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« Il dégage quelque chose de sincère, accessible »… Christophe Maé s’infiltre dans les playlists de la Gen Z
Il suffit d’ouvrir TikTok pour se rendre compte que Christophe Maé n’a jamais vraiment disparu des radars. Mieux encore, l’artiste connaît un regain de popularité auprès d’un public jeuneFiona Bonassin
L'essentiel
- Christophe Maé connaît un retour en force inattendu auprès de la Gen Z grâce à TikTok, notamment avec son titre « J’ai laissé » qui est devenu viral. Ses streams ont augmenté de 172 % sur Deezer entre le 15 et le 27 mars, avec les 18-25 ans représentant désormais 26,4 % de son audience.
- Le succès de l’artiste repose sur une puissante nostalgie chez les jeunes adultes pour qui ses chansons faisaient partie de leur enfance comme l’explique Saku de CaminoTV, « j’ai commencé à écouter Christophe Maé à la radio. On avait aussi les CD et j’étais allé à un concert avec mon papa ».
- Au-delà de la nostalgie, Christophe Maé séduit la Gen Z par son authenticité et sa simplicité, comme l’analyse Laetitia Berry de Deezer : « Il dégage quelque chose de sincère, accessible, très humain, sans posture », ce qui crée un attachement fort dans une époque très codifiée par l’image.
Longtemps associé aux playlists de vacances, aux autoroutes de l’été ou aux CD qui tournaient dans la voiture familiale, Christophe Maé semblait appartenir à une autre époque musicale. Pourtant aujourd’hui, le chanteur connaît un retour en force inattendu auprès d’un public qui n’avait parfois même pas l’âge d’écouter On s’attache à sa sortie.
Sur TikTok, en festival ou dans les soirées, ses refrains reviennent partout. Et ce qui ressemblait autrefois à un plaisir coupable devient désormais très tendance pour certains et un vrai marqueur générationnel assumé pour d’autres. Entre le 15 et le 27 mars, date du pic d’écoutes pour Christophe Maé, les streams quotidiens sur la plateforme Deezer ont augmenté de 172 %, tandis que le titre J’ai laissé a augmenté lui de + 113 %.
« C’était un peu la honte, à un moment, d’écouter Christophe Maé »
Christophe Maé active une nostalgie extrêmement puissante chez la Gen Z. Pour beaucoup de jeunes adultes ses chansons faisaient partie du décor sonore de l’enfance. « Je me souviens que quand j’avais sept ans, j’en ai 27 aujourd’hui, j’ai commencé à écouter Christophe Maé à la radio. On avait aussi les CD et j’étais allé à un concert avec mon papa » se souvient Saku, créateur de contenu pour le collectif CaminoTV, « Avec les années, j’ai un peu moins écouté. Quand on est petit, on kiffe et quand on grandit, c’était un peu la honte à un moment d’écouter Christophe Maé. » avoue le vintenaire. Mais cette nostalgie n’a pas été provoquée par le hasard. Comme souvent les réseaux sociaux remettent à la mode des titres que l’on avait oubliés et cela a été le cas avec J’ai laissé de l’artiste. « Il y a clairement eu un effet TikTok qui a servi d’accélérateur auprès de la Gen Z. Le titre est devenu une trend, notamment grâce au passage ''j’avouuue'', repris dans une vidéo virale du créateur de contenu Ismaa » explique Laetitia Berry, Senior Global Music Editor chez Deezer.
Grâce aux créateurs de contenu, Christophe Maé s’est offert une nouvelle audience. Le chanteur a parfaitement profité de cette nouvelle hype comme l’explique l’experte musicale, « lorsqu’un artiste déjà installé apparaît aux côtés d’une figure très suivie par la Gen Z, cela peut complètement changer la perception qu’ont les jeunes de lui. Ça le remet dans leur paysage culturel, mais de manière naturelle et contemporaine. » explique-t-elle en analysant la stratégie d’un autre Christophe. « L’exemple de Christophe Willem chantant avec Théodora illustre bien cette capacité à créer des ponts entre générations et à donner une nouvelle lecture à un artiste auprès d’un public plus jeune. » Aujourd’hui les fans de Christophe Maé ont complètement changé, Deezer note que les 18-25 ans représentent aujourd’hui la première tranche d’âge de l’artiste (26,4 % des streams), devant les 26-35 ans (22 %). Au total, près d’un stream sur deux provient des moins de 35 ans. Celui qui pouvait être perçu il y a quelques années comme une figure très « variété grand public » devient aujourd’hui un artiste cool à remettre dans une playlist entre deux classiques des années 2000.
L’artiste du (jeune) peuple
Mais le succès de Christophe Maé ne repose pas uniquement sur la nostalgie. S’il fonctionne autant auprès des jeunes, c’est aussi parce qu’il incarne aujourd’hui quelque chose de relativement rare dans l’industrie musicale : une forme de sincérité artistique. C’est ce qu’analyse Laetitia Berry, « Au-delà du phénomène TikTok, Christophe Maé représente aussi quelque chose d’assez rare aujourd’hui : une forme de simplicité et d’authenticité. Il dégage quelque chose de sincère, accessible, très humain, sans posture. » explique-t-elle avant d’ajouter « je pense que la Gen Z est particulièrement sensible à ça. Dans une époque très codifiée par l’image et le storytelling, les artistes perçus comme vrais et spontanés créent facilement de l’attachement. » Avec son look vestimentaire assez cool, ses sons chants mais qui peuvent raisonner dans l’histoire d’un bon nombre de personnes, il capte donc aujourd’hui toutes les générations.
Signe que Christophe Maé est plus tendance que jamais, les équipes de CaminoTV l’ont accueilli pour un mini-concert. Avec plus de 300.000 abonnés sur YouTube, près de 600.00 sur Instagram et sur X, le collectif est un incontournable pour tout ce qui touche de près ou de loin à la culture et le lifestyle. « La volonté sur les mini-concerts, c’est d’amener les artistes qu’on écoute vraiment et qu’on aime et de raconter une histoire au travers de ça. » témoigne Linda Hassaine, chef de projet, « On veut un artiste avec qui on a une histoire, de près ou de loin, et quand on se dit ''on'', c’est un ou plusieurs membres de l’équipe. » Celui qui avait un lien émotionnel fort avec l’ancien de la comédie musicale Le Roi Soleil, c’est Saku qui avoue « j’ai vu un bête de mec. Et quand on a eu des moments entre nous, même quand il n’y avait pas de caméra tu vois que c’est humain. Tu peux lui poser des questions, c’est comme un grand frère. » Christophe Maé bénéficie alors d’un paradoxe assez rare, il est à la fois extrêmement familier et presque nouveau pour une partie de ceux qui l’écoutent.



















