Tour de France 2021: Parcours, coureurs, instances, matériel… Qui est le véritable fautif de toutes ces chutes ?

TOUR DE FRANCE La 3e étape du Tour de France entre Lorient et Pontivy a été marquée par de nombreuses chutes qui ont suscité la polémique

Adrien Max
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La chute de Caleb Ewan et de Peter Sagan juste avant l'arrivée à Pontivy.
La chute de Caleb Ewan et de Peter Sagan juste avant l'arrivée à Pontivy. — Benoit Tessier/AP/SIPA
  • La 3e étape du Tour de France, lundi, entre Lorient et Pontivy, en Bretagne, a été marquée par trois chutes dans les 10 derniers kilomètres.
  • Des chutes qui ont suscité la colère des coureurs, au point de décider d’une grève pour la 4e étape entre Redon et Fougères.
  • Beaucoup ont pointé du doigt la dangerosité du parcours, mais la pression sur les épaules des coureurs n’est pas étrangère à ces faits de course.

Un coureur gisant au sol à quelques dizaines de mètres d’une arrivée dont il était l’un des favoris. Lundi, Caleb Ewan, l’un des sprinteurs les plus en vue, a terminé son Tour de France à terre : fracture de la clavicule après une terrible chute dans le final de cette 3e étape, entre Lorient et Pontivy. Et quitte à finir ainsi, autant emmener Peter Sagan, septuple vainqueur du maillot vert. Quelques minutes plus tôt c’était Arnaud Démare, le sprinteur français de la FDJ, qui entraînait avec lui le vainqueur du Tour de France 2020, Tadej Pogacar, dans sa chute. Primo Roglic, autre favori de ce Tour, tombait, lui, à 10 km de l’arrivée, obligeant toute son équipe à cravacher pour ne perdre qu’une minute au classement général.

Une étape digne de la fameuse épreuve des poteaux de Koh-Lanta tant il a semblé qu’il ne resterait finalement plus qu’un coureur à l’arrivée. Des chutes à répétition qui ont surtout entraîné la colère de la majeure partie du peloton. Au point de monter un piquet de grève au départ de cette 4e étape entre Redon et Fougères : Les coureurs ont ralenti le rythme de course pour demander l’ouverture d’un dialogue entre l’UCI, les organisateurs, les équipes et les coureurs.

La faute du parcours ? Route sinueuse dans les 10 derniers kilomètres, virage dangereux juste avant l’arrivée… Beaucoup de reproches ont été faits au tracé de cette 3e étape, et surtout ses derniers kilomètres. « On avait proposé de reporter la prise du temps à 5 kilomètres de l’arrivée, pourquoi ? Parce qu’on avait analysé le parcours, on avait vu que le final était extrêmement dangereux. Sur une route sinueuse et pas en parfait état », a expliqué sur Twitter Philippe Gilbert, coureur de l’équipe Lotto. Marc Madiot, le manageur de la formation Groupama FDJ, qui est l’un de ceux à avoir le plus vivement réagi à la suite de ces chutes, a préféré élargir le débat, à défaut d’agrandir la route. « On ne peut pas continuer comme ça, ce n’est plus du vélo. Il faut qu’on change. Ce n’est pas digne. Il n’y a pas que le parcours, c’est un tout », a-t-il fulminé au micro de France TV.

Ou celle des coureurs ? Pour Jimmy Casper, ancien sprinteur chez plusieurs équipes françaises, il faut plutôt regarder du côté du comportement des coureurs, que du parcours. « De ce que je vois, ces chutes ont été créées entre coureurs, par des fautes d’inattention. Ça arrive tous les ans, pour moi il n’y a pas de réels problèmes de parcours. Ce n’est pas une des plus belles arrivées, mais elle n’était pas catastrophique non plus. Sur le Giro, elles sont beaucoup plus chaotiques, sur le Tour elles sont magnifiques. On voit bien sur la chute d’Arnaud Démare, dans une courbe, qu’il touche un autre coureur. On ne peut pas non plus avoir toutes les arrivées sur des boulevards, ça fait aussi partie du charme, même si je comprends que sur le coup ça peut agacer », considère-t-il.

Et surtout, les difficultés ne cessent de se rajouter aux personnes chargées des tracés. Un dos d’âne par ci, un rond-point par là. « C’est bien de dire que c’est dangereux, mais il faut se rendre compte que c’est de plus en plus difficile de trouver des sites d’arrivée. On n’a plus aucune ville moyenne sans îlot, giratoire ou rétrécissement. Il y a dix ans, il y avait 1.100 points dangereux sur le Tour de France. Cette année, on en est à 2.300. Si le niveau d’exigence devient trop important, on n’aura plus d’arrivée. On en est là », a rappelé dans l’Equipe, Thierry Gouvenou, en charge du tracé du Tour.

Mais que font les instances ? Plusieurs équipes avaient, semble-t-il, alerté les organisateurs sur le potentiel danger de cette arrivée à Pontivy, mais pas toutes. « Pour le parcours, il y a un cahier des charges à respecter. Les organisateurs déposent les parcours, ensuite une commission de l’UCI dédiée à la sécurité accepte le parcours. Là, il y a une erreur. Surtout quand on connaît les enjeux au début du Tour », s’est interrogé Philippe Gilbert. Rappelons que l’organisateur, ASO, avait accepté la neutralisation du temps à 5 km, ce sont les commissaires de l’UCI qui ont rejeté la demande. Des divergences entre instances, mais déjà au sein même du peloton.

« Le règlement est le règlement et il faut l’appliquer. 3 kilomètres, c'est 3 kilomètres.. Les coureurs qui jouent le général se mettent à l’arrière du peloton dans les sprints. Par contre nous les sprinteurs, on est obligé de prendre des risques en faisant des descentes en montagne comme des malades pour arriver dans les temps. Ça fait chier de perdre le Tour sur une chute, mais on met aussi notre vie en jeu dans toutes les descentes de montagne », insiste Jimmy Casper. Si les grimpeurs et les sprinteurs ne sont déjà pas d’accord…

Matériel trop performant, ou management trop stressant ? Marc Madiot a également évoqué le problème des vélos « trop sophistiqués, qui vont trop vite et qui ne sont plus adaptés au réseau routier ». De quoi faire sourire Jimmy Casper. « Non je ne crois pas, Marc a été pris par l’émotion, parce qu’il aime ses coureurs. Pour moi les vélos sont complètement adaptés, ils sont même plus performants en termes de freinage. Je ne vois pas ce qu’on peut faire de plus, à part mettre un ABS, ce qui arrivera peut être un jour », avance-t-il.

Il préfère regarder du côté de la pression. Pas celle des pneus, mais celle qui repose sur les épaules des coureurs. « Selon moi il y a moins de chutes, mais elles sont plus massives. Dès qu’il y en a une, ça tombe comme un château de cartes. Les coureurs sont de plus en plus stressés, et Marc Madiot devrait peut-être aussi réfléchir à en mettre moins sur les épaules de ses coureurs. Il y a la pression médiatique, le Tour de France est une vitrine extraordinaire et tout le monde veut être devant pour se montrer. Du coup dès que ça touche, tu as 30 mecs par terre », rappelle Jimmy Casper. Les coureurs disposent d’oreillettes dans lesquels ils reçoivent tous les mêmes consignes : Tout le monde devant au même moment. Et on ne parle même pas des pancartes ou des drapeaux bretons qui eux aussi adorent se montrer.