Equipe de France: La suffisance des Américaines va-t-elle galvaniser les Bleues?

FOOTBALL Les Américaines abordent ce quart de finale contre les Bleues avec beaucoup de confiance en elles. Trop peut-être... 

Aymeric Le Gall

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L'Américaine Ali Krieger est sûre de la force de son groupe.
L'Américaine Ali Krieger est sûre de la force de son groupe. — SCOTT HALLERAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
  • Les Bleues affrontent les Etats-Unis en quart de finale de Coupe du monde, vendredi soir au Parc des Princes.
  • La défenseuse américaine Ali Krieger a affirmé que les Etats-Unis avait « la meilleure et la deuxième meilleure équipe du monde ».
  • Ce semblant d’arrogance pourrait permettre aux joueuses de l’équipe de France de trouver un surplus de motivation avant le match de vendredi.

Que les Etats-Unis soient la meilleure nation féminine de foot au monde, ça ne fait pas beaucoup de doutes. Qu’elles fassent preuve d’une immense confiance en elles, on peut aussi le comprendre. En revanche, quand cette « surconfiance » vire à la suffisance, il y a de quoi commencer à tiquer.

C’est un peu ce qui s’est passé après les déclarations en mode « gros melon » de la latérale américaine Ali Krieger, qui affirmait récemment en conférence de presse qu’elles étaient « la meilleure et la deuxième meilleure équipe du monde ». Comprendre par là : on vous prend toutes une par une, quand vous voulez, et avec n’importe quelles joueuses sur le terrain. Vous reconnaîtrez qu’on est très, très haut sur l’échelle de la suffisance.

Le trash-talking à l’américaine

« Ce genre de déclarations ne me choquent pas, on connaît le fighting spirit américain et ça en fait partie », rigole Laure Lepailleur, l’ancienne internationale française aujourd’hui consultante pour RMC Sport. Il faut dire que le trash-talking (littéralement le « parler poubelle », ou le chambrage, comme vous préférez) est un sport national aux Etats-Unis.

Comme le fait de souffler le chaud et le froid, visiblement. « Après, ça a été contrebalancé par Rapinoe qui, après la qualif contre l’Espagne, a déclaré que la France était favorite de ce match car elle jouait sur ses terres. Bon, on sait très bien que les Américaines, de par leur palmarès, de par leurs forces, seront favorites vendredi soir. Mais bon… », affirme Lepailleur.

Corinne Diacre reste de marbre

Foncièrement, ce type de déclarations qui sent bon l’ego surdimensionné, ça ne nous choque pas. Ça permet au moins de pimenter un peu cet avant-match France - Etats-Unis. Car si l’on comptait sur les conférences de presse de Corinne Diacre et d’Amandine Henry pour nous « ambiancer » tout ça, on ne serait pas arrivé. Là non plus, ce n’est pas une critique, on en revient simplement à la différence de culture entre nos deux pays. Ainsi, quand on a posé la question de cette gentille pique de Krieger, Corinne Diacre n’a pas réagi plus que ça.

Tout au plus a-t-elle avoué qu’elle ne se servirait pas de ces propos pour galvaniser son groupe lors de sa dernière réunion : « J’aurai beaucoup moins de travail vendredi durant ma causerie, parce que je ne vais vraiment pas avoir besoin de travailler l’aspect motivationnel. Les filles sont au taquet [rires]. Pour moi, autant il y a eu du travail en amont, autant s’il y a bien un levier sur lequel je ne vais pas intervenir, c’est bien celui-ci. Parce que les joueuses sont dedans, jouer les Etats-Unis, c’est juste énorme donc je vais être tranquille demain. »

Mardi, en conférence de presse, Sarah Bouhaddi avait été plus bavarde au sujet du petit taquet glissé par les Stars and Stripes, tout en se montrant cependant magnanime: «Je pense qu'elles ont été éduquées comme ça. Dès qu'elles sont petites, qu'elles commencent à faire du sport collectif, elles sont formatées pour parler comme ça, pour avoir une telle attitude. Maintenant, on les connaît et on ne s'attarde pas sur leurs discours. Ce qui sera important, c'est ce qui se passera sur le terrain. » Propre, net, ça joue. 

Du pain béni pour un coach

Tout le contraire de Patrice Lair, qui n’a pas, mais alors pas du tout, goûté l’American touch d’Ali Krieger. « C’est de l’arrogance et, personnellement, je n’aime pas ça. Que tu sois sûr de toi, je veux bien, mais là, t’as l’impression que même avec la réserve elles vont être championnes du monde. Avec ce genre de déclarations, tu peux avoir l’impression d’être un peu pris pour un jambon », dégaine le nouvel entraîneur de Guingamp et ancien coach des féminines du PSG.

Pour lui, les déclarations de Krieger sont du pain béni pour un sélectionneur : « A mon sens, quand t’entends un truc comme ça, tu t’en sers forcément. C’est un levier sur quelque chose de fort pour donner une sorte de supplément d’orgueil, du genre "oh, mais pour qui elles nous prennent ?". Après t’es pas obligé de t’en servir durant ta causerie, tu peux le garder pour la mi-temps si tu vois que ton équipe galère. T’en remets une petite couche et, tac, tu remets le feu dans les têtes, tu leur donnes un peu plus de niaque, de rage. »

Pour savoir si ce phénomène de gonflement des chevilles américaines est nouveau ou non, on a demandé à Laure Lepailleur si elle avait déjà ressenti ça lors de la demi-finale du Mondial 2011, lorsque les Bleues s’étaient fait éliminer après une défaite (3-1) contre les Etats-Unis. « Oui, reconnaît-elle. Même si pour le coup le contexte était vraiment différent. On jouait vraiment l’ogre américain alors que, nous, nous étions novices à ce stade-là d’une Coupe du monde. »

La France, « vrai premier gros test » pour les Stars and Stripes

Journaliste au New York Times, Christopher Clarey nous livre une autre lecture de cette affaire : « Je pense qu’elle n’a pas vu ça comme une provocation. C’était plus à destination de ses coéquipières que des Françaises, pour les inspirer, leur donner encore plus de motivation. Après, les Bleues peuvent s’en servir comme l’avaient fait les Suédoises avant leur match contre nous, même si ça n’avait pas trop marché. »

Tant qu’on le tient, c’est l’occas' de demander à notre confrère ce qu’ont pensé les Américains de cette remarque de Krieger. « Dire que tout le pays en parle, ça serait mentir. Ici, on parle surtout du clash entre Rapinoe et Trump. A mon avis, la plupart des Américains ne sont toujours pas au courant qu’on joue un quart de finale de Coupe du monde contre la France ! En revanche, ceux qui s’intéressent au foot savent que ça va être un match très compliqué. Ils respectent l’équipe de France et pensent que c’est notre vrai premier gros test de la compétition. » Et probablement le dernier. #KriegerStyle.