Natation : « Il a la dalle ! », où en est Florent Manaudou après son grand retour avec l'équipe de France ?

COME-BACK Trois ans après Rio, Florent Manaudou a retrouvé l'équipe de France lors des championnats d'Europe à Glasgow

Aymeric Le Gall

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Florent Manaudou, lors des championnats d'Europe à Glasgow, le 6 décembre 2019.
Florent Manaudou, lors des championnats d'Europe à Glasgow, le 6 décembre 2019. — NEIL HANNA / AFP

C’est le come-back le plus attendu dans la perspective des JO 2020, l’été prochain à Tokyo. Trois ans et quatre mois après sa dernière apparition en équipe de France, c’était en finale olympique du 50 m à Rio avec une médaille d’argent autour du cou, Florent Manaudou s’est lancé un défi taille patron : aller décrocher l’or au JO, après une parenthèse handballistique de deux ans et dix mois à Aix-en-Provence. Cette semaine, à Glasgow, le recordman mondial du 50 m nage libre (en 2014, avec une course à 20’'26) a donc retrouvé ses potes lors des championnats d’Europe, l’occasion parfaite pour dresser un premier bilan.

A l’arrivée, malgré une élimination dès les séries lors du relais 4x50m 4 nages masculin dimanche, la semaine du Français a quand même de l’allure. L’argent sur 50 m nage libre vendredi, une cinquième place en finale du 50 m papillon et une médaille de bronze sur le relais mixte 4x50 mètres samedi, vous avouerez qu’on a connu pire retour au premier plan. Mais le nageur est exigeant et il lui en faudra plus pour avoir totalement le smile. « J’ai limite oublié que j’avais arrêté pendant trois ans et ça m’énerve d’être à quatre dixièmes de mon meilleur temps », disait-il dans L’Equipe après avoir raflé la breloque en argent.

Manaudou se redécouvre dans l’eau

« On ne va pas pleurer sur cette médaille même si évidemment on voulait l’or, dira son entraîneur James Gibson, qui l’avait mené au sacre olympique en 2012, dans L’Equipe. Il faut regarder le chemin parcouru. Cette compétition lui permet surtout de se réhabituer à enchaîner les tours, disputer des séries, demies et finale comme aux Jeux. Il a montré qu’il était costaud sur toutes les compétitions et c’est important. » Le 5 octobre dernier, il claquait même, le plus tranquillement du monde, la meilleure performance de l’année sur 50 m petit bassin (20’77''), à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle Ligue International à Indianapolis.

Après son relais samedi, Manaudou a pu faire un état des lieux de la cave au grenier afin de jauger sa marge de progression à sept mois de Tokyo : « J’avais l’impression de voler sur l’eau entre guillemets, pas en termes de vitesse, mais de sensations, a-t-il déclaré en zone mixte samedi. Je ne suis pas crispé, ça fait du bien. J’ai une nage complètement différente d’hier et j’aimerais avoir ce type de nage en individuel. Pour l’instant, je n’y arrive pas. J’ai besoin de nager, d’enchaîner les courses, les départs, les coulées. »

Tout juste de retour de Glasgow, son agent Jean-François Salessy, joint par nos soins, s’est dit « heureux du niveau affiché » par le natif de Villeurbanne : « Il avait le sourire et une grande sérénité. Cette semaine lui a permis de retrouver de bons repères techniques avant de passer dans le grand bassin. Il est dans une phase de redécouverte de sa natation et je trouve qu’il a fait de gros progrès, notamment au niveau du chrono. »

Quelques kilos à perdre ?

Si, comme Gibson, il espérait aussi secrètement la médaille d’or sur le 50 m nage libre, « voire un record vu son niveau lors de l’ISL [l’International Swimming League] », à Naples en octobre, Salessy y voit paradoxalement un mal pour un bien. « C’est un compétiteur et j’aime l’idée qu’il ait pu être piqué au vif après ce week-end. » Un discours cohérent avec celui Manaudou, qui expliquait au Monde aimer son nouveau rôle.

« Je ne suis plus le chassé mais le chasseur. Le matin, je me réveille en pensant à mes adversaires qui vont plus vite que moi et j’ai envie de les battre. C’est plus motivant que d’essayer de se battre soi-même. Mon approche a un peu changé, dans le sens où j’ai plus envie de gagner qu’en 2016, j’ai un peu ce truc animal. »

Son autre coach, Julien Jacquier du Centre des nageurs de Marseille, qui partage la garde du (beau) bébé avec Gibson, commence lui aussi à retrouver la machine qu’il a connue par le passé. « Il y a quelques jours, Julien m’a dit. "Ça y est, tu commences à redevenir un poisson", racontait-il à l’AFP début octobre. C’est une petite phrase qui m’a fait plaisir parce que jusque-là j’étais très dense, très lourd dans l’eau. Pas très souple. Je ne l’ai jamais été, mais je l’étais encore moins… » Faut dire aussi qu’entre le Manaudou d’hier et celui 2.0 d’aujourd’hui, six kilos sont venus s’ajouter à la fête pour un total de 105 kilos sur la balance. « Il a gagné en puissance dans les jambes mais il m’a confié qu’il se trouvait trop lourd, conclut son agent. Mais on ne se fait pas trop de souci pour lui, je le sens très bien, il a la dalle ». Lors des championnats de France en petit bassin la semaine prochaine, l'heure sera venue de passer à table.