Festival de Cannes 2026 : Comment devient-on le photographe officiel des festivals de cinéma ?
CV•À Canneseries comme au Festival de Cannes, les regards se tournent vers les acteurs et les tapis. Mais derrière les flashs et les photos qui inondent les réseaux sociaux, d’autres travaillent dans l’ombreVictoria Berne
L'essentiel
- Olivier Vigerie est photographe officiel de festivals depuis plus de vingt ans, notamment à Cannes, Deauville et Canneseries.
- Après une maîtrise de gestion à la Sorbonne et un passage chez Canal+, Olivier Vigerie a découvert ce métier en 2001.
- Pour photographier les célébrités, Olivier Vigerie improvise pendant les séances en cherchant « une étincelle » chez les gens.
Dans le couloir du premier étage de l’hôtel Majestic lors du festival Canneseries, les portes claquent les unes après les autres. Des badges passent devant les ascenseurs et les équipes de presse traversent les étages en courant. À l’intérieur de la suite 112 transformée pour l’occasion en studio photo temporaire, une musique résonne. Puis des « clics » résonnent sans cesse.
Depuis plus de vingt ans, le photographe Olivier Vigerie navigue de festivals en festivals. Cannes, Deauville, Séries Mania ou encore Canneseries, où il officie depuis la première édition. Le temps d’une après-midi passée à ses côtés, 20 Minutes a rencontré Olivier Vigerie pour comprendre comment on devient le photographe des plus grands festivals.
Une journée chronométrée
Une journée type ? « J’arrive ici le matin, je récupère mes cartes, je vais voir les copines de la presse, je regarde mon planning. Je fais des sauvegardes parce que sinon je n’ai plus assez d’espace. Ensuite je couvre les portraits, le pink carpet, la soirée… ».
À l’entendre raconter son quotidien, le glamour disparaît rapidement derrière une organisation réglée au millimètre. Pendant qu’il réalise une série de portraits, d’autres photographes travaillent pour lui ailleurs sur le festival. Les images remontent sur des bases de données, certaines partent vers des studios à l’étranger avant publication, certaines doivent être validées avant d’être diffusées. « Si Disney demande une validation à Londres, il faut aller très vite. Une personne récupère la carte mémoire, traite les photos importantes, les envoie, ça revient, pendant ce temps on continue le reste ».
Comment devient-on photographe de festival ?
Lorsqu’on demande à Olivier Vigerie comment on devient photographe officiel de festivals, sa réponse surprend. « J’ai fait une maîtrise de gestion à la Sorbonne », raconte-t-il en souriant. Son arrivée dans le milieu ne s’est pas fait appareil photo en main. Après un passage chez Canal+, une rencontre avec un journaliste l’emmène à Cannes, où il découvre progressivement cet univers. Son premier Festival de Cannes remonte à 2001.
Mais selon lui, la technique ne suffit pas pour décrocher une place aussi rare. « Ma chance, ce n’est même pas tant le savoir-faire. C’est d’allier savoir-faire et savoir-être », explique-t-il. « Ne pas être trop discret mais ne pas être trop présent non plus. Savoir s’affirmer mais être disponible pour toutes les équipes ». Dans ce milieu où tout le monde travaille au même rythme effréné, le relationnel semble presque aussi important que les photos elles-mêmes. Attachés de presse, équipes communication, partenaires, réalisateurs ou acteurs : le photographe devient un maillon entre plusieurs mondes : « Je suis obligé d’être transverse », résume-t-il.
« Tu cherches une étincelle chez les gens »
Photographier une célébrité, ce n’est pas seulement placer une lumière et appuyer sur un bouton. Pour Olivier Vigerie, une partie du travail se joue bien avant la photo elle-même. Avant certaines rencontres, il regarde des interviews, cherche à comprendre une personnalité, une énergie ou parfois simplement une humeur. « Tu ne peux pas demander à quelqu’un qui joue un psychopathe de sauter ou de jeter un bouquet de fleurs en l’air », raconte-t-il en riant.
Face à lui, certains talents arrivent détendus, d’autres fatigués ou plus réservés. Alors il improvise. Une musique dans la pièce, une petite blague, une demande inattendue. Il raconte avoir récemment eu face à lui un acteur avec qui il n’arrivait pas à créer quelque chose. « Alors j’ai demandé au réalisateur de le diriger à ma place ». Le déclic fonctionne immédiatement. « Tu sens si chez quelqu’un il y a une étincelle. Si elle est là, tu t’y engouffres. »
Au fil des festivals, cette manière de fonctionner finit même par créer des liens particuliers. Olivier parle de « copains de festival », ces personnes croisées une semaine ici ou là, puis retrouvées des années plus tard. « J’ai photographié quelqu’un en 2011 pendant cinq minutes. Il m’a revu quinze ans après et m’a dit : "On s’est déjà vus quelque part ?" », explique-t-il. « Il y a une énergie commune ». Et derrière les milliers de photos prises chaque année, ce sont peut-être moins les clichés que les rencontres qu’il garde en mémoire.



















