Coupe du monde 2018: 99,3% de décisions favorables, la VAR est un succès pour Collina et la Fifa

FOOTBALL Le trio d’arbitres choisi pour mettre en place l’assistance vidéo à l’arbitrage a fait une première synthèse après les 48 matchs de poule...

Julien Laloye

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Mark Geiger fait appel à la VAR lors de Corée du Sud-Allemagne.
Mark Geiger fait appel à la VAR lors de Corée du Sud-Allemagne. — BENJAMIN CREMEL / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

Très bel exercice d’autocongratulation vendredi après-midi au stade Lujnikhi. Le trio infernal Collina-Rosetti-Bussaca avait convoqué les médias du monde entier pour faire un premier point sur l’utilisation de la fameuse VAR après les matchs de poule. Une volonté de transparence louable, reconnaissons-le, même si la partie cours magistral a été plus convaincante que la partie échange avec les étudiants. Les trois ex-arbitres, considérés comme les meilleurs du monde en leur temps, ont commencé par balancer une tonne de chiffre censée glorifier l’usage de la VAR.

Temps 1 >> 99,3 % de bonnes décisions arbitrales depuis le début du Mondial ?

La Fifa nous a donc appris que 335 faits de jeu avaient fait l’objet d’une vérification par l’équipe d’assistance vidéo située en cabines sur les 48 matchs joués déjà disputés, soit 6,9 visionnages par match. Sur ces 335 incidents enregistrés, 17 ont donné lieu à en examen de la Var, dont 14 par l’arbitre lui-même au bord du terrain. Les trois hommes ont insisté sur le peu de temps perdu (80 secondes), le comparant, selon leurs chiffres, aux 7m42 de temps effectif consacrés à des sorties de but où à des touches.

En prenant toutes ces données et en les mélangeant entre elles selon une formule seulement connue par Collina lui-même (on plaisante), la Var aurait donc permis sur ce premier tour de passer de 95 % de décisions arbitrales justifiées à 99,3 %. Notez qu’il faut faire confiance à nos interlocuteurs, puisque ce sont eux-mêmes qui ont décidé en visionnant les rencontres de ce qu’on pouvait qualifier de bonne ou de mauvaise décision arbitrale.

Temps 2 >>> Des exemples concrets pour montrer comment ça fonctionne

La meilleure idée de l’exposé a consisté à passer quelques extraits des conversations entre l’arbitre central et son homologue de l’assistance vidéo sur des actions qui ont conduit à l’utilisation de la VAR.

Premier exemple : Sénégal-Colombie et le penalty finalement retiré à Sadio Mané. Collina aux platines : « Je pense que la plupart d’entre nous auraient donné le penalty, en direct, c’était la première impression. Décision compréhensible ». Pierluigi passe alors l’extrait vidéo. On entend l’arbitre VAR (en anglais)

  • « Attends on est en train de vérifier »
  • Plusieurs angles de vue se succèdent, pour donner l’idée la plus exhaustive possible
  • « Pour moi il n’y a pas penalty, il a joué le ballon »
  • L’arbitre de champs va alors visionner l’action sur l’écran situé au bord du terrain, avec les 2 meilleurs angles de vue sélectionnés
  • « Tu as raison, il prend la balle »
  • Commentaire de l’arbitre VAR. « IL touche la balle, mais ce n’est pas une simulation »

 

Collina fait remarquer que les joueurs se désintéressent de ce qui se passe et qu’ils ont intégré l’idée que l’arbitre aille voir la vidéo. « Croyez-moi ce n’est pas facile de faire accepter à l’arbitre qu’il n’est pas le patron absolu sur le terrain. Je veux remercier tous les arbitres ici pour la façon dont ils ont accepté d’approcher le match différemment ».

Autre exemple intéressant : Le but refusé à la Corée contre l’Allemagne à cause d’un hors-jeu, finalement accordé car c’est Kroos qui avait touché la balle. Un cas d’école qui permet à notre trio magique de zoomer sur l’assistant, qui ne lève son drapeau qu’à la fin de l’action. « C’est une consigne de notre part, on leur a demandé de laisser l’action se dérouler jusqu’au bout pour pouvoir revenir en arrière éventuellement sans avoir interrompu une action.

Pour ce qui est échanges : on entend l’arbitre Var dire à plusieurs reprises au micro à son collègue que c’est le 8 allemand [Kroos] qui met la balle en arrière, donc que le but est valable. Pourtant, l’arbitre central demande quand même à aller voir la vidéo : « Si tu veux », lui répond son collègue.

Une démonstration à double détente. D’abord, pour dire que c’est toujours l’homme sur le terrain qui a le dernier mot. Ensuite, pour démonter l’accusation faite en creux à la VAR de favoriser les puissants : « Nous, on ne sait pas s’il y a des grosses équipes ou des petites équipes. Vous avez vu dans quel sens est allée la décision cette fois-ci, non ? ».

Temps 3 >> Beaucoup moins d’enthousiasme à répondre aux questions des journalistes et des anciens arbitres

Evidemment, tous les suiveurs présents ont mis l’accent sur les 0,7 % d’erreurs constatés par les patrons de l’arbitrage, demandant des précisions sur les quelques cas qui ont pu faire jaser (Le but suisse contre le Brésil, la faute non sifflée de Boateng contre la Suède) et sur l’impression générale que la VAR n’a pas été utilisée autant de fois qu’elle aurait dû l’être. Bizarrement, notre trio de choc n’a pas souhaité rentrer dans les détails de cas individuels, ce qu’il venait pourtant de faire un peu plus tôt.

Collina : « C’est intrigant que vous ne vous intéressiez qu’aux 0,7 % d’erreurs. Toutes les décisions n’ont pas été bonnes, mais je pense que c’est un chiffre acceptable. Imaginez les discussions et les polémiques que nous aurions eues en Russie si la Var n’existait pas ». Deux/trois choses à retenir quand même.

Un rappel à la règle utile sur les mains dans la surface : « Si le ballon est délibérément touché par le joueur avec une partie de son corps et qu’ensuite il va sur la main, ce n’est pas une faute, donc pas un penalty ».

Le fait que l’arbitre central ne daigne pas visionner la VAR peut avoir des effets négatifs sur la perception de sa décision : « Je pense que sur certains cas, aller voir l’écran sur le bord du terrain permet de mieux faire accepter la décision aux spectateurs et aux observateurs, du moment qu’on ne fait pas perdre trop de temps à la rencontre ».

Le système pourrait évoluer dans le futur afin de permettre, par exemple, d’accorder un joker Var à chaque équipe ou de faire entendre en direct l’échange entre l’arbitre du centre et la cabine de la VAR, comme le fait déjà le rugby. « Tout est possible dans le futur. Il ne faut pas dire non à une idée d’office, mais analyser les pour et les contre, tester la possibilité, et prendre une décision ».