OM-ASSE : Malgré des chants homophobes, le match n’a pas été interrompu à la satisfaction des joueurs et supporters

FOOTBALL Des chants insultants – les mêmes qui ont provoqué plusieurs interruptions de match – ont résonné lors d’OM-ASSE. Le match n’a pas été arrêté. Une bonne chose selon les fans et les acteurs

Au stade Vélodrome, Jean Saint-Marc

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Les mots «enc***» ou «pé**» font partie du vocabulaire courant au Vélodrome.
Les mots «enc***» ou «pé**» font partie du vocabulaire courant au Vélodrome. — C. Simon / AFP
  • Plusieurs chants homophobes ont été entonnés par les supporters marseillais, ce dimanche, lors d'OM-ASSE.
  • Les South Winners et les Fanatics ont déployé des banderoles protestant contre les nombreuses sanctions prises récemment contre les supporters. 
  • Le match n'a pas été interrompu, ce qui satisfait plusieurs joueurs et les fans marseillais. 

On se dit parfois qu’on a de la chance de bosser en presse écrite. Une demi-heure après OM-ASSE ( 1-0), nous voilà sur le parvis du Vélodrome en pleine discussion, intelligente et civilisée, avec trois membres des South Winners. A dix mètres de nous, quinze écervelés se mettent à hurler autour d’une caméra de télévision, perturbant l’interview d’un confrère : « Paris, Paris, on t’enc***. »

« Tu vois, c’est du classique, tu ne peux rien faire contre ça », lâchent Quentin, Alexandre et Enzo. « C’est presque affectueux à Marseille », estime Agnès. « J’entends ça depuis les années 1970 », embraye Denis. C’est vieux comme le foot mais ça n’empêche pas d’y réfléchir : homophobe ou pas ?

« Le mot "enculé" renvoie à une pratique assumée quelle que soit l’orientation sexuelle »

On peut débattre longuement du caractère homophobe de ce premier chant, beaucoup entendu, ce dimanche, dans sa variante anti-stéphanoise («Les Verts, on t’enc*** »), anti-LFP ou anti-Eyraud. Dans La Provence, ce dimanche matin, le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus rappelait avec finesse que « le mot "enculé" renvoie à une pratique assumée quelle que soit l’orientation sexuelle… Sauf à porter un jugement moral, il est absurde de considérer qu’il s’agit d’un terme homophobe. »

Il est en revanche plus compliqué d’assurer que le refrain « il faut tuer ces pé*** de Stéphanois » relève du folklore et non de l’homophobie. Ce dernier a pourtant résonné plusieurs fois ce dimanche, notamment dans le virage Nord. Même chose pour « qui ne saute pas est un pé** ! »

« J’ai cru qu’on était bons pour une interruption »

Ces chants ont déjà provoqué des interruptions de matchs, cette saison, en Ligue 1 ou en Ligue 2. Mais pas ce dimanche à Marseille, à la grande surprise des observateurs. Même dans les tribunes, on s’est étonné. « A la troisième minute, quand l’arbitre a trifouillé son oreillette, j’ai cru qu’on était bons pour une interruption », avoue William. Ce n’était qu’un problème technique avec le VAR.

« J’ai vraiment eu peur qu’il arrête le match, embraye Thomas, lui aussi installé en Jean-Bouin.. Parce que si tu arrêtes le match au Vélodrome à la première insulte, ça s’envenime, tout pète et on finit la saison en Ligue 2 ! »

Les délégués de la Ligue et l’arbitre ont-ils voulu calmer le jeu après plusieurs semaines de quasi tolérance zéro ? Un seul match, Metz-PSG, a été interrompu lors de cette quatrième journée de Ligue 1. « Ont-ils compris que c’était de bonne guerre, qu’il n’y avait aucune idée homophobe là-dessous ? » s’interroge Alexandre, un minot des South Winners. « En tout cas nos banderoles étaient plutôt bien tournées, ce n’était pas trop violent », poursuit-il. Pas forcément très fin non plus, mais pas discriminatoire :

  • « La LFP se sert de l’homophobie pour sodomiser nos libertés. A Paris, vous avez toujours des prétextes en bois de Boulogne pour nous la mettre », ont lancé les South Winners avant le coup d’envoi.
  • « Des fumis contre l’homophobie. Nous sommes seulement liguophobes, on a le droit ? ! », ont ajouté les Fanatics en deuxième mi-temps.

Depuis le début de saison, quand un groupe de supporters sort une banderole, les dirigeants et les staffs tremblent. « Je m’étais préparé à une interruption, je m’attendais à ce qu’il y ait des provocations, a reconnu l’entraîneur stéphanois Ghislain Printant. J’avais préparé les joueurs, car c’est toujours pénalisant pour eux quand les matchs sont arrêtés. » Il estime que les délégués et l’arbitre ont pris la bonne décision : « C’est bien que le match se soit déroulé normalement. »

« Tant mieux pour le jeu et pour le spectacle, c’était la bonne décision », salue aussi son jeune milieu Zaydou Youssouf. A 20 piges, il découvrait l’ambiance bouillant du Vélodrome… Quand Steve Mandanda vivait son 400e match sous le maillot de l’OM. « Ça restait quand même bon enfant ce soir, sourit le capitaine et gardien olympien. C’est bien que le match n’ait pas été arrêté. »

Jacques-Henri Eyraud fanfaronne

Le président olympien Jacques-Henri Eyraud a lui carrément profité de l’occasion pour fanfaronner : « J’avais lu dans la presse que l’atmosphère allait être électrique, que ce match allait être interrompu. On nous avait promis l’enfer, et on n’a pas vu de débordements, mais une ambiance exceptionnelle. »

Faut-il mettre au palmarès de l’OM ce match sans interruption ? On saura dans quelques semaines si ce week-end marquait un infléchissement dans la politique de lutte contre l’homophobie des instances du football. Ou s’il s’agissait d’un traitement de faveur envers Marseille. Vous avez bien lu. Et vous pouvez vous énerver dans les commentaires. Mais on reste poli et on ne s’en prend à la sexualité de personne, d’accord ?