Garde alternée : Entre Antalya et Marseille, l'épicurien Florent Manaudou n'est pas devenu un ascète
NATATION•Florent Manaudou partage son temps d'entraînement entre Antalya et Marseille. Après des semaines intenses en Turquie, il a en général besoin de décompresser un peu à MarseilleJean Saint-Marc
L'essentiel
- Depuis qu’il a repris la natation, en mars dernier, Florent Manadou a mis en place une organisation atypique : une sorte de mi-temps entre les infrastructures d’Energy Standard, en Turquie, et celles du Cercle des nageurs de Marseille.
- Le champion olympique du 50 mètres nage libre apprécie la « liberté » qui lui est laissée par ses entraîneurs lorsqu’il est à Marseille.
En Turquie, Florent Manaudou est dans une bulle. Dans le grand bain. A Marseille, il retrouve son biotope familier. Depuis son retour dans les piscines en mars, le champion olympique a construit son équilibre dans une organisation atypique – et coûteuse en carbone. Florent Manaudou partage son temps d’entraînement entre Antalya et le Cercle des nageurs de Marseille.
Quand il n’est pas en compétition, comme ce week-end pour la finale de l’International Swimming League (ISL) à Las Vegas, Manaudou effectue donc « une sorte de mi-temps », comme le résume Jean-François Salessy, proche à la triple casquette. Il est à la fois l’agent de Manaudou, le manager d’Energy Standard (son équipe en ISL) et l’ancien boss du Cercle des nageurs de Marseille.
« Beaucoup de liberté » à Marseille
Le prestigieux club marseillais offre à Manaudou « beaucoup de liberté », selon le nageur lui-même : « Je ne pourrais plus m’en passer, a-t-il déclaré début décembre. Mais je n’aurais pas été capable de faire ce que je fais aujourd’hui quand j’avais 21 ans, parce que j’étais un peu moins sérieux… » A l’époque, « Flo » se faisait parfois porter pâle pour les séances matinales de fin de semaine. « Je crois qu’il n’a pas manqué un seul entraînement depuis qu’il a repris », assure Salessy. L’épicurien Manaudou n’est pourtant pas devenu un ascète.
« En Turquie, il n’y a pas vraiment de distraction possible, reprend Salessy. Florent reste en huis clos avec le groupe Energy Standard, mange au resto de l’hôtel qui est uniquement axé sur la diététique. Il est 100 % "focus". Après 15 jours comme ça, il a besoin de retrouver ses copains, d’aller au cinéma, de boire un petit coup ou de manger une bonne côte de bœuf ! » »
Aussitôt, l’agent de Manaudou précise : il n’évoque pas là des sorties dantesques en boîte, mais des « petits plaisirs sociaux. » Florent Manaudou a trouvé un rythme différent de sa première vie de nageur : il consacre plus de temps à ses proches et à ses activités extra-sportives, comme le restaurant qu’il possède sur le Vieux-Port.
« On prend le temps de plaisanter, de jouer »
« Florent a besoin de souffler un peu, de ne pas penser uniquement à la natation, embraye Julien Jacquier, son entraîneur au Cercle. Les deux environnements sont complémentaires : en Turquie, une vision anglo-saxonne, très stricte. A Marseille, un groupe qui partage sa culture, où on prend le temps de plaisanter, de jouer. »
Un groupe moins relevé, aussi. Au Cercle, personne ne taquine Florent Manaudou sur 50 mètres. A Antalya, face à Ben Proud ou Chad Le Clos, « c’est la compétition en permanence. Mais il faut une sacrée énergie pour battre tout le temps les mecs, dans l’eau, en muscu, tous les jours », conclut Jacquier.
« Ce n’est jamais bon pour un sportif d’être à 100 % concentré sur sa discipline, c’est un piège », estime Thomas Sammut, préparateur mental de Manaudou. Il trouve son poulain plus épanoui que jamais, malgré la fatigue psychologique et physique engendrée par des déplacements à répétition. « Ça le fait vibrer de nager en ISL, dans un format funky et cool, conclut le coach mental. Et Flo, c’est quand il est vraiment équilibré en tant qu’individu qu’il est redoutable. »


















