Coupe du monde féminine: «On ne comprend pas»... La Fifa ne voit pas où est le problème avec le VAR

FOOTBALL Au contraire, on est à 98,12% de bonnes décisions dans ce Mondial, nous a-t-on dit ce mercredi

Nicolas Camus

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Utilisation du VAR lors de France-Brésil, en 8e de finale de la Coupe du monde.
Utilisation du VAR lors de France-Brésil, en 8e de finale de la Coupe du monde. — Vanessa Carvalho/REX/SIPA
  • Les polémiques et incompréhensions ont été nombreuses au sujet de l'arbitrage vidéo depuis le début de la Coupe du monde. 
  • La Fifa a organisé un point presse consacré à ce sujet, mercredi. 
  • Pour le président de la commission des arbitres Pierlugi Collina, il n'y a pourtant pas grand-chose à redire, la vidéo a considérablement réduit le nombre d'erreurs lors des matchs. 

Droits dans leurs bottes. Pendant une heure et demie ce mercredi, les responsables arbitrage de la Fifa, le boss Pierluigi Collina en tête, ont défendu bec et ongles l’utilisation du VAR sur cette Coupe du monde féminine. En résumé, c’est un succès, et les polémiques sur la vidéo complaisante avec les grosses nations, les mains et les penalties à retirer parce que les gardiennes n’ont pas un pied sur la ligne pour quelques centimètres n’ont pas lieu d’être.

« Le VAR est là aujourd’hui. Et s’il voit quelque chose, on ne peut pas l’ignorer, justifie l’ancien sifflet italien. Si un outil permet de montrer sans aucun doute qu’il y a une situation illicite, peu importe qu’il s’agisse de deux centimètres ou de 20 mètres, il faut le prendre en compte. Il n’y a pas de petit ou de grand hors-jeu, il y a des hors-jeu, c’est tout. » Dit autrement, la vidéo n’en a rien à faire de vos émotions.

On va entrer un peu dans le détail, tout de même, parce que cette conférence de presse a été riche.

Plus d’interventions que lors du Mondial 2018

Selon les chiffres fournis, 441 situations ont été vérifiées par l’équipe d’assistance en cabine lors des 44 matchs disputés depuis le début de la compétition. Au final, l’arbitre s’est déplacée 22 fois pour aller consulter l’écran en bord terrain (18 décisions ont changé, 4 ont été confirmées). C’est déjà plus que les 20 « VAR reviews » effectuées lors des 64 rencontres du Mondial 2018. En Russie, lors du même point d’étape réalisé après 48 matchs, « seuls » 335 faits de jeu avaient été checkés. Le constat est là : la vidéo devient de plus en plus présente dans le football. Mais pour le mieux, nous dit-on, puisqu’on atteint sur ce Mondial 98,12 % de bonnes décisions (92,51 % sans la vidéo).

Le nombre de penalties en forte hausse

On ne va pas vous gaver de chiffres, promis, mais ceux-là sont éloquents. Dans ce premier Mondial féminin avec le VAR, 23 penalties ont déjà été sifflés (soit un tous les deux matchs), contre 22 en 2015, 4 en 2011 et 8 en 2007, sur toute la compétition. Quand on dissèque tout dans les moindres détails, on a plus de chances de trouver.

LA grosse polémique sur les pénos à retirer

Pierlugi Collina et ses homologues sont tombés de leur chaise quand ils se sont rendu compte de l’émoi suscité par tous ces penalties à retirer. En préambule, l’Italien a rappelé que la règle avait changé depuis le 1er juin. Avant, les gardien(ne)s devaient avoir les deux pieds sur la ligne au moment de la frappe. Une règle jamais appliquée – « car c’était impossible pour eux d’arrêter un tir dans ces conditions », dit-il –, mais une infraction jamais sanctionnée. Et l’Italien de montrer une image prise lors d’un Croatie-Espagne à l’Euro 2016, où le gardien croate est deux mètres devant sa ligne.

Il a donc été décidé d’autoriser les gardiens à « n’avoir qu’un pied touchant la ligne de but (ou, en cas de saut, en alignement avec la ligne de but) lorsque le penalty est tiré ». En revanche, là, c’est tolérance zéro. « Il n’y a pas de matière à discuter, c’est la loi, assène Collina. Si le gardien ou la gardienne bouge les deux pieds au-delà de la ligne avant le coup de pied, il est à rejouer. C’est tout. Et on peut voir ça en utilisant la technologie. » Tant mieux pour Wendie Renard.

Des cas concrets

Le moment le plus intéressant de ce grand exposé, d’ailleurs sous-exploité à notre goût. Pierluigi Collina avait prévu quelques séquences diffusées sur les écrans, où l’on pouvait parfois entendre les conversations entre l’arbitre centrale et son homologue dans la cabine vidéo. Par exemple lors de Japon-Pays-Bas mardi soir, sur l’action qui conduit au penalty de la qualif’ pour les Néerlandaises à la 88e minute.

On entend l’arbitre dire qu’elle a vu une main, l’assistant en cabine lui confirme, mais au dernier moment lui dit de patienter car le ballon est peut-être sorti au départ de l’action. Il faudra dix angles de vue différents pour déterminer que non, le ballon n’est pas sorti, et valider le penalty. Pas un mot, en revanche, sur les notions de « ballon imprévu » et de « distance entre l’adversaire et le ballon touché de la main » dont il faut normalement tenir compte selon la fameuse loi 12 du jeu.

Autre cas, pris lors du sulfureux Cameroun-Angleterre de dimanche. « Les Camerounaises se sont plaintes sur le deuxième but de la confusion entraînée par l’arbitre de touche qui a levé son drapeau alors qu’il n’y avait finalement pas hors-jeu. Ça les aurait gênées, explose l’Italien. Mais on a regardé, au moment où le ballon fait trembler les filets, le drapeau n’est toujours pas levé. C’est juste après. » Quant à la fureur des joueuses camerounaises, qui ont menacé un temps de ne pas reprendre le match car elles se sentaient désavantagées, le dirigeant s’est voulu très clair : « On a des équipes qui viennent de six continents, elles méritent toutes une attention égale. On peut se plaindre, mais avec un vrai motif. Je n’ai rien à dire de plus là-dessus. »

Les Camerounaises protestent contre les décisions prises avec la VAR, lors du 8e de finale contre l'Angleterre.
Les Camerounaises protestent contre les décisions prises avec la VAR, lors du 8e de finale contre l'Angleterre. - BPI/REX/SIPA

Les réponses aux critiques

On terminera par dire, comme on l’avait noté en Russie l’été dernier, que Pierluigi Collina et son acolyte Massimo Busacca ont été meilleurs dans la partie exposé que dans celle consacrée aux questions des journalistes. Voici leurs réponses sur les critiques et incompréhensions que la presse a tenté de faire remonter. Sur le climat anti-VAR ? Collina : « Ce n’est pas facile à expliquer. Les réactions sont dures alors que le VAR aide à prendre les bonnes décisions. Elles avaient été positives après la Russie, du coup on ne comprend pas qu’il y ait cette atmosphère cette année. On en a parlé entre nous et on s’est demandé ce qu’on aurait pu faire différemment. Peut-être qu’on aurait dû clarifier choses avant, mais je suis sûr que si on continue d’expliquer ce qu’il se passe, cela va s’améliorer. »

Et le temps pour prendre les décisions ? « On ne peut pas être précis et rapide. Ça ne veut pas dire qu’on est satisfait d’être lent, mais c’est compliqué, on veut s’assurer que tout est ok. Le pire serait de prendre un peu de temps et d’avoir tort. Trouve que le public prend plutôt bien les arrêts de jeu, les joueuses aussi car elles peuvent boire ou recevoir des conseils de leur coach. Je n’ai vu personne se plaindre », répond Collina.

Niveau jeu haché, Busacca explique: « Regardez les blessures, le temps que ça prend. Ou parfois de jouer une touche, ou un corner. Est-ce que c’est plus que le VAR, au final ? Pas sûr. On ne joue pas toutes les minutes dans un match. Il y a beaucoup de choses qui prennent du temps, pas que le VAR. »