer directement au commissariat dès demain. Mais c’est très loin du centre-ville », précise-t-il. Fort bien, faisons ça amigo. Il s’écarte finalement un court instant, faisant mine de s’en aller puis revient sur ses pas. « Bon, t’as combien sur toi ? ». ON Y EST ! Le portefeuille étant bien visible prêt du levier de vitesse avec les biftons apparents, impossible de la lui faire à l’envers. « J’ai tiré 3.000 pesos à l’aéroport, c’est tout ce que j’ai. » 150 balles, tout de même.
Mais l’homme est affûté et sa vision laser. Il aperçoit la petite liasse de billets de gringo qu’il nous restait de Dallas.
- C’est des dollars ça ? Combien ?
- Quarante environs.
- Allez, donne-moi ça et c’est bon.
Bouillonnant à l’intérieur de nous, la bave aux lèvres et le nez qui fume, on en oublie de lui demander un reçu ou de regarder son numéro de matricule. Il s’écarte alors sans demander son reste pour rejoindre sa moto et nous fait signe de circuler. Le spectacle est terminé. Et voilà comment Pedro de la Vega s’est glissé près de 200 euros dans sa tirelire personnelle, ni vu, ni connu.
Dans un pays où les policiers (pas tous) sont payés au lance-pierres et où certains services sont corrompus jusqu’à la moelle épinière, cela doit être le tarif maison. On apprendra que c’est particulièrement vrai avec la policia de tránsito à laquelle appartient notre escroc selon une étude récente de l’Institut national de statistique mexicain. Une autre étude de l’ENVIPE conclut même les policiers de la circulation représentent l’autorité que les Mexicains considèrent comme la plus corrompue, avec 75 % d’opinions défavorables. On apprend aussi - et ça, ça fait mal - que les touristes demandant calmement une amende écrite ou le numéro de matricule de l’agent voient souvent la situation changer du tout au tout. Caramba, encore raté…
Sinon, Mexico à pieds, c’est pas mal non plus
La suite de la route jusqu’à l’hôtel se fera radio éteinte pour laisser expulser quelques noms d’oiseaux bien sentis, tout en essayant de respecter scrupuleusement le Code de la route et les limitations de vitesse. Car à Mexico, durant la Coupe du monde, les policiers sont présents à chaque coin de rue et mieux vaut se tenir à carreau et n’avoir rien à se reprocher.
Cela ne nous empêchera pas de profiter à fond de cette ville et de la superbe ambiance qui y règne une fois la voiture garée. Car à pieds, se balader dans le cœur de cette ville de vingt millions d’habitants est un bonheur sans pareil. Ça foisonne de vie dans les artères principales et dans les parcs où les marchands ambulants rivalisent de sympathie et de bonne humeur pour rendre la vie des touristes agréable. Sans rancune, donc, Mexico, on va dire que ce n’était là qu’un passage obligé pour mieux profiter du reste du séjour. A pied, toujours à pied.


















