Coupe du monde: «Avec le staff, on a fait ce qu'il fallait»… Diacre avoue l'échec sportif (mais ne montre aucun regret)

FOOTBALL Malgré l'élimination prématurée, la sélectionneuse tricolore estime avoir «fait ce qu’il fallait»

Aymeric Le Gall

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Corinne Diacre, la mine défaite, après l'élimination contre les Etats-Unis.
Corinne Diacre, la mine défaite, après l'élimination contre les Etats-Unis. — Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
  • Si Corinne Diacre a admis que l’élimination des Bleues est "un échec sportif", elle n’a pas souhaité faire trop de reproches à son groupe.
  • Pour la sélectionneuse, elle et son staff n’ont pas de regrets à avoir après la défaite face aux Etats-Unis.
  • Pourtant, après une aventure finalement mitigée, il y en a des choses à dire et des questions à se poser.

De notre envoyé spécial au Parc des Princes,

Pour Corinne Diacre, le retour de boomerang est violent. A l’image de la déception qui se lisait sur son visage à son arrivée en conférence de presse, après l’élimination de son équipe en quart de finale du Mondial 2019. Elle qui n’avait cessé de répéter que seule la victoire finale, le 7 juillet à Lyon, serait belle, la voilà obligée d’avouer que le parcours des Bleues « est un échec sportif ». « Il ne faut pas se cacher, on est loin de notre objectif », a-t-elle ajouté.

La sélectionneuse avait toujours affirmé qu’elle souhaitait ne pas vivre d’émotions avant cette date cochée depuis un bail sur son calendrier. Force est de constater que d’émotions, il n’y aura pas, sinon des négatives, après une Coupe du monde qui nous laisse quand même pas mal sur notre faim. « Tant que je gagne, j’ai raison », avait sourit Corinne Diacre avant le huitième de finale victorieux face au Brésil. Vendredi soir, l’ancienne coach de Clermont a donc fini par avoir tort.

Pas de regrets, vraiment ?

Mais elle ne l’a finalement pas dit, ou pas trop fort : « On a joué les Etats-Unis quand même… Je ne vais pas me dédouaner, me chercher des excuses, ce n’est pas le genre de la maison, mais jouer les USA en quart quand on est pays hôte, c’est pas un cadeau. Mais bref… Avec le staff, on n’a pas de regrets, on a fait ce qu’il fallait. On va faire le bilan dans les prochains jours, se poser, réfléchir. Des choses ont fonctionné, d’autres moins. Il faut laisser retomber un peu la pression, réagir à chaud, ce n’est pas toujours bon. »

C’est pourtant ce qu’on se doit de faire, après une sortie prématurée au goût amer. Amer, parce qu’on n’a cessé de le dire tout au long de l’aventure des Bleues, l’équipe de France nous a clairement laissés sur notre faim. A part cette très bonne deuxième période face aux Etats-Unis, et éventuellement lors des prolongations face à la Seleçao, le jeu des Bleues a manqué de trop de choses pour espérer aller plus loin dans cette Coupe du monde. Et certains choix de Corinne Diacre, qui a choisi de mourir avec ces idées, peuvent parfois laisser songeur.

Des choix qui posent question

Pourquoi maintenir coûte que coûte son 4-2-3-1, quand la forme physique de certaines joueuses (notamment Eugénie Le Sommer, pour ne pas la citer) devenait un frein à la bonne marche de ce système ? Pourquoi ne pas avoir testé – ce qu’on aurait beaucoup aimé – la Lyonnaise dans un rôle de faux numéro 10, à la place d’une Gaëtane Thiney quasi fantomatique durant tout le mois de juin ? D’autant qu’on sait que Le Sommer préfère jouer dans l’axe et n’avait pas les cannes pour tenir son rôle à gauche, au sortir d’une saison harassante avec Lyon. Et pourquoi attendre si tard pour faire entrer du sang neuf, comme ça a encore été le cas face au Brésil et de nouveau vendredi soir ? Voilà un peu les questions qui nous viennent à l’esprit, à chaud, et que l’on prendra le temps de développer dans les jours à venir.

Concernant Le Sommer, justement, Corinne Diacre dit, là non plus, n’avoir « aucun regret ». « Elle n’était pas blessée, elle l’a été mais elle a été bien soignée depuis. Après, ça a tronqué sa préparation, donc ça n’a pas aidé, a-t-elle tout de même admis. C’est vrai qu’elle n’a pas été au top de sa forme sur la compétition. On peut se demander, quand on voit la saison de l’OL et sa réussite, avec la Ligue des champions, si on peut enchaîner une deuxième compétition de haut niveau après une saison comme celle-là… » 

Wendie Renard ouvre la brèche

La boss de l’équipe de France n’a pas hésité à pointer du doigt, à raison, il faut bien le reconnaître, les « quelques joueuses qui étaient encore en deçà de leur potentiel. Quand on n’est pas à 100 %, c’est compliqué, encore plus quand c’est les USA en face. » On ne saura pas de qui elle parlait mais, notre main à couper que Wendie Renard faisait partie du lot. Après avoir perdu le brassard de capitaine au moment de la prise de fonction de Diacre dans des conditions qu’elle avait peu goûtées, la Lyonnaise n’a jamais caché que ses relations avec la sélectionneuse avaient parfois pu être un peu tendues.

Jusqu'ici, les deux femmes avaient mis leurs différends de côté pour ne se focaliser que sur la quête du titre mondial. Une fois l'objectif réduit à néant, Renard n’a pas eu trop de scrupules à mettre une petite cartouche à son coach, coupable à ses yeux, si on lit entre les lignes, d'avoir manqué de sens tactique après la réduction du score de la Martiniquaise en fin de match. La défenseuse se serait bien vu rester aux avants postes pour placer un nouveau coup de casque salvateur. 

« C’est vrai que ça aurait été une solution, mais ce n’est pas moi qui décide. Tactiquement, on est passée à trois derrière et c’est vrai que ça aurait été une bonne opportunité de me laisser devant. Mais bon, ça n’a pas été décidé ainsi… »

Pas sûr, après cet échec, que les relations se détendent entre les deux. Mais pour ça il faudrait déjà que la sélectionneuse reste en poste. Sur ce point, Corinne Diacre s’est montrée très claire. « Je ne suis pas du genre à renoncer, a-t-elle clamé. Le président m’a fait confiance sur un bail long, maintenant c’est à lui que revient cette décision. » Noël Le Graët ne serait pas contre l'idée de prolonger le bail de l'ancienne Clermontoise, avec l'Euro 2021 en Angleterre en ligne de mire. D'ici là, Corinne Diacre aura eu tout le temps de faire son bilan à tête reposée.