Roland-Garros: Novak Djokovic incontestable favori de cette finale, vraiment?

TENNIS Le Serbe, tombeur magnifique du roi Nadal en demi-finale, s'avance avec les faveurs des pronostics face à Stefanos Tsitsipas, bizut à ce niveau

Nicolas Camus

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Novak Djokovic lors de sa demi-finale dantesque face à Rafael Nadal à Roland-Garros, le 11 juin 2021.
Novak Djokovic lors de sa demi-finale dantesque face à Rafael Nadal à Roland-Garros, le 11 juin 2021. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Novak Djokovic affronter Stefanos Tsitsipas ce dimanche en finale de Roland-Garros.
  • Après sa merveilleuse victoire contre Nadal, le Serbe est le grand favori de cette rencontre. 
  • Attention toutefois, le Grec n'est pas n'importe quel joueur et il faudra au numéro 1 mondial être redescendu de son petit nuage.

A Roland-Garros,

Forcément, quand on vient de détrôner le maître des lieux en demi-finale au terme de l’un des plus beaux matchs de l’histoire du tournoi, on s’avance vers la dernière marche avec une prestance certaine. Surtout quand on a déjà 18 titres du Grand Chelem derrière soi. Novak Djokovic, qui a jeté Rafael Nadal hors de sa propre maison vendredi soir, est le favori naturel de la finale à venir contre Stefanos Tsitsipas, ce dimanche.

Tous les marqueurs vont dans ce sens. Le Grec, s’il est l’homme qui a gagné le plus de matchs cette année (39, dont 22 sur terre), va découvrir à 22 ans l’envers d’un tel rendez-vous. Djoko le connaît par coeur. Ce sera la 26e fois qu’il s’avancera sur le court avec la perspective d’un trophée majeur, la 6e à Roland, qu’il a remporté en 2016.

« Tsitsipas a encore des trous d’air »

Et surtout, surtout, le souvenir encore fumant du Philippe-Chatrier frappé par la foudre, il y a moins de 48 heures, n’est pas près de s’évaporer. On ne sait pas si Tsitsipas a jeté un œil à la demie des deux monstres, mais même si la sienne face à Zverev n’était pas mal non plus, on imagine qu’il n’a pu rester insensible à la façon dont le numéro 1 mondial a implacablement posé sa patte sur ce chef-d’œuvre.

Pour moi, il est le grand favori, mais pas pour ses victoires en Grand Chelem ou sa plus grande expérience, estime l’ancienne joueuse Sarah Pitkowski. Il l’est parce que Tsitsipas a encore des trous d’air pendant ses matchs. On l’a vu en quart, en demie, il est au-dessus, plus agressif, plus flamboyant, plus confiant, et pourtant il se fait peur parce qu’il manque un peu de constance. Et face à Djokovic, c’est rédhibitoire. Il faut tenir intensité du premier au dernier point. »

L’intéressé le sait bien. Après son passage en finale, quand il lui a été demandé ce qu’il devrait faire pour battre Nadal ou Djokovic ici, il a répondu un truc très bateau mais sacrément juste : « Jouer un meilleur tennis, de manière générale. Jouer un tennis encore meilleur que tout le tennis que j’ai pu jouer sur terre battue. » La vérité est aussi simple et compliquée que ça. Si Tsitsipas évolue juste à son niveau, ça ne suffira pas.

Enfin, de notre point de vue, ça dépendra aussi de la manière dont le Serbe abordera cette rencontre. On ne doute pas un instant de sa motivation, évidemment. Mais il ne l’a pas caché vendredi soir, ce succès contre Nadal est un vrai accomplissement pour lui. Il a trouvé dans cette victoire, acquise contre son plus grand rival, sur le court où il a tant gagné, dans une ambiance grandiose où les applaudissements étaient partagés d’égal à égal, quelque chose qu’il cherchait depuis longtemps.

Top 3 sur 1.149

Djoko a quand même classé cette rencontre dans le top 3 de ses plus grands matchs en carrière. EN CARRIERE. Une sacrée belle place pour une demi-finale, quand on sait qu’il compte 1.149 matchs depuis ses débuts et 83 titres. Le Serbe reste un être humain, et on n’invente rien en disant que ce n’est pas toujours simple de se remettre dedans tout de suite après ce genre de climax. Dans un tout autre contexte, les Bleus du foot avaient raconté après coup qu’ils avaient eu l’impression d’avoir remporté l’Euro après leur victoire contre l’Allemagne en demie, en 2016.

« Je ne suis pas tout à fait frais comme un gardon, mais j’ai un jour et demi pour récupérer et pour me remettre d’aplomb, rassurait-il vendredi. Ce n’est pas la première fois que je dispute une demi-finale épique en Grand Chelem et qu’ensuite, je doive revenir jouer la finale en moins de 48 heures. Je récupère plutôt bien, ce qu’il faut maintenant, c’est prendre les choses calmement jusqu’à la finale. Je sais ce que je dois faire. »

Question de palmarès… et de reconnaissance

Ok Novak, mais tu nous parles davantage de considération physique que mentale, là. Or, c’est la caboche qui nous intéresse pour cette fois. Pitkowski n’adhère pas à la théorie de la décompression. « Il a touché le sommet de l’Everest avec cette victoire, alors peut-être en début de match, oui. Et encore, je suis sûr que son staff saura jouer son rôle, déjà, dit-elle. Surtout, Djokovic a le cuir très, très dur. Il a connu beaucoup de choses dans sa vie, dans sa carrière, et il a toujours gardé sa ligne de conduite. »

La consultante pour RMC Sport voit également un élément qui empêchera tout relâchement : la course aux titres du Grand Chelem. S’il l’emporte dimanche, il reviendra à une longueur de Nadal et Federer (19 contre 20). Avec Wimbledon, dont il est le double tenant du titre, et l’US Open qui arrivent très vite derrière. « Il court après les deux autres depuis longtemps, au niveau du palmarès et aussi de la reconnaissance. On n’a pas idée à quel point c’est dur. Croyez-moi, il ne va pas lâcher maintenant », assène l’ex-29e joueuse mondiale.

On est d'accord, Tsitsiapas est en grande forme mais le voir s'imposer serait une sacrée déflagration. Attention quand même, le Chatrier n'est plus à ça près cette année. On se quittera sur cette petite stat: les deux seuls hommes à avoir battu Nadal jusque-là (Soderling en 2009 et Djokovic lui-même en 2015) n’avaient pas remporté le tournoi l’année de leur exploit.