Ecosse-France: Enthousiasme et émulation... Avoir ouvert la porte du Mondial aux réservistes, la vraie bonne idée du staff bleu

RUGBY En vue lors du premier match contre l'Ecosse, les réservistes du XV de France font office de bonne surprise de cette préparation pour la Coupe du monde 2019

William Pereira

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Annoncé réserviste, Charles Ollivon (à gauche), fait partie des gagnants de cette préparation
Annoncé réserviste, Charles Ollivon (à gauche), fait partie des gagnants de cette préparation — LIONEL URMAN/SIPA

Grand dieu ce qu’on a pu râler, le 16 juin dernier et l’annonce de la liste des 37 joueurs convoqués par Jacques Brunel pour préparer la Coupe du monde au Japon. Sur les absences de Parra et Bastareaud, d’abord, puis sur ce système de réservistes dont on avait du mal à saisir le concept. En plus des 31 titulaires, six gars partaient avec un train de retard sans être réellement exclus de la liste finale, celle que le staff des Bleus devra transmettre avant le 2 septembre à World Rugby.

« Des certitudes, je n’en ai pas souvent, se justifiait Jacques Brunel. J’essaye de ne pas trop en avoir, cela me permet de me poser des questions. Le petit avantage qui leur a été attribué au début (aux 31 partants théoriques) peut s’inverser si jamais celui qui est considéré partant ne remplissait pas les conditions. » L’imprécision des propos et le manque d’assurance de l’orateur au pupitre donnaient à cette phrase un goût de fausse excuse, d’enrobage censé masquer une décision prise au pif, pour ne pas faire comme en 2015. On a tellement tapé sur le système et ce staff qu’il faut bien reconnaître qu’on s’était gourés. Et quand bien même ce serait le fruit d’un heureux hasard, les premiers résultats sont là, et on commence à comprendre le choix d’avoir laissé entrouverte la porte du Mondial aux réservistes. On parle des Rattez, Belleau mais surtout Baille, Cros et Ollivon.

Les suppléants ont les Cro (c) s

Il apparaît clair que « les conditions » dont parlait Brunel étaient celles du jeu intense et mobile voulu par Fabien Galthié et auquel les deux derniers joueurs cités ont parfaitement répondu lors de leur titularisation contre l’Ecosse (32-3). Brunel, après le match à Nice : « bien sûr qu’ils ont été hauteur de ce qu’on attendait. S’ils sont là, c’est qu’ils ont des qualités, et ils ont su les montrer ». Et si Cros ne sera pas de la revanche malgré une belle prestation la semaine dernière, retour d’Iturria oblige, Ollivon a lui été reconduit par le staff en troisième ligne à Édimbourg. Preuve que les réservistes auront leur mot à dire jusqu’au bout. Une aubaine, nous dit l’ancien troisième ligne Olivier Magne.

« J’y vois une forme de justice envers des joueurs qui correspondent parfaitement à ce que veut mettre en place Fabien Galthié. Les joueurs réservistes étaient le plus à même de mettre en place la circulation offensive. Les Cros, Aldritt, Ollivon, Iturria sont capables de faire des choses qui correspondent à un jeu beaucoup plus actuel. »

 

Si elle répond à un besoin tactique, l’utilisation des réservistes a également vocation à créer une émulation particulièrement utile pendant une préparation physique à la limite du supportable. Il serait inopportun de se relâcher alors qu’une horde de jeunes menace de vous bouffer tout cru à la moindre baisse de régime. Car Cros a beau prêter allégeance au groupe qu’il aille ou non au Japon – « à la fin, il y aura six mecs qui resteront à la maison. Si ça m’arrive, je ne serai pas déçu. Si j’y suis, tant mieux, si je n’y suis pas, je serai le premier supporter de l’équipe » – le réserviste est par définition un mort de faim, dans le bon sens du terme. Olivier Magne : « Ce sont des joueurs qui ont cette idée qu’ils ne sont pas indéboulonnables, ils sont là pour batailler et cet état d’esprit est forcément positif. »

Titou Lamaison ne dira pas le contraire. Pris dans la folie sécuritaire du G7 de son Pays Basque, l’ancien n°10 du XV de France trouve un moment pour se souvenir de l’époque où il n’était qu’un second couteau dans une équipe en manque de certitudes à l’aube de la Coupe du monde 1999 – toute ressemblance avec une autre équipe de France de rugby est fortuite. Attention, roman :

« Dans une carrière, on ne joue pas 30 fois une Coupe du monde, donc on relativise, on essaye de prendre du plaisir, de mesurer sa chance, j’étais dans cet état d’esprit en 1999. Mais après on n’est pas fous, on est aussi là pour voir quel rôle on peut jouer. J’ai donc sollicité un rendez-vous avec l’entraîneur (Pierre Villepreux) pour voir à quoi je pouvais aspirer. Il m’a dit que j’étais le troisième rôle pour le poste de numéro 10, que j’étais là pour observer et que je ne pouvais pas prétendre à jouer un match. Il est évident qu’en sortant de ce rendez-vous j’étais en colère. Mais il n’y avait pas d’équipe type qui ressortait et dans ces cas-là on le sent et on fait en sorte de montrer ce qu’on sait faire à chaque entraînement. Au bout du compte, l’équipe qui joue contre le Canada cette année-là n’est en aucun cas celle qui tape les All-Blacks. »

Les perdants de l’histoire : Guitoune, Picamoles et Huget

La belle histoire peut faire rêver réservistes et jeunes voués à jouer des rôles mineurs, mais aussi faire flipper les anciens. Louis Picamoles (sorti du banc pour entrer en jeu à Nice), Yoann Huget et Sofiane Guitoune ne figurent ainsi pas dans le groupe pour le déplacement à Édimbourg et peuvent commencer à s’inquiéter pour leur place dans le groupe, même si on sait que l’ailier toulousain et le Montpelliérain font l’objet d’une gestion minutieuse par le staff en raison de légers pépins physiques.

« J’espère que Picamoles va au moins avoir sa chance de s’exprimer pour le collectif, car il fait parti de ces joueurs dont on connaît la qualité », souffle Magne. A l’inverse, on peut aussi se dire que Brunel et Galthié continuent d’aligner les Ollivon et compagnie pour trancher le cas des suppléants avant la date butoir. Car rappelez-vous, Jacques est un homme d’incertitudes.