Florent Manaudou pense qu'il « sera toujours nageur » après les JO 2020 (même s’il ne gagne pas)

INTERVIEW Le nageur Florent Manaudou, qui espère conquérir l’or olympique sur 50 mètres nage libre, a changé de méthodes d’entraînement pour éviter le burn-out

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

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Florent Manaudou, de retour dans les bassins après trois ans de pause, prépare les JO de Tokyo en « s'amusant »
Florent Manaudou, de retour dans les bassins après trois ans de pause, prépare les JO de Tokyo en « s'amusant » — C. Saidi / SIPA
  • Près d’un an après l’annonce de son retour, Florent Manaudou fait le point sur sa préparation pour les Jeux olympiques de Tokyo.
  • Le nageur, qui partage son temps d’entraînement entre Marseille et Antalya (Turquie), estime prendre désormais plus de « plaisir » à l’entraînement.
  • Il compte d’ailleurs poursuivre sa carrière de nageur après les JO. « Si je suis dans le même état physique et mental », précise à « 20 Minutes » le champion olympique.

Des biscuits Oreo en guise de petit-déjeuner. Une bière à midi pour faire passer les frites mayo. Florent Manaudou ne sera ni l’ambassadeur de la gastronomie française, ni le responsable diététique de la délégation aux JO de Tokyo. Mais le nageur marseillais se verrait bien porte-drapeau. A cinq mois des Jeux, il raconte à 20 Minutes les coulisses de sa préparation, en marge d’un évènement organisé par son équipementier Arena.

Avez-vous retrouvé le plaisir de vous entraîner ?

Ce n’est pas le même genre d’amusement qu’au handball : il n’y a pas de ballons, pas de copains, pas de buts. Mais il y a plus de fun que dans ma précédente carrière. Sur les 300 jours de l’année que l’on passe dans l’eau, il n’y en a que quatre ou cinq qui sont intéressants en compétition. Donc si on ne prend pas de plaisir à l’entraînement, c’est compliqué.

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Le handball ne vous manque pas ?

Si si ! Mais il faut faire la part des choses. Si je prends un ballon, que je fais un shoot et que je me blesse, mon coach ne sera pas très content, donc j’essaye d’être un peu plus sage qu’avant (rires).

Avez-vous changé vos habitudes en dehors du bassin ?

Quand on commence une semaine, si on n’a pas décompressé du week-end, on n’est pas performant dans l’eau. Moi, en tout cas. J’ai besoin de m’évader, de boire des coups avec mes potes.

Et même de fumer une petite cigarette de temps en temps ?

J’essaye de ne pas le faire, parce que c’est compliqué pour les poumons. L’alcool est plus facile à évacuer je pense. (Sèchement) Donc je ne fume pas.

Quel bilan faites-vous de votre saison en ISL [une nouvelle compétition créée par le milliardaire ukrainien Konstantin Grigorishin] ?

Plutôt bon car notre équipe [Energy Standard] a gagné en étant invaincue. C’était cool de nager contre des concurrents que je vais retrouver en finale olympique – si j’y suis. Le format est génial, il n’y a pas de coupure, un peu plus de show. On a réussi à créer une vraie équipe. On le voyait après les compétitions. Quand on va boire un verre et que tout le monde vient, c’est qu’il y a un bel esprit d’équipe.

Le fait que cette compétition soit ultra lucrative la rend aussi très intéressante ?

(Il coupe) Ultra lucrative, on n’est pas le foot ni le tennis. C’est vrai qu’on gagne un peu plus d’argent que sur les autres compétitions, encore faut-il gagner des courses et c’est dur contre les meilleurs du monde ! C’est bien pour nous d’avoir un peu plus d’argent à la clé car quand les carrières s’arrêtent, on se retrouve dans le vide : le fait de pouvoir rentabiliser notre carrière, ça nous fait plaisir.

Allez-vous reparticiper à l’ISL la saison prochaine ?

J’espère, oui. Ça devrait commencer début septembre, assez tôt. C’est dur de se projeter sur l’après JO, il y aura une coupure mentale après les Jeux mais je pense que je serai toujours nageur en septembre.

Vous le pensez ou vous en êtes sûr ?

Vous n’aurez pas la réponse (rires). Je ne suis jamais sûr : si je me blesse, par exemple. On ne sait jamais ce qui peut se passer après une grande compétition. J’ai envie de continuer, donc si je suis dans le même état physique et mental, je serai nageur. Mais il peut se passer plein de choses : dire maintenant que je suis sûr et finalement passer pour un con en arrêtant, ça ne sert à rien. Donc on verra. Mais il y a beaucoup de chances que je sois encore nageur en septembre.

Même si vous ne gagnez pas l’or olympique ?

Le résultat des Jeux ne sera pas décisif pour ma future carrière.

Beaucoup de nageurs ont vécu dans leur carrière une sorte de burn-out… C’était votre cas après Rio ?

On peut dire ça comme ça, oui. Avec l’expérience, en coupant quand j’ai envie de couper, en parlant avec mes coachs sans être fermé sur moi-même, c’est plus simple d’éviter ça. Avec des compétitions comme l’ISL, on voyage, on voit des choses, on rencontre des gens et il y a moins de lassitude. Donc, forcément, le burn-out est moins présent.