Krasnodar-Rennes : Le sorcier Julien Stéphan cherche encore la recette de la potion magique

LIGUE DES CHAMPIONS Le coach du Stade Rennais alignera une nouvelle composition inédite ce mercredi pour son cinquième match de Ligue des champions

Camille Allain

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Le coach du Stade Rennais Julien Stéphan défiera Krasnodar en Ligue des champions ce mercredi.
Le coach du Stade Rennais Julien Stéphan défiera Krasnodar en Ligue des champions ce mercredi. — Franck Fife / AFP
  • Le Stade Rennais alignera une 17e composition différente en autant de matchs ce mercredi pour son match capital à Krasnodar en Ligue des champions.
  • Contraint de faire tourner en raison de l’accumulation de matchs, Julien Stéphan reconnaît que son équipe manque d’automatismes.
  • Le rythme effréné et les blessures poussent l’entraîneur à « tenter des coups », qui ne s’avèrent pour l’heure pas payants.

Il va encore devoir chambouler son onze. Privé de Guirassy, out pour plusieurs semaines, d’Aguerd et de Terrier pour son match capital mercredi à Krasnodar (Russie), Julien Stéphan alignera une 17e composition différente en autant de matchs disputés par le Stade Rennais cette saison. Une rotation intense imposée par l’enchaînement des matchs, la situation sanitaire inédite et l’accumulation de blessures. Mais aussi par la tendance du coach breton à « tester » toutes les formules possibles pour trouver la bonne recette. Un apprentissage qui coûte pour l’heure assez cher tant en Ligue des champions, où il n’a glané qu’un point en quatre matchs, qu’en championnat, où son équipe est à la peine depuis plusieurs semaines.

A quelques heures d’un match décisif en vue de la qualification en Ligue Europa en Russie, Julien Stéphan a reconnu que son équipe « manquait de constance ». Avant d’ajouter. « Il y a trop de décalage entre les matchs pour qu’on soit réguliers ». Doté d’un effectif jeune mais complet, le coach breton n’a toujours pas su dégager son onze type et semble le marquer le pas, comme à l’automne dernier. A-t-il tort de faire tant tourner ? « Il n’a pas le choix ! Il y a une obligation de rotation à cause du rythme de Ligue des champions. Jamais le rythme des matchs n’a été aussi élevé, rappelle Nicolas Dyon, ancien préparateur sportif du Stade Rennais et de Nice. A certains postes à haute intensité, c’est tout simplement impossible d’encaisser neuf matchs en trois semaines ».

Un entraîneur adepte d’une colonne vertébrale type

On pense notamment à l’apport des latéraux, si importants dans le système de jeu de Stéphan​, où le manque d’automatismes est criant ces dernières semaines. « Ce calendrier, c’est comme une machine à laver. On ne peut pas en sortir tant que le cycle n’est pas terminé », ironise le préparateur sportif.

Spécialiste data de la Bible « Rouge Mémoire », Fabrice Pinel s’est penché sur les compos rennaises depuis quelques saisons. D’après lui, le record absolu du nombre de onze différents remonte à 2015 et 2016 quand Philippe Montanier, adepte du changement perpétuel, puis Rolland Courbis et Christian Gourcuff, qui avaient enchaîné 66 compos différentes en un an et demi. Julien Stéphan en est bien loin. Le jeune entraîneur rennais est même plutôt du genre à faire confiance à ses cadres, tout en optant pour quelques ajustements en piochant chez ses jeunes. « L’année du titre en Coupe de France, il jouait tous ses gros matchs avec la même équipe. Il avait tâtonné au début mais ensuite, il ne faisait que des retouches à la marge », rappelle Fabrice Pinel. Lors de la finale remportée face au PSG, il n’avait même réalisé qu’un seul changement, au milieu de la prolongation, quand Bourigeaud était sorti, cuit.

Sans Europe, un effectif trop riche à gérer ?

L’arrivée tardive des recrues et la blessure de Maouassa l’ont poussé à changer ses plans habituels. Mais en attaque, ni Tait, ni Terrier, ni Gboho, Del Castillo ou Doku n’ont pour l’heure su tirer profit de leurs titularisations. La profondeur de banc dont dispose le Stade Rennais permet en revanche à Julien Stéphan d’utiliser au maximum les cinq changements autorisés cette saison. A Strasbourg, il n’a pas hésité à sortir trois joueurs à la mi-temps, après un premier acte indigeste. A la 70e, il avait déjà fait ses cinq rotations. « Il est comme ça. Il ne s’embête pas si ça ne lui convient pas », témoigne Matthieu Huard, qui a côtoyé Stéphan au sein de la réserve avant de s’envoler pour Ajaccio. « Il fonctionne au mérite. C’est le meilleur qui jouait, celui qui avait le plus envie. Mais Julien Stéphan est un motivateur, il sait rassembler tout un groupe », résume le latéral gauche de l’AC Ajaccio.

Ce mercredi, la rencontre face à Krasnodar pourrait bien conditionner le reste de la saison. Une victoire et Rennes serait assuré de disputer la Ligue Europa en février. Une défaite et s’en serait terminé des matchs tous les trois jours. « Avec la menace de l’annulation de la Coupe de France, une élimination en Europe rendrait très difficile la gestion d’un effectif de 27 joueurs. C’est pléthorique si on ne joue que le championnat », prévient Fabrice Pinel. Raison de plus pour aller gagner à Krasnodar ce soir. Dans un stade superbe qui accueillera 10.000 supporters, Julien Stéphan s’est montré clair. « Je suis convaincu que mes joueurs seront investis d’une mission ». Et elle n’a rien d’impossible.