Coupe du monde féminine: Le football féminin se bat pour trouver sa place à Rennes

FOOTBALL Le Roazhon Park accueille France-Nigeria mais le Stade Rennais n’a toujours pas d’équipe féminine

Manuel Pavard

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L'attaquante du CPB Bréquigny Sara Vranic face à Orléans, lors de la 3e journée du championnat de D2 féminine.
L'attaquante du CPB Bréquigny Sara Vranic face à Orléans, lors de la 3e journée du championnat de D2 féminine. — Philippe Serre / Reflex 1.7
  • L’équipe de France affronte le Nigeria au Roazhon Park ce lundi, pour la 3e journée de la phase de groupes du Mondial féminin.
  • Si Rennes accueille sept matchs de la Coupe du monde, le Stade Rennais ne compte pourtant toujours pas d’équipe féminine.
  • A Rennes, ce sont le CPB Bréquigny et l’ASPTT Rennes qui portent le flambeau du foot féminin et doivent composer avec des moyens financiers souvent limités.

Le Roazhon Park sera à guichets fermés ce lundi soir pour soutenir les Bleues face au Nigeria. Pourtant, si l’antre du Stade Rennais accueille sept matchs de cette Coupe du monde féminine, le club, lui, ne compte toujours pas de section féminine – les Rouge et Noir sont même l’un des seuls clubs de L1 dans ce cas, avec Nîmes et Angers.

Dans la capitale bretonne, la question tient de l’arlésienne. Interrogé sur le sujet par Ouest-France, en mars dernier, le président du Stade Rennais Olivier Létang a annoncé la création « d’une école de foot pour les petites filles à partir de septembre 2019 ». En revanche, le lancement d’une équipe professionnelle féminine n’est toujours pas à l’ordre du jour. En cause, un problème d’infrastructures avec le manque de place à la Piverdière, le centre d’entraînement du SRFC.

« On ne peut pas rivaliser avec nos adversaires »

Pour pratiquer le foot à Rennes, les filles doivent donc se tourner vers d’autres clubs, en premier lieu le Cercle Paul-Bert Bréquigny ou l’ASPTT Rennes. Avec ses 150 filles sur 750 licenciés au total, le CPB Bréquigny est un pionnier du genre. « La question du Stade Rennais, ça embête surtout les politiques et les journalistes car le foot féminin est ancré dans notre club et nous avons commencé en 1995, avant que ce soit la mode », réagit Benoît Auréart, entraîneur de l’équipe féminine seniors.

Montées en D2 l’été dernier, ses joueuses n’y seront malheureusement restées qu’une saison et retrouveront l’échelon régional à la reprise. Une question de moyens ? Oui, à en croire Sara Vranic, attaquante du CPB. « En D2, on ne peut pas rivaliser avec nos adversaires car on ne peut pas attirer suffisamment de joueuses de haut niveau, déplore-t-elle. Beaucoup d’entre nous sommes étudiantes ou salariées à côté. Quand on jouait Le Havre par exemple, les filles en face ne se consacraient qu’au foot et allaient faire de la musculation l’après-midi alors que nous, on finissait nos journées à 17h. »

« Il faut que les clubs se regroupent et arrêtent les guerres de clochers »

« Si on veut retourner en D2 et exister, il faudra des structures meilleures », abonde Benoît Auréart. Mais pour le coach, le CPB ne peut et ne doit pas dévier de sa ligne. « Notre ADN, c’est la formation, pas le professionnalisme », précise-t-il. Un travail qui se retrouve dans « le double projet études-foot ou dans l’accompagnement des joueuses à la fac pour aménager leurs horaires ».

Entraîneur des filles de l’ASPTT (Régionale 1), qui ont décroché ce dimanche la Coupe de Bretagne, Richard Roc n’est pas tout à fait sur la même ligne. « Si on veut faire un truc à Rennes, ça doit passer par le Stade Rennais, estime-t-il. Ou alors il faut que les clubs se regroupent et arrêtent les guerres de clochers. »

Engouement et fin des préjugés

Malgré « la super saison » de ses joueuses, le coach de l’ASPTT est aussi lucide que dépité. « Aller jouer au-dessus, en D2, c’est un autre monde, souligne-t-il. Il faut de l’argent et des infrastructures qui tiennent la route. On n’a que 42 licenciées seniors et la plupart des filles bossent, c’est compliqué pour les déplacements et pour s’entraîner quatre ou cinq fois par semaine. »

« Même si on avait décroché la montée sur le terrain, on n’aurait pas pu monter », regrette Richard Roc, qui pointe « les conditions terribles d’entraînement, avec des terrains pourris et mal tondus et des douches froides ».

Une chose est sûre, l’engouement pour le foot féminin – une hausse de 150 % du nombre de licenciées au CPB depuis 2013-2014 – devrait se poursuivre avec le Mondial et un évenuel beau parcours des Bleues. « On a au moins gagné une chose, affirme Benoit Auréart. Les filles ont amené un vent de fraîcheur et dépoussiéré les préjugés sur le foot. Aujourd’hui, plus personne ou presque ne dit que le foot n’est pas fait pour elles. »