VIDEO. On a parlé guitare, déprime à l'entraînement... et JO avec Florent Manaudou: «J'ai envie de gagner les Jeux à Paris!»

INTERVIEW Florent Manaudou apprenti-guitariste et néo-handballeur, n'a pas abandonné ses ambitions en natation. Mais il n'est pas sûr d'être prêt mentalement à replonger... 

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

— 

Manaudou le nageur, le guitariste et le handballeur se confie.
Manaudou le nageur, le guitariste et le handballeur se confie. — Photos AFP, SIPA et 20 Minutes
  • «20 Minutes» est allé voir Florent Manaudou au Cabaret L'Etoile Bleue, à Marseille, où il a participé à un hommage à France Gall.
  • Le sportif s'est ensuite longuement confié sur sa pause dans sa carrière de nageur professionnel. 

Il a le regard vissé sur le manche de sa guitare, et l’air concentré du bon élève qui ne veut pas louper un accord. « Mais alors c’est lui, Manaudou ? » demande, dans la salle, un grand-père pas très au fait de l’actualité pipolo-sportive. Il y a de quoi s’y perdre, effectivement : Florent Manaudou, nageur, handballeur, acteur est désormais aussi guitariste. Son ami Manoah Michelot, patron du cabaret L'Etoile Bleue, l’a invité sur scène pour un hommage à France Gall. 20 Minutes y était, et en a profité pour discuter avec le plus polyvalent des sportifs marseillais.

Etes-vous content de votre prestation à la guitare ?

Il y avait un accord qui ne passait pas ! Mais quand on est avec une bonne pianiste et une bonne chanteuse, ça aide… En tout cas, c’était mieux que la dernière fois. En décembre, c’était ma première en public, j’étais plus stressé qu’avant une finale olympique ! Parce que quand tu es sur le plot, t’as bossé 20 ans pour ça, tu sais comment la course va se passer. Là, j’ai eu trois jours pour apprendre les accords... Je joue de la guitare comme ça, pour le plaisir…

>> A lire aussi : VIDEO. Florent Manaudou va jouer du France Gall sur scène... «Il n'est pas mal du tout à la guitare!»

Pas de reconversion en vue à la Yannick Noah, donc ?

Pas du tout ! Je fais ça pour m’amuser. Au début, c’était quand je nageais : la musique, c’était mon exutoire. Je jouais quatre heures par jour, je voulais à tout prix pouvoir jouer des morceaux entiers. C’est mon côté sportif, on veut tout de suite arriver à son objectif. La chance que j’ai, c’est que j’apprends très vite. Bon, je me lasse vite aussi…

Vous cherchez un peu votre voie, en ce moment ?

Mon activité principale, c’est le handball : je m’entraîne tous les jours. Ça me donne un cadre, ça permet de rester dans un mode de vie sain ! Mais le handball, c’est ce qui me prend le plus de temps... Mais c’est aussi ce qui me rapporte le moins ! Comme je ne suis pas au haut niveau en handball (il joue en quatrième division, à Aix), j'ai plus de libertés qu'avant. Je voyage plus, et ça me laisse plus de temps pour faire de la musique, de la moto, j’ai passé mon permis bateau… Et j’ai joué dans une série !

Ce n’est pas frustrant de pratiquer un sport sans être au top niveau ?

Pas du tout. Ce qui est frustrant, ce sont les petites blessures, parce que mon corps n’a pas l’habitude : J’avais arrêté le hand à 12 ans, je devais peser 45 kilos… Maintenant, j’en fais 104, alors les chocs quand je cours, c’est plus compliqué ! Mais je prends beaucoup de plasir au handball, à l’entraînement… Surtout quand on vient de sport comme la natation, où, justement, il n’y a pas de plaisir.

Il n’y en avait plus du tout ?

Pas à l’entraînement, non. Avant ma finale olympique, je me souviens m’être dit, dans la chambre d’appel : “Allez, c’est bon, c’est fini, au bout de celle-là, je relâche enfin !” C’est peut-être con de penser ça et c’est peut-être ce qui m’a manqué pour gagner (il a remporté l'argent sur 50 mètres nage libre).

Quand j’ai commencé au hand, les mecs me disaient “ah tu vas voir, cet exercice est chiant !” Mais il y a un ballon, des coéquipiers… C’est toujours moins chiant que le plus ludique des exercices en natation ! En tout cas, tous les gens qui m’ont connu nageur me disent que j’ai l’air plus heureux qu’avant… Donc je pense avoir pris la bonne décision.

La question d’un retour à la natation, vous vous la posez ?

Je me dis que physiquement, si je reviens, je serai là. La question, c'est “est-ce que j’aurais envie de m’entraîner”. Je ne suis pas sûr d’être prêt à ça, pour l'instant.

Même pour les Jeux Olympiques ?

Bien sûr que j’ai envie de faire les Jeux ! J’ai envie de gagner les Jeux à Paris, c’est le rêve de tout le monde. Mais si j’y retourne, c’est pour essayer de gagner, pas pour faire une finale ! Je pense qu’en trois mois, je retrouverai les 90 % de mon potentiel… Sauf qu’il faut trois ans pour retrouver les 10 autres. Ces trois ans vont être durs…

C'est ce délai des trois ans que vous vous êtes fixé ?

La deadline, si tu veux devenir champion olympique, c’est minimum trois ans. Donc la question, c’est pas 2020, parce que là, je m’amuse. C’est sûr que Paris-2024, c’est tentant… Ça veut dire qu’il faudrait reprendre à l’été 2021, dernier délai !

En 2024, j’aurais 33 ans, le mec qui m'a battu à Rio en avait 35… Et des gens qui sont revenus, j'en connais plein, dont ma soeur. Donc c’est possible. Mais il faut que ce soit possible dans la tête pour que ça le soit dans le corps !