France-Nigeria: VAR, scandale et excès de zèle... Quand l'application stricte d'une règle tourne au grand n'importe quoi

FOOTBALL Les Bleues ont battu le Nigeria grâce à un pénalty accordé après une double intervention du VAR

Aymeric Le Gall

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Les Nigérianes ont crié au scandale après le deuxième péno accordée aux Bleues.
Les Nigérianes ont crié au scandale après le deuxième péno accordée aux Bleues. — FRANCK FIFE / AFP
  • L’équipe de France ne s’est sortie du bourbier nigérian qu’après un but sur péno accordé à la suite d’une double intervention du VAR.
  • Le second penalty accordé par l’arbitre aux Françaises fait suite à une nouvelle interprétation de la Loi 14, instaurée durant ce Mondial féminin.
  • C’est déjà la deuxième fois qu’un tel cas de figure, bien loin de l’idée même qu’on se fait de ce sport, survient dans cette Coupe du monde.

De notre envoyé spécial à Rennes,

Mieux que le VAR, le double VAR. Im-bat-table. Au sortir de cette victoire des Bleues​ au goût de médiocrité [la performance de l’équipe de France] et de malaise [la polémique arbitrale de la soirée], on n’avait qu’une envie en quittant le Roazhon Park : nous acheter une fausse moustache dans un « Tout à dix balles » et crier « We are sorry for this terribeule arbitrage ! » Car comment apprécier la victoire d’une équipe, notre équipe en l’occurrence, quand c’est le foot et l’interprétation ultrapointilleuse d’une règle de jeu par les arbitres qui a perdu ?

On rembobine. Après un contact sur Viviane Asseyi en pleine surface de réparation, l’arbitre hondurienne Melissa Borjas est invitée par ses assistants du VAR à aller revisionner les images. Au ralenti, pas de doute, il y a tous les jours péno. « Viviane nous a tout de suite dit que la Nigériane lui avait pris le mollet », a confirmé Gaëtane Thiney en zone mixte. Mais c’est après que les choses se compliquent. Après que Wendie Renard s’est élancée une première fois pour expédier le ballon sur le poteau.

Alors que la gardienne embrassait déjà la pelouse et que ses coéquipières formaient un cercle pour se congratuler (le point du nul assurant la qualification au Nigeria), l’arbitre est à nouveau rappelée à l’oreillette. Rebelote, VAR-carton jaune-penalty. Stupeur au Roazhon Park, « ascenseur émotionnel » chez les Françaises selon les mots de Cascarino, but pour Renard, 1-0, terminé, bonsoir.

La loi 14 interprétée à la lettre

La cause de ce « gloubi-boulga » : la loi 14 du règlement relative au penalty, revue et corrigée par l’Ifab, l’instance régissant les lois du jeu et dont les nouvelles modifications entraient en vigueur le 1er juin 2019. Et que nous dit ce nouveau règlement ? Qu’au « moment du tir, le gardien de but doit avoir au moins un pied sur sa ligne (contre deux avant), ou même au niveau si le pied ne touche pas le sol ». Sur le papier, effectivement, la règle est respectée, trop peut-être. On voit bien au ralenti que Nnadozie quitte sa ligne de quelques centimètres au moment où le pied de Renard frappe le ballon. Mais on en est donc réduit à ça, sérieusement ? A devoir visionner 15 fois une image sur les pénos pour savoir qui du pied de Renard ou de celui de la gardienne a bougé le premier ?

Et quitte à jouer les emmerdeurs, on pourrait aussi pointer du doigt les positions illicites de trois Françaises au moment du tir. On n’en sort plus… Il faudrait peut-être songer à ce que les hommes et les femmes de loi, bien calés dans leur estafette du VAR, acceptent d’opter pour un peu plus de tolérance (allez soyons fous, d’humanité) dans leur interprétation du règlement.

D’autant que ce n’est pas la première fois depuis le début de la Coupe du monde qu’un tel cas de figure se produit. Lors d’Italie-Jamaïque déjà, la loi 14 avait fait sa maligne. Comble de la vanne, l’arbitre principal du VAR à Rennes lundi soir, le Néerlandais Danny Makkelie, était aussi celui qui, un an plus tôt, avait accordé le péno – contestable et contesté – aux Bleus lors de la finale du Mondial 2018 contre la Croatie. Un francophile, probablement.

Le sélectionneur nigérian préfère ne rien dire

« Pour ce qui est de cette règle, on a eu une réunion d’information avant la compète donc on n’était pas surprises qu’il y ait carton jaune et que le péno soit à retirer », a balayé Thiney après la rencontre. Un calme qui tranchait avec la colère de Chiamaka Nnadozie, la gardienne nigériane : « Je suis énervée. Normalement, ils doivent nous montrer un ralenti. C’est une décision dure qui change le match. C’est très injuste. Je me suis mise derrière la ligne avant le tir, justement pour éviter ça. Je ne sais pas si j’ai posé le pied sur le terrain avant le tir, mais j’aurais au moins aimé le savoir afin d’en être sûre. Là, c’est vraiment frustrant. »

En conférence de presse, pour sa part, le sélectionneur des Super Falcons a préféré ne rien dire. Et pour cause : « Si je vous donne mon avis, j’aurais des problèmes et ils me renverront à la maison. » Quelques minutes plus tôt, Corinne Diacre lui apportait son soutien contre ce qu’elle jugeait elle-même comme une décision « très sévère. Maintenant voilà, les lois étant applicables au 1er juin, nous, on l’a appris le 4 juin, c’était déjà trop tard… ».

Relancée sur l’existence d’un possible arbitrage maison, la sélectionneuse a préféré mettre fin à la polémique et saluer à la place « le courage de Wendie, qui a pris ses responsabilités » après avoir manqué sa première tentative. Merci le double VAR, donc.